vendredi, 19 septembre 2008

Carmen

Ce rêve saisissant, des bureaux, parce que j'étais avec ***, mais ça ne ressemblait pas à des bureaux, l'espace était ouvert, c'était peut-être ce qu'on appelle une plateforme, elle portait un jean, nous avions entre les mains des dossiers, j'étais à côté d'elle, nous parlions à des interlocuteurs que je ne voyais pas, nous étions debout et ils étaient assis, nous nous tenions au bord d'une table blanche, les murs étaient blancs, nous parlions mais je ne nous entendais pas, nous étions convaincus de ce que nous disions et heureux de le dire, puis nous marchions, l'espace était ouvert, nous marchions avec assurance. A un autre moment j'étais dans un espace souterrain, c'était ma maison, la maison de plusieurs en fait, une communauté peut-être, il n'y avait pas de fenêtres, il faisait assez sombre, je n'avais pas tout à fait conscience de la chaleur mais vraiment il faisait chaud, mes vêtements n'étaient pas appropriés, une chemise, un pull, je ne sais pas, il faisait très chaud, je m'en rendais compte un peu à la fois, la lumière était artificielle, dans les jaunes typiques d'une ampoule électrique, les murs étaient sombres, tachés, les parois irrégulières comme de grottes aux surfaces accidentées mais lissées par le travail lent et rigoureux de l'eau qui coule discrètement mais ne s'arrête jamais de couler. Puis je me retrouvais dehors, à l'air libre, et je me rendais compte que j'étais en Afrique, et ça me rendait heureux. Je me promenais, et je m'arrêtais au bord d'un lac, je m'asseyais sur des rochers, ils étaient mous et confortables, gris et un peu translucides, de latex ou de silicone, je n'avais pas beaucoup de place, il y avait des troncs d'arbres devant et derrière moi, j'étais sur une bande de roche dégagée, assez fine, et un serpent géant jaillit de l'eau, transparent, vitreux, mais c'était plutôt une matière plastique, quelque chose de très net, effrayant, je ne pouvais m'enfuir, bloqué par les troncs d'arbres. Je me réveillais, une heure vingt-trois.

Aucun souvenir d'un rêve aussi précis depuis mars dernier. Je l'avais raconté à Sylvie, un soir que nous revenions du Rond-Point, elle me raccompagnait en voiture, je regardais son bracelet, et son bracelet devenait le lendemain un bracelet aux mille reflets, aux reflets du monde, je ne sais plus, dans un poème qui allait me faire vivre quelques jours avec le souvenir de ce rêve.

Levé tôt. Longue nuit. Rendormi après le rêve. Heureux de dormir seul. Confiant. Envie d'un autre corps, d'une autre peau, de n'être plus rien entre les mains d'un autre, Mathieu Riboulet parle de désintégration, de lâcher prise de la pensée.

Voiture portée au garage, enfin. Longue attente rue Rébeval, nom étrange. Il faisait froid.

Chemise blanche, cravate rouge et pull bleu. Bruno dit que je ressemble à un étudiant d'Oxford.

Jo me raconte Carmen. Elle danse. Je voudrais la voir danser vraiment. Elle est belle.

A l'arrêt de bus, une affiche, Isabelle Adjani, magnifique, elle ressemble à ma mère, la frange, quelque chose dans le regard, et les lèvres, la façon dont les lèvres couvrent les dents. Dans le fond, les tours de l'église Sainte-Clotilde.

J'appelle Sylvie. Elle m'invite à déjeuner le week-end prochain. Elle va bien, je l'entends. Ce n'est pas parfait, ce n'est jamais parfait, mais elle va bien.

A Chaillot, je croise une femme avec qui j'ai dansé à Pont-à-Mousson. Je lui dis bonjour et je lui dis ça, qu'on a dansé ensemble. Sur le coup, elle ne se souvient pas. Je lui précise, le dernier soir, vers cinq heures du matin, il n'y avait plus que nous deux, et une autre femme, qui dansait seule. Elle m'explique qu'elle est en répétition avec Sophie Pérez, je la cherche sur le programme, elle me dit "alors à bientôt, Pierre".

Mélissa arrive, elle porte un imperméable blanc. Collier de perles. Foulard léger. Cheveux attachés. Heureux de se retrouver. Carmen, le rythme, les pieds et les mains, les couleurs, les volants qui virevoltent. On reprend le métro ensemble jusqu'à Jaurès. On parle beaucoup, comme il y a trois semaines. Projet d'aller voir une pièce de Crimp ensemble au Théâtre de la Ville. Jamais vu une mise en scène de Crimp, il est temps.

J'ai du mal à croire que demain je suis en répétition pour un mariage. Pas encore imprimé les partitions. Même pas encore sûr que ma voiture sera réparée à temps. Ce n'est vraiment pas grave. Effacé les nombreux messages de Caroline, pas écoutés. Je ne pouvais pas.

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