lundi, 05 janvier 2009
Avoeux (dialogues saignants)
SCENE 1 - OU L'ON OMET LES VOEUX
La scène se passe à la patisserie L'Oulipienne, rue d'Bourgogne, sise entre un marchand d'journaux et un distributeur de billets d'la Société Générale. Y'a des pains au lait, des sandouitches variés, et des salades composées. La patissière est stressée et interpelle vigoureusement l'employé de ministère.
- Oui, monsieur?!?
- Aimable patissière, je prendrai une salade composée au thon dans une transparente boîte en plastique.
- Saignant?
- Saignant comme d'habitude.
- Et avec ceci?!?
- Ce sera tout comme d'habitude.
- Trois euros quarant'cinq pour le monsieur, comme d'hâbe.
SCENE 2 - OU L'ON RETROUVE LES PAPILLONS
La scène se passe au bar-tabac Le Voltigeur, à l'angle d'la rue d'Grenelle et d'la rue d'Bourgogne, entre midi quarante-sept et midi quarante-neuf. Odeurs assez innommables de café, de radiateurs empoussiérés et d'haleines défraîchies. L'employé de ministère attend quelques secondes avant que le patron s'occupe de lui.
- Bonjour jeune homme, et bonne année!
- A vous aussi, bonne année!
Silence limite concupiscent.
- Beaucoup d'amour!...
- Oh, si vous saviez!...
Le patron revient à ses moutons.
- Un paquet?
- Celui-là même, oui.
Le patron quitte ses moutons.
- Pas trop d'amour quand même, hein? Après on n'sait plus où donner d'la tête.
L'employé de ministère tend un billet de cinq euros au patron, qui simultanément pose le paquet sur le comptoir.
- Bah pour moi ça va plutôt bien.
- Ne pas courir plusieurs lièvres à la fois, hein!...
- Les lièvres, non. Mais vous m'avez d'viné!
- Je n'me permets pas...
- Y'a pas d'mal vous savez. Moi c'est les fleurs: j'les butine, j'les culbute, j'les bute... Je papillonne, quoi.
Le patron sourit en coin et rend sa monnaie à l'employé de ministère.
- Allez, au r'voir!
- Au r'voir et à d'main!
L'employé de ministère déballe son paquet, prend une Blaque des Villes, puis range le paquet dans la poche droite de son impère. Il sort du bar-tabac et remonte la rue d'Grenelle en fumant sa Blaque, toute légère.
SCENE 3 - OU L'ON EST UN PEU PLUS LUCIDE
Seize heures dix-huit. L'employé de ministère monte au sixième fumer une Blaque des Villes et siroter un thé à la menthe artificielle sur la terrasse à ciel ouvert. Il est rapidement rejoint par une employée de ministère.
- Bonne année Pierre!
- Euh... bonne année.
- Tu fumes sous la neige, tu es courageux!
- Je n'suis pas courageux. Je suis dépendant, adicte, soumis. En un mot je suis lâche.
- J'te r'joins sur la terrasse!
- N'en fais rien, live mi eulaune. Cause aille ouanna smauque maille Blaque des Villes inne pice. J'pourrais bien... J'pourrais...
Ellipse. Ecran de fumée, fantômes, traces, puis nausées, écroulements, vagabondage dans les dédales du ministère.
Dix-huit heures quarante-cinq. L'employé de ministère retourne à ses moutons. Après dix jours de vacances non méritées, l'écran du pécé lui fait si mal aux yeux!
Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, poésie



Commentaires
Bon, garde l’homosexualité (j’commence à m’habituer…), mais arrête de fumer (j’avais oublier c’détail). J’peux encore imaginer t’accompagner dans une backroom, mais pas où tu fumes (j’suis devenu allergique à la fumée, pity)… Or… je voudrais t’accompagner… (Moi aussi.)
Bises
Écrit par : Le Dispariteur | lundi, 05 janvier 2009
Répondre à ce commentaireOui oui oui! Et je puis être abstinent quant à la fumée. J'aime ton utilisation du "pity". Je reste ton faon, et s'il n'en reste qu'un, etc.
Bises tendres
Écrit par : Pierre | lundi, 05 janvier 2009
Répondre à ce commentaireCeci est un avertissement, il en va de la santé publique. Faites ce que devez dans les roumes obscures, mais évitez de grâce le tabac, car les Blaques des Villes contiennent autant de nicotine ou de goudron que des cigarettes classiques, coûtent dangereusement moins cher (4.90 €) et jouent sur un dizagne t'as-pas-l'oeil qui ravit surtout les jeunes gens. Produites par le groupe hollandais «Heyink & Bloemen», spécialisé dans le tabac à rouler, ces cigarettes au chocolat sont importées en toute légalité en France. Si on ne les trouve pas partout, les collégiens et lycéens, ainsi que quelques poètes abrutis, sont déjà au parfum de ces cigarettes qui exhalent une odeur dangereusement agréable de sucre et de tabac subtilement mélangés: beaucoup les ont testées et presque tous les ont vues circuler!
Écrit par : Guillaume le Sauveur! | mardi, 06 janvier 2009
Répondre à ce commentaireÉcrire un commentaire
NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.