jeudi, 28 août 2008
Le vrai Elvis
Je viens d'écouter les quarante titres de ma compilation du King. Façon de rester dans le bain, hier je m'endormais avec la pulsion de Fever, je veux dire avant-hier, tard dans la nuit ou tôt le matin, et je me réveillais avec la pulsion de Fever, et les pas encore, sur les dalles sombres de l'abbaye, en marchant vers l'abbatiale, les pas guidés par la pulsion de Fever, la contrebasse sourde et le vibrato comme deux corps frissonnent quand se touchent les peaux découvertes après de longues heures enveloppées de coton moite.
Manon aux mille robes n'avait ce matin qu'un petit sac de voyage en vieille tapisserie aux fleurs délavées comme sont les tapisseries du grand siècle aux murs des châteaux, et elle marchait vers la gare d'un pas égyptien, et bizarrement l'un de ses bas qu'on appelle mi-bas je crois s'était légèrement enroulé dans le creux du genou droit. Je repensai à ses mille robes de Belleville quand le train traversa le gare de Belleville - je lus le nom de la ville sur un panneau rectangulaire aux lettres blanches sur fond de ciel, et je pensai à Manon, ou peut-être Marion aux mille robes.
Je ne sais que préférer, Manon aux mille robes ou Marion aux mille robes, et c'est affaire de musique. Les premières sont plus sages quand les secondes tournoient dans un rock solitaire, comme les pois blancs de nos foulards, le sien de Belleville, le mien de Laumière. Oh, je m'excusai à l'oreille de Marion aux mille robes à la fin d'un rock où nous demeurâmes solitaires, non pas au milieu mais légèrement en marge du plateau, les autres tournoyant à quatres bras et quatre jambes en emmêlements joyeux, quand Manon répondit à mon oreille qu'elle dansait toujours seule, et son foulard autour du cou serré, et le mien à la dérive de la nuit.
Marion s'assit, je devrais dire s'était assise, Marion s'assit devant notre silence hébété qu'elle rompit de sa voix grave aux paroles d'amour éternel. Elle disait "love me tender", elle disait "and I always will", son sourire n'était pas grave, et elle peignait les chevelures délicates des garçons déposés à ses pieds, leurs têtes juvéniles encore sur ses cuisses attendries.
Rudy, les chaises sur tes photos, les chaises en couple, les chaises solitaires, la troisième chaise qu'on appellera Chandelle, à moins qu'elle attende dans son coin sans rien demander à personne, la chaise renversée devant l'autre, bien droite sur ses pieds, ses pieds de chaise, et les balustrades entrevues, et les marches d'un escalier menant à l'entrée du temple de l'amour, Rudy, tes chaises belles, le lendemain de nos retrouvailles à la mélancolie d'un vendredi 15 août, Rudy, je photographierai deux chaises aux foulards à pois, en noir et blanc, à moins que tu ne le fasses.
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