dimanche, 16 novembre 2008

Sans mobile ou le corbeau et le renard

 

Un vendredi soir de novembre

Rentrant stupide du bureau

J’ôtai mon costume rayé

Et contemplai ma forme nue

Au miroir peu flatteur de la

Salle de bain. Je mis un jean

Trop moulant un pull col V trop

Décolleté et renonçai

Au crayon noir et au chapeau.

Je pris le bus ligne soixante

Qui m’emmena à la Colline

C’était L’Échange de Claudel.

Je faisais la queue pour les places

Pendant que Fabrizio mangeait.

 

Il me laissa seul dans la salle

Qu’il quitta après vingt minutes

Car le spectacle était mauvais.

J’attendis la fin pour sortir

Il m’attendait à l’extérieur

Nous dîmes notre déception

Dans un café un peu usé

Nous nous quittâmes à minuit

Lui en métro et moi en bus.

Chez moi je mis un polo noir

Et un jean troué taille basse

Puis je pris le dernier métro

Qui me déposa Place de

La République.  Je fumais

J’allais traînant ma solitude

Rue Turbigo et boulevard

Sébastopol puis rue aux Ours

Où vont les hommes affamés.

 

Je plongeais dans l’obscurité

J’y restais de longues minutes

Puis remontais à la lumière

Rouge parcourant les couloirs

Peints en noir les portes ouvertes

Ou fermées des cellules où

L’on deale les unes encore

Vides les autres encombrées

De fièvre et de désir aveugle.

Un grand noir attendait debout

Pour évaluer les passants

Et me dit non d’un mouvement

De la tête de gauche à droite

Silencieux et sans appel.

Je repassais devant les mêmes

C’était une ronde sans fin

Certains bougeaient d’autres restaient.

Il y avait de grands écrans

Près du bar et dans les couloirs

Des vidéos pornographiques

Pour stimuler les indécis.

 

Je replongeai dans la mêlée

Des sexes durs s’impatientaient

Des mains parcouraient tout mon corps

Les unes me déboutonnaient

Quand les autres me caressaient

Et que des lèvres me suçaient.

Je pris une tête nouvelle

Entre mes deux mains et sentis

La douceur des cheveux et les

Promesses d’un souffle de vie

Que j’aurais pu boire en plein jour.

Je m’abondonnai au baiser

Aux lèvres chaudes sur mon sexe

Aux mains qui préparaient mon cul

Et puis à celles qui glissèrent

Profitant de mon innocence

Dans les poches de mon Levis’

Qu’on baissait jusqu’à mes chevilles.

 

Je repartis bredouille dou-

-Blement dans la nuit pluvieuse

Le cul sur la selle mouillée

D’un Vélib’ car je n’avais pas

Joui et que je n’avais plus

De mobile. Alors il fallait

Que je rentrasse vite et que

Sans attendre je suspendisse

La ligne de mon téléphone

Virgin. Cette nuit-là je ne

Savais toujours pas quelle était

Dans cette ville ma place et

Je m’endormai sans larmes et

Sans amour.

 

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