dimanche, 05 octobre 2008
Motten um das Licht (Moustiques autour de la lumière)
Texte écrit hier soir, recopié ce matin.
Ecrit quelques textes cette semaine, mon cahier rouge à spirales, un vieux bloc notes dégarni trouvé chez mon père la nuit dernière. Rien publié. Recopier un texte le lendemain, ça n'a plus guère de sens. Changements de perspectives. Conséquence aussi de la réaction de Rudy à mes dernières notes, dans un commentaire moralisateur qui me poussa à effacer tous les commentaires, rageusement. C'était dimanche dernier. Puis il y eut le commentaire de Fabrizo, je le laisse, un texte d'un autre, la question des genres, l'hermaphrodisme. Passé du temps sur Facebook cette semaine, aussi. Exploration du nouvel objet, curiosité, vertige.
Répétition pour le mariage de Vincent, église de Poix-du-Nord, Clélie jouant aux legos dans le chœur, agenouillée sur un tapis rouge devant des bas-reliefs, anges et figures saintes. Il y a un gisant de Sainte Cécile dans le bas-côté droit. Cécile. Clélie me demande si c’est ma mère. Clélie, Cécile, presque un anagramme. Je l’emmène dans la chaire puis je lui montre le confessionnal, elle se cache.
Jérôme a passé une semaine sans électricité, je ne comprends pas pourquoi. Le froid, la solitude, l’obscurité, le rationnement. Ermitage. J’écris à la lueur d’une bougie que ma mère est sans doute la dernière à avoir allumée, rituel sacré, comment faire autrement, et la lumière de l’écran de télévision, couleurs criardes, mouvements étourdissants d’un Disney, Clélie s’endort, rideau.
Yvan veut que je lui envoie des photos, Yvan, "célibataire géographique" disait-il. Pas envie de lui envoyer des photos de cul. Retouche d’image, gros plans de mon visage, gommage des cernes, maquillage pixel par pixel. Fabien apprécie, me le dit, il dit "mimi", Fabien, nos cœurs battaient, Fabien, je le devine, je le sais doux et fin comme Hamid, Fabien, photos, webcam, mots alignés sur l’écran, je ne sais rien d’autre, et maintenant le voilà dans mon livre des visages.
Un soir que j’attendais Fabrizio Place Monge, je retrouvais toutes les paroles de Ich bin von Kopf bis Fuss…, il me faut toutes les paroles, je vais rejouer Pièce montée, toutes les paroles vers après vers, lentement recoller tous les morceaux, les yeux d’une belle femme, je noircis mes sourcils, je travaille leur forme sur plusieurs fichiers jusqu’à l’épuisement du sujet, les accents délicieux du " je-ne-sais-pas-quoi ", je me dessine une chevelure plus longue et crantée sur le front, j’écoute Klaus Nomi, "doch wenn sich meine Augen / bei einem vis-à-vis / ganz tief in deine saugen…", la pression et la chaleur des mains, "in ihrem heissen Druck…", les mains en veulent toujours plus, "sie haben nie genug", et le refrain, ça parle d’amour mais tout le texte parle de désir, ou c’est la même chose.
Ce soir-là Fabrizio m’annonçait que Rage allait être monté à Bruxelles. Fierté, je suis fier de ça. Fabrizio, sa rage contenue, mais sa rage.
Ce soir-là il y avait un tournage, projecteurs aveuglants, "action figuration", j’entendais les mots, je voyais, j’entendais celui qui les prononçait mais il ne se passait rien, place désertée au fragile quadrillage de tubes métalliques, ossature bancale d’une veille de marché, éblouissement du plateau vide où tout est possible.

Écrire un commentaire
NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.