jeudi, 14 août 2008

Contre la pendaison

J’ai quelques livres de Guibert, dont un album de photographies édité en 1992. A l’époque ― j’avais dix-sept ans ―, je me souviens l’avoir feuilleté au Furet du Nord, à Valenciennes, discrètement, par peur d’être observé en train d’admirer ces portraits de jeunes hommes aux corps et aux visages pleins du désir du photographe ― Guibert ―, et il y avait aussi cet autoportrait au sexe en érection qui m’avait troublé par-dessus tout. J’ai acheté le livre l’année dernière, sur Internet ; il n’était pas encore épuisé. L’Homme au chapeau rouge, je l’ai emprunté il y a trois ou quatre ans à la bibliothèque municipale de Valenciennes. Il manque à ma bibliothèque personnelle. L’édition que je t’envoie, je l’ai trouvée à la Librairie de Paris, Place de Clichy. L’auteur en photo sur la couverture, en prime. J’ai lu quelques pages au hasard en début de soirée. Guibert parle de sa rencontre avec Bacon, qui avait pour habitude de renvoyer son courrier sans même l’ouvrir. J’aime l’idée de Guibert, qui lui a envoyé son dernier livre, avec pour toute précision, sur l’enveloppe : « Francis Bacon. The Painter. London. »

Il est une heure et je suis épuisé. J’ai retrouvé Rudy à vingt heures sur le parvis de Beaubourg. Rudy travaille rue des A., figure-toi. Nous avons mangé dans un restaurant près de Saint-Michel ­­― mais je ne retiens pas les noms des restaurants ―, puis marché jusqu’à Bastille avant de nous séparer. Soirée agréable, nous avons encore beaucoup de choses à nous dire, amicalement. Je précise amicalement parce que ce n’est pas aussi simple, que comme je l’ai dit à Estelle il y a deux jours, je continue d’aimer ceux que j’ai aimés, peut-être pas de la même façon, mais il reste toujours quelque chose. Il ne faudrait pas que j’aime trop de personnes donc, je risquerais… je ne sais pas ce que je risquerais, de m’y perdre, de me perdre. Estelle ressent la même chose que moi. Je ne sais si ce sentiment est universel. J’ai dit à Estelle « je t’aime » parce que je peux lui dire, à elle, sans devoir préciser « comme une amie » ou je ne sais quelle nuance restrictive qui réduirait le sens de ces mots qui doivent rester rares et précieux. Ça veut dire, sans doute, que je n’ai jamais vraiment aimé Rudy. Je suis peut-être amnésique. Je crois me souvenir que je n’ai pas été dépendant de lui.

En me quittant, Rudy m’a dit : « Septembre, c’est loin. Je ne sais pas si je tiendrai jusque là. » Je lui avais précisé juste avant qu’on ne se reverrait pas avant début septembre, à cause de mes congés, dans le Nord puis dans l’Est.

Aujourd’hui, tu m’as écrit « tu me manques ». Je n’ai pas rêvé ? Tu me manques aussi. Le week-end a été court, et mon travail de passeur est loin d’être achevé. Koltès, d’abord Koltès évidemment. Ça m’a fait plaisir que tu parles de Delacroix. Mishima hier, Guibert aujourd’hui, et tout le reste à venir, un peu à la fois. Mais tu vas aussi être mon passeur ; d’ailleurs tu as commencé. En matière de goût. Et puis c’est toi qui me passe des cours maintenant, je trouve ça plutôt amusant.

Il est tard, je suis épuisé, j’aurai encore du mal à me lever demain. Bonne lecture.

 

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.