dimanche, 30 novembre 2008

Le chapelet

On ne trouvait pas les crochets alors on posait les vêtements sur le banc, la couchette, l'autel, je ne sais pas si ça a un nom, son pull col roulé, ma chemise noire et mon gilet, puis je trouvais les crochets, moins de risques de salir (il y en a qui ne se déshabillent pas, un qui m'a dit, mais avec le tissu de mon pantalon c'est comme si j'étais nu, je repassais plus tard, je lui disais "tu n'ôtes toujours pas le bas?", il répondait "non" en souriant, il n'avait pas bougé de sa place dans la salle obscure, la salle collective, je disais "chacun sa méthode").

On s'était croisés plusieurs fois, on s'était dévisagés dans le fumoir puis j'avais pris une bière au bar, il était repassé, je l'avais suivi du regard, il s'était arrêté, je le fixais, me levais, lui parlais à l'oreille, "tu restes un peu?", moi je voulais attendre au bar, retrouver B*, on devait se revoir, "non je vais pas traîner", je l'embrassais sur la joue puis on s'embrassait vraiment, on se dirigeait vers une pièce vide (une chapelle, toutes les chapelles le long des couloirs, et les cierges qui brûlent), il fermait la porte.

Le chapelet sur le torse nu, le chapelet de ma mère, je disais "c'est un vrai chapelet", je voulais dire un qui a vraiment servi dans les églises il y a longtemps, dix perles noires, un "Je vous salue Marie" pour chaque perle, le pouce et l'index qui glissent d'une perle à l'autre, et au bout de dix perles, un espace un peu plus grand, les doigts glissent jusqu'à la perle du "Notre père", Frédéric disait "c'est marrant, il y a quelques minutes je parlais de ma soeur qui est religieuse", je répondais "moi je suis fils de curé", et lui: "ça n'a pas l'air de t'avoir traumatisé".

Il ressemble à Koltès, les boucles qui tombent sur le front, il s'appelle Frédéric, n'habite pas vraiment Paris, il est vidéaste, et son ex, directeur de théâtre. Situation familiale compliquée dit-il, je voudrais le revoir, on parle, on se caresse, en sortant il me dit "n'oublie pas ton couvre-chef", je remets mon chapeau et j'attrape ma bouteille de bière, il disparaît, je ne le vois pas partir, je ne pense pas à le regarder partir.

lundi, 17 novembre 2008

Christophe Pellet, "Soixante-trois regards"

Ecrit à Christophe ce soir. Lu Soixante-trois regards sur une terrasse chauffée. Les déambulations d'une femme dans Berlin, un écrivain trop appliqué, des scènes entrevues, une question récurrente, "ensemble comment?", parfois "comment" en italique, "comment" à la fin de la question, ça change tout, c'est l'énigme du couple, du choix de l'autre, d'un autre, celui-là et pas un autre, celui qui est à côté de moi et qui avec moi forme un couple, pas deux personnes simplement côte à côte, mais ce que n'importe qui identifie comme un couple, ce n'est pas pareil.

"Le corps de cette ville redonne une forme au mien et le déforme tout en même temps."

"N'être qu'en transition."

"Vous êtes ensemble comment? Une maladie mortelle ordinaire."

"Quand le corps n'est plus là, je m'éclipse."

"Fuite et poussée en avant: le mouvement même, d'une vie."

"Le manque me coupe les jambes."

"Ce qui ne fonctionne plus à force de fonctionner trop bien, ce qui fonctionne pour fonctionner."

"Je te quitte. Mais je reviendrai vers toi pour te démembrer et t'énumérer."

"Rompre tout commerce avec ceux que je désire et qui ne me désirent pas."

"Mort physique/exclusion."

Archanges

  

Un dimanche soir de novembre

Que je roulais sur l’autoroute

Entre chez mon père et Paris

Après un week-end en famille

Je m’arrêtai au bout d’une heure

Parce qu’une ère de repos

Indiquée sur un panneau blanc

M’invitait à faire une pause

A fumer une cigarette

Et guetter l’automobiliste

Qui comme moi s’arrêterait.

 

J’écoutais un atelier

De création radiophonique

Car c’était un dimanche soir

Il était plus de vingt-deux heures

Il faisait noir et il pleuvait.

Son titre était fait pour me plaire

C’était un Objet de désir

Qui s’interrompit nettement

Lorsque je coupai le contact

− C’était le récit d’une étreinte

Entre un jeune homme et un vieil homme

Le vieux voulait l’obscurité

Le jeune voulait la lumière

Jamais il ne fermait les yeux

Observant avecque dégoût

La peau du ventre détendue

Et le grand sexe dur et rouge

De l’homme à qui il se donnait.

 

Puis je sortis de l’habitacle

Protégé par ma longue écharpe

J’allumai une cigarette

Et des phares me signalèrent

L’arrivée peut-être d’un homme

Seul dans une grande voiture

Les cheveux blonds et de grands yeux

Qui attendraient mon abandon

Mais je resterais seul et droit

La cigarette entre les lèvres

A deux mètres de ma voiture

Et la main droite dans la poche.

 

Je le rejoignis aux toilettes

Car je savais ce qu’il voulait

Ses regards m’avaient rassuré.

Je me mis à côté de lui

Il eut l’ai un peu inquiet

− Comme un vacillement léger

A l’instant où l’on se demande

Si l’on s’expose à des caresses

Ou à des coups et des insultes −

Puis je sortis mon sexe mou

Que je commençai à branler

Quand un routier nous rejoignit

Et nous obligea à partir.

Le blond regagna sa voiture

Moi je restai debout dehors.

 

Il me suivit sur l’autoroute

Pendant quarante kilomètres

Jusqu’à l’ère de Bois d’Arcy

Où il baissa mon pantalon

Dans la lumière des néons.

Nous nous suçâmes plusieurs fois

Et puis nos langues se mêlèrent

Je lui demandai son prénom

Il demanda mon téléphone

Il dit s’appeler Gabriel

Il dit nous sommes des archanges

Je prétendis avoir perdu

Mon téléphone il répondit

Que cela ne m’empêchait pas

De lui donner mon numéro.

 

Il habite Aubervilliers

Ce n’est pas très loin de chez moi

Nous nous verrons un soir sans doute

Que son ami sera absent

− Il revenait du CHR

Car son frère de trente-huit ans

Qui avait perdu connaissance

Y était hospitalisé

Je ne compris pas les détails

Je lui dis salut bon courage

Il me dit ça va à bientôt.

 

dimanche, 16 novembre 2008

Sans mobile ou le corbeau et le renard

 

Un vendredi soir de novembre

Rentrant stupide du bureau

J’ôtai mon costume rayé

Et contemplai ma forme nue

Au miroir peu flatteur de la

Salle de bain. Je mis un jean

Trop moulant un pull col V trop

Décolleté et renonçai

Au crayon noir et au chapeau.

Je pris le bus ligne soixante

Qui m’emmena à la Colline

C’était L’Échange de Claudel.

Je faisais la queue pour les places

Pendant que Fabrizio mangeait.

 

Il me laissa seul dans la salle

Qu’il quitta après vingt minutes

Car le spectacle était mauvais.

J’attendis la fin pour sortir

Il m’attendait à l’extérieur

Nous dîmes notre déception

Dans un café un peu usé

Nous nous quittâmes à minuit

Lui en métro et moi en bus.

Chez moi je mis un polo noir

Et un jean troué taille basse

Puis je pris le dernier métro

Qui me déposa Place de

La République.  Je fumais

J’allais traînant ma solitude

Rue Turbigo et boulevard

Sébastopol puis rue aux Ours

Où vont les hommes affamés.

 

Je plongeais dans l’obscurité

J’y restais de longues minutes

Puis remontais à la lumière

Rouge parcourant les couloirs

Peints en noir les portes ouvertes

Ou fermées des cellules où

L’on deale les unes encore

Vides les autres encombrées

De fièvre et de désir aveugle.

Un grand noir attendait debout

Pour évaluer les passants

Et me dit non d’un mouvement

De la tête de gauche à droite

Silencieux et sans appel.

Je repassais devant les mêmes

C’était une ronde sans fin

Certains bougeaient d’autres restaient.

Il y avait de grands écrans

Près du bar et dans les couloirs

Des vidéos pornographiques

Pour stimuler les indécis.

 

Je replongeai dans la mêlée

Des sexes durs s’impatientaient

Des mains parcouraient tout mon corps

Les unes me déboutonnaient

Quand les autres me caressaient

Et que des lèvres me suçaient.

Je pris une tête nouvelle

Entre mes deux mains et sentis

La douceur des cheveux et les

Promesses d’un souffle de vie

Que j’aurais pu boire en plein jour.

Je m’abondonnai au baiser

Aux lèvres chaudes sur mon sexe

Aux mains qui préparaient mon cul

Et puis à celles qui glissèrent

Profitant de mon innocence

Dans les poches de mon Levis’

Qu’on baissait jusqu’à mes chevilles.

 

Je repartis bredouille dou-

-Blement dans la nuit pluvieuse

Le cul sur la selle mouillée

D’un Vélib’ car je n’avais pas

Joui et que je n’avais plus

De mobile. Alors il fallait

Que je rentrasse vite et que

Sans attendre je suspendisse

La ligne de mon téléphone

Virgin. Cette nuit-là je ne

Savais toujours pas quelle était

Dans cette ville ma place et

Je m’endormai sans larmes et

Sans amour.

 

lundi, 10 novembre 2008

La cafetière

Dimanche 9 novembre, le soir.

Je venais de prendre une cigarette dans mon sac, j’étais sorti de table, on dit sortir de table, j’étais sorti de table pour fumer, je me retrouvais dans la cuisine, de l’autre côté des conversations mêlées à la bande-son de Peter Pan, le nouvel écran, plat, de plastique noir brillant comme la coque d’un jouet de deux sous, et le son qui crache, on ne peut pas dire autrement, je m’éclipsais, il y avait cinq mégots dans le cendrier en fin d’après-midi, les cigarettes se consumaient en trois minutes tout au plus, là il fallait que je sorte de table une fois encore, Clélie avait taché ses nouveaux collants roses, de la terre, j’avais essayé d’enlever les taches, ce matin c’était de la merde de chat incrustée dans les dépressions des semelles de ses bottes, j’avais eu du mal à fermer ses bottes, la merde je l’avais enlevée avec les doigts sous un jet d’eau brûlante, je venais de prendre une cigarette et je restais stupide devant la cafetière, le café pissait sur la résistance ronde, débordait, formait une flaque qui s’étendait stupidement sur le plan de travail, j’éteignais la cafetière, et les lumières de la maison s’éteignaient simultanément. Quelqu’un avait lancé le café mais avait oublié le récipient, je ne sais pas comment on dit, le bol, le bocal, je pensais à mon père mais François battait sa coulpe tandis que j’essuyais le café brûlant avec une éponge que je tordais dans l’évier avant de me précipiter à nouveau sur le plan de travail, je faisais ça plusieurs fois, silencieux, je ne voulais pas qu’il restât la moindre trace de café, je me disais qu’il n’y avait que là, chez mon père, que ce genre de chose pouvait arriver. Ma grand-mère disait il a pété les plombs, mon père et Jérôme essayaient de rétablir le courant. On fêtait le trente-et-unième anniversaire de François, qui venait de se planter dans la préparation du café, il y avait deux gâteaux au chocolat et une tarte, on apprenait qu’il était écrit « bon anniversaire François » sur le gâteau après que tout le monde avait été servi, on n’avait plus que des bouts de mots qui ne voulaient rien dire dans nos assiettes, François laissait les cerises sur le bord de la sienne, Clélie cassait son dauphin en plastique et jouait avec la canne de mon père, je chantais avec elle « où est passé mon prince rebelle / qui va fermer toutes ses fenêtres / ce sont ces fenêtres autour de moi / ce sont ces fenêtres qui m’appellent ».

lundi, 03 novembre 2008

Sécrétions

Ce n'est même pas toucher le fond, je suppose que le fond c'est pire. C'est être bien bas quand même, les boutons sur la gueule, le pus qui affleure, un cratère sur la joue, une ligne de bataille au dessus des sourcils, mal aux yeux toute la journée, la fatigue, l'allergie aux produits détergents aussi, le ventre lourd parce que je mange trop, je mange mal, et ce soir une goutte de pus que je recueille sur un mouchoir au sortir de l'urètre, ça recommence, je l'avais senti depuis deux ou trois jours, des picotements, et aussi quelque chose d'oppressant, je ne sais pas si c'est les poumons, ça me fait penser à mon ulcère à l'oesophage il y a trois ans. Bruno me demande si je somatise. Je dis oui. Oui évidemment je somatise.

Renato me parle d'un blond dans un sms, il se demande s'il est beau ou pas, il écrit "j'hésite s'il est bien ou pas", je réponds "alors c'est qu'il l'est", je pense à Hervé, je dis mon "viking" en parlant de lui. J'ai vu Hervé trois fois, trois week-end de suite. Maintenant plus rien. La dernière fois, on a passé la nuit ensemble, je l'ai possédé. Plus rien, il dit qu'il est instable "sentimentalement", incapable de vivre une histoire de plus de deux semaines, s'excuse, s'excuse beaucoup, inutilement, dit qu'il ne veut pas me faire souffrir. Il écrit comme un garçon de dix-neuf ans et il croit qu'un mec de trente-trois ans est plus équilibré et mérite mieux.

Il va être dix heures, je vais me coucher, c'est ce que j'ai de mieux à faire. Je ne me branlerai pas parce que la nuit dernière ça m'a fait très mal au moment de l'éjaculation. Pourtant c'était bon, ça m'a pris comme ça au milieu de la nuit, c'est rare, c'était intense et bruyant, je pouvais j'étais seul dans l'appartement, mais à la fin quelque chose comme une lame qui glisse dans l'urètre en effleurant ses parois obscures.

samedi, 01 novembre 2008

Hygiène

Je n'ai plus envie d'être lu par ceux qui me connaissent. Je n'écris plus comme je voudrais sur le blog ces derniers temps. Du coup j'ai fermé l'accès. Je crois que je vais laisser tomber, le temps qu'il faudra. Ecrire ailleurs, prendre à bras le corps mon projet d'écriture romanesque, essayer de publier mes poèmes dans des revues. Pour le reste, oublier mon ambition au travail, simplement bosser comme un petit soldat, ce que je sais faire à peu près correctement. Perspecvive à moyen terme: finir de rembourser mes crédits, ne plus traîner ça comme un boulet, et me barrer dès que ce sera possible.

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