samedi, 30 août 2008

Le train est annulé

A la terrasse du Terminus Nord je lis des vers de Jean Ristat et le serveur est peu aimable, sur sa moto comme un cardinal débauché il m'emporte et je pose la tête sur son épaule, je découvre la façade de la Gare du Nord, six statues, toges, boucliers et couronnes, adossées à d'austères pilastres doriques, et sur les socles les noms des villes, Laon Arras Rouen, Rouen m'étonne, Amiens Lille Beauvais, les chapiteaux doriques reliés par une corniche, et au-dessus, une horloge qui dit le début d'une après-midi au ciel courbé, et la date en lettres capitales, Baudelaire avait quarante-trois ans, et au sommet d'autres statues, plus grandes, silhouettes majestueuses sous le ciel courbé, Cologne Berlin Vienne Londres Bruxelles, et au milieu, Paris, statue toge bouclier couronne, aigle impérial et drapeau européen au vent abandonné, et s'il faut mourir nous mourrons ensemble ô mon amour ô ma couronne d'épines et de flammes ma fleur sauvage à l'odeur de thym Philippe Philippe il fait si beau le long des routes où tu cours avec le vent, le cappuccino est tiède et mon train part dans quinze minutes me dit l'horloge, et nous saluent bien bas les arbres en s'inclinant, l'été a des rondeurs et le raisin est bon, nous mordons le ciel à pleines dents, aimons-nous dans l'instant bleu où toute chose a la couleur de tes yeux et s'offre à la main impatiente, et je fume ma dernière Black Devil à l'élégance de pacotille.

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.