dimanche, 27 juillet 2008
Sans famille
Grasses matinées tous les jours depuis une semaine. Un baiser, un corps qui remue à côté de moi: "Papa, tu te réveilles?". Plus rarement, c'est moi qui me lève en premier. L'ouverture du volet. Les mains sur les yeux pour se protéger de la lumière. Un coup d'oeil dans le miroir pour observer la barbe abandonnée avant de passer à la cuisine. Les nouvelles du monde à la radio, les céréales au chocolat, et mon morceau de baguette beurré.
Des balades dans Paris. Clélie veut aller à la Seine, à cause du sable. Pas facile d'entrer en contact avec les autres enfants. Pourtant elle y va franchement, et avec le sourire. Tout à l'heure, elle s'installe d'elle-même à la terrasse d'un café; je n'avais plus qu'à m'aligner. Chocolat chaud pour elle, café crème pour moi, malgré la chaleur.
Jeudi, je lui ai acheté un pendentif en forme de sifflet, rose, ajouré, avec des strass. C'était chez un grossiste de la rue des Bijoux. Une vendeuse m'a tendu un plateau blanchâtre. Ne sachant que faire, j'y ai déposé le pendentif. Réaction de gêne: la vendeuse est repartie dans le fond du magasin et a posé le plateau à côté d'elle. J'ai aussi acheté un porte-clé fantaisie. J'ai compris que la vente au détail était une faveur quand un vendeur, qui semblait être le patron, m'a dit qu'il ne prenait les cartes bleues qu'à partir de soixante euros. Clélie ne quitte plus son sifflet.
En ce moment, c'est la série des Remi, que je n'avais pas vue depuis vingt-cinq ans sans doute. Je suis surpris d'y découvrir le Canal du Midi, Carcassonne, et le Paris de la deuxième moitié du XIXe siècle. Les dessins et les couleurs sont magnifiques, l'eau des voies fluviales puis la neige scintillent dans une débauche d'effets optiques qui permettent souvent un basculement dans le rêve. Clélie a retenu les noms bizarres des animaux, qui meurent un à un. Elle reconnaît Notre-Dame de Paris et les quais de la Seine. Mais c'est l'hiver, un hiver très rude. Vitalis veut faire de Rémi un homme en le mettant à l'épreuve. Clélie m'a demandé cet après-midi: "Ca veut dire quoi, en guenilles?". Elle pensait à Cendrillon, pas à Rémi.
Fabrizio nous a rendu visite hier. Promenade à La Villette, puis dîner. Fabrizio ne connaissait pas la Géode. Il m'a parlé de deux personnes qui ont entre trente et quarante ans, à qui il donne des cours d'italien, et qui ne connaissaient pas Rimbaud. On a écouté ma musique et regardé un épisode de Rémi. Fabrizio connaissait. On a le même âge. Ca passait en Italie aussi. Il m'a parlé à plusieurs reprises de la tristesse de cette histoire édifiante, et a éprouvé la même fascination que moi pour l'esthétique. Aujourd'hui, Fabrizio m'a envoyé une pièce de théâtre et un recueil de poèmes. J'ai imprimé à peu près cent vingt pages. Il me demande mon avis.
J'ai aussi téléchargé de la musique sur mp3fiesta.com: une compilation des Beach Boys, une autre d'Elvis Presley, un album de Missy Elliot, et le premier album de Devendra Banhart. J'oubliais le dernier album de Carla Bruni. Du haut de ses quatre ans, Clélie m'a demandé: "Tu sais que c'est la copine de Nicolas Sarkozy?"
Ce soir, j'ai trouvé des modèles de jupes intéressants sur anderslandinger.com. Je continue de me renseigner sur l'épilation au laser. Je continue d'en rêver pour la barbe. C'est sur les forums de transexuelles qu'on a les renseignements les plus précis, et les témoignages les plus fiables sans doute.
lundi, 21 juillet 2008
"Georges est un poignard que je porte planté dans le torse et que je remue un peu parfois pour me rappeler que la vie est une chienne"
Je piste Rudy. Tout ce que je détestais chez lui, qu'il me piste. Je l'ai trouvé hier sur Rezog. J'ai toujours une page qui me permet d'accéder aux autres profils, même si le mien est vide depuis des semaines. J'ai hésité à le remplir à nouveau. Je suis abonné pour quelques mois encore. Ca me coûte onze euros par mois. C'est de l'argent gaspillé. J'ai l'habitude des abonnements inutiles... Je n'ai pas eu de mal à trouver le profil de Rudy, qui déclare habiter dans le 13e. Quelques photos arty dans son album, dont celle de la terrasse de Beaubourg, avec les roses mélancoliques dans les soliflores (mais non, ce ne sont pas des roses) posés au milieu des tables carrées, les teintes bleutées d'un sépia numérique.
Ce soir, j'ai retrouvé son blog, que je n'avais pas consulté depuis janvier dernier sans doute. Quelques notes dans lesquelles je me suis retrouvé en George. Jeu de masques assez facile à décrypter, traces de rencontres qui lui ont rappelé des moments que nous avons passés à deux, Natasha-Nathalie, Luc-Lucien "par qui le désastre est arrivé" (souvenir de cette affreuse soirée à Paris où j'expliquai à Rudy que mon histoire avec Lucien n'était pas terminée). Développement sur Le Dieu du Carnage, dans une note datée de février. J'ai vu la pièce le 12 février, justement, et j'ai payé ma place au prix fort: 52 euros. Dans une autre note, Rudy me reproche de me faire inviter au théâtre, dans un dialogue entre George et Herald qui reprend une conversation qui avait creusé l'abîme entre Pierre et Rudy. Voilà comment se termine la note:
"La prochaine fois que tu iras au théâtre, je t'invite à te regarder bien en face dans le miroir au moment où tu ajusteras ton écharpe et à mettre tes actes en accord avec tes paroles en payant ta place puisque tu assisteras au spectacle."
George ou Georges, avec ou sans le "s". Je préfère sans.
J'ai parcouru la plupart des pages du blog. Rudy le saura sans doute très vite, en consultant les statistiques. Dans ce jeu de cache-cache, je me demande s'il sait que j'ai un blog moi aussi. J'ai failli écrire beaucoup, développer, citer, mais à quoi bon...
Je pourrais juste parler de cette sensation de manque cet après-midi, à la terrasse d'un café, avec Clélie. Ca m'a rappelé d'autres dimanches après-midi, à trois, avec Clélie et Rudy. Rudy laissant Clélie jouer avec sa bouteille de Coca, les sucres fondant dans le peu de liquide restant au fond de la bouteille, avec tout le sérieux d'un protocole expérimental. Tout à l'heure, Clélie a laissé couler le sucre en poudre entre les barreaux de sa chaise. Quand je m'en suis rendu compte, je l'ai sermonnée. Il manque quelqu'un peut-être. Je ne dis pas Rudy. Seul face à une enfant de quatre ans, pas toujours facile. Horreur en lisant un article sur un homme qui a battu sa fille de quatre ans en public, à Rome. Tête claquée contre un monument.
samedi, 19 juillet 2008
Dans la solitude
J'ai remixé l'ouverture de La Solitude la nuit dernière. Réécouté ce soir, sur la chaîne. Enregistré avec quelques modifications encore, et envoyé à Bruno. Plutôt satisfait. Une idée ce soir, au clavier. Pizzicato de contrebasse et clarinette. A étoffer. Il faut un peu de courage. Je n'en ai pas tellement.
Mal à la gorge. Inflammation. Deux fois en deux semaines. Je me sens démuni. Ca prend aussi aux oreilles, un peu partout, j'ai du mal à décrire ce qui se passe. Ca ne m'arrivait jamais avant. C'est pénible, je ne comprends pas. Sans doute les effets de l'eau de javel hier. Du coup je n'ai pas fumé aujourd'hui. Ca fait au moins deux ans que je n'ai pas passé une journée entière sans fumer. Enfin la journée n'est pas finie, et j'ai un paquet à portée de main.
Mal dans la bouche aussi. Résultat de ma nuit de folie, à mon retour d'Avignon. Trop bu, trop embrassé, dans le sous-sol du Cud, puis dans la rue. Comment s'appelle-t-il, Gaël, il m'aspirait la langue, c'était douloureux. Il a joui quatre fois; moi, deux. Je lui ai proposé une douche à deux. Le lendemain, j'avais mal aussi au gland. Mal en point, d'une manière générale. Je suis reparti de chez Gaël à 5h30 et j'ai pris le premier métro. Lui devait se lever à 7h pour aller travailler à Roissy. Sa copine est en vacances, il en profite. Il veut des enfants. Je lui ai dit que je ne juge pas. Mal placé pour juger. Somnolé dans le métro. J'ai acheté un énorme pain au raisin et un pain au chocolat en arrivant chez moi. J'ai mangé, assis sur mon lit, avant de m'effondrer.
Aménagé des placards hier. Je passe beaucoup de temps à ranger.
Aucune nouvelle de Fabien, qui annonce J-12 avant l'Espagne sur msn. Lucien semble avoir écourté son séjour dans la Loire. Renato a eu sa première année. Rudy a dû emménager à Paris.
J'ai déniché un petit synthétiseur dans le local poubelles. Emballé, en bon état, et il marche. Il fait le bonheur de Clélie, qui a joué une partie de la soirée. Je lui ai lu l'histoire d'Aladin ce soir.
lundi, 07 juillet 2008
Les chiens
Lucien est parti aujourd'hui. On a mangé ensemble ce midi, à la terrasse d'un café, les feuilles de salade s'envolaient, la crète de Lucien était aplatie aujourd'hui, son sac à dos lourdement posé contre un mur, je faisais attention à ne pas salir ma chemise et ma cravate, je lui ai dit que j'avais un peu les boules qu'il parte et de ne plus le revoir pendant si longtemps. Il ne comprend pas pourquoi Molière est tellement respecté, il n'aime pas Marivaux. Lucien est bien jeune. Dimanche, il a fini la nuit avec un homme de quarante ans, un certain Philippe, qui l'a invité au resto japonais, et qui l'a baladé boulevard Saint-Germain. Moi j'avais dégueulé aux abords du Cud, ma demi-bouteille de rhum et toutes les tensions accumulées. Je me suis fait ramasser par un Eric de quarante-trois ans. La veille, Lucien m'avait léché, il avait lu Les Chiens dans l'après-midi, et il avait eu envie de ça. Il me l'a avoué après quelques verres de rhum, mais je lui ai dit que ça ne me dérangeait pas. Lucien, j'aurais pu l'aimer. Pour que les choses soient claires, en titubant sur les trottoirs du Marais, on s'est dit qu'on allait rouler des pelles toute la nuit.
Hier soir, j'ai parlé avec Renato sur msn. Il avait ses lunettes de soleil, son brushing impeccable, une cigarette à la main, et le torse nu. Il viendra chez moi au mois d'août, un week-end. Il veut être infidèle et me voir. Je n'ai pas dit oui tout de suite et l'ai laissé insister quelque peu. Lucien et Renato sont très différents. Ils ne se reconnaîtraient pas s'ils se rencontraient. Moi, je les ai aimés tous les deux.
Estelle vient chez moi demain soir pour trier ses affaires dans ma cave. Ca fait une semaine qu'elle est installée dans son studio à Montparnasse.
Pas de nouvelles de Fabien. Je ne sais même pas s'il est à Paris comme prévu. Il est sans doute amoureux. Je laisse des messages sur msn, en vain. Ca m'apprendra, puisque c'est le tour que je lui ai joué au mois de mars. J'avais fait le mort, je l'avais évité. Fabien ne s'entendrait pas avec Renato, et il n'aurait sans doute rien à dire à Lucien. A eux trois, ils ont soixante ans. J'en ai bientôt trente-trois.
