jeudi, 18 décembre 2008

Pour toi

J'attendais de voir Estelle, ce soir, pour lui demander si je pouvais copier son mail dans mon blog.

"J'ai encore arraché mes lèvres ce matin, il y a la collection de mouchoirs de sang que j'ai faite il y a un an, tous les matins, le rituel, la malédiction avait disparu et puis elle est revenue. Je voudrais dire quelque chose à Pierre mais je ne sais pas quoi, ou plutôt une longue plainte qui l'assourdirait, je voudrais qu'il sente ma souffrance pour la partager. Je voudrais lui raconter le chaos étrange des maladies mentales, les journées passées dans un hôpital aux murs jaunis, les heures à essayer de, et puis enfin peut-être un petit pas, comme une handicapée. Je voudrais être éclatante, musclée, étincelante pour Pierre. Je tends mes bras, je donne mes mains, je voudrais pleurer, je le vois si beau, je me sens si amoindrie, les mots ne sortent pas, je ne pourrai jamais lui dire, lui montrer l'enfer. Je l'aime très fort, il est mon premier cadeau de noël, que je serre dans mes mains, je n'ose pas encore jouer avec, c'est trop précieux, je le contemple, laissez-moi le temps de le regarder. Il est revenu du passé pour écrire des mots qui me guérissent, pour sublimer mes blessures. Je voudrais... je voudrais lui caresser les cheveux et ne plus avoir honte de mon visage à cause de mes lèvres arrachées. Un jus d'ananas, j'ai du mal, Pierre est doux, alors je mets mes pas dans les siens, je ne sais pas pourquoi je suis insatisfaite comme ça, pourquoi je voudrais lui prouver que je ne suis pas si faible, je me sens comme un petit garçon qui porterait une poutre très lourde, tout crispé, pour montrer qu'il est fort et comme ça on va l'aimer. Je voudrais te suivre, m'aimeras-tu? Souvent, je suis empêchée de parler, je me sens tellement faible, je voudrais tomber dans les pommes pour que tu me prennes dans tes bras et alors on s'en irait, loin des fureurs, on irait visiter un manoir où tu me dirais que je suis bien comme ça, que c'est pas grave, que je n'ai pas besoin d'être autre chose. On se prendrait la main et je n'aurais plus peur."

(Envoyé mardi 16 décembre 2008)

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