lundi, 19 janvier 2009

Lettre de nuit

Ô toi,

comment démêler tout ça, écheveau de la conscience, j'ai Perceval à portée de sommeil quand tu cherches nouvelle monture, "femme d'un type nouveau", je suis un type moi, j'ai stationné en haut donjon touchant noir du ciel, rideaux de papiers scotchés aux meurtrières, pluie d'or dans les cheveux, sali draps immaculés, vinaigrette dégouttant sur blanc drap de coton, "qu'importe" disais-tu,

j'ai vu femme ce soir, disant "petite fille cache-toi derrière porte" car les grands s'entretiennent de procès, c'est que procès j'ai au cul,

disant "fais la blonde", moi "oui je sais faire maintenant", et quoi, contraventions impayées, stationnements illicites, langage de la loi, je crains super-héros Super Gun, "la loi c'est la loi" dit-il sur dessin bariolé,

(alors ce soir je roulais sans assurance, avec plein d'essence, généreuse carte bleue de Père compréhensif,)

femme tendant sac rempli livres de recette de Mère, retrouvés, cahiers manuscrits, spirales d'écriture,

disant "donne-moi recette crème pâtissière", moi "bonne chance pour concours",

(la vie comme elle va,)

"beau vivant, reviens vers moi encore longtemps" dis-tu, moi "chaton" dis-tu, prends pas beaucoup de place, "petit corps" dis-tu et pelures, prends pas beaucoup de temps, prends pas assez de temps j'ai peur,

alors,

on s'intraveine les mots,

on se présente, on s'absente, (tu rejoins mon imparfait de présence:) une nuit je te suivais sur monture à deux roues, chemins croisés-séparés, tu disparaissais dans forêt urbaine, 

(les corps s'accordent de temps en temps,)

portrait scotché à côté lit, super-héros dispariteur avec spectacles miniatures dans valise,

(...)*

(à quoi ressemble au printemps un amour d'hiver qu'on n'a jamais vu qu'aux lumières de la nuit?)

(...)*

 

* Le reste ne s'est pas formulé.

 

"Mon âme, haquenée boiteuse des fatigues du jour, repose maintenant sur la litière dorée des songes."

Aloysius Bertrand

Commentaires

Je voulais répondre en reprenant la phrase de Marguerite Duras –que tu connais–: «C'est la plus belle lettre que j'ai reçue de ma vie.», tu aurais senti l'ironie et l'amour, l'amour et l'ironie, mais, justement, c'est autre chose: tu me proposes un amour cavalier (et Sagittaire je suis), un amour pour me sortir de cet amour étouffant, le seul que je connaisse par cœur, de cette femme qui décide pour moi (et que j'ai reproduit avec une curieuse intensité –alors que j’en étais pourtant plus conscient– avec Hélèna). J’ai lu sur Wikipédia que Perceval était enfermé dans la forêt par sa mère et qu’il s’est libéré en rencontrant un jour un groupe de chevaliers aux armures si étincelantes qu’il les a pris pour des anges... (lumière de la littérature). Je t’ai choisi alors pour que tu m’accompagnes (mais ce chemin peut-être infini ou: «vers moi encore longtemps» ou: «au printemps» ou «l'impasse de l'absolu», mais je n’y crois pas) dans cette quête de la nouvelle bien-aimée... l’accueillante, la serviable... je suis en confiance avec toi malgré cette éraflure (infinie) sur la lèvre... et je me donnerai à toi tant que tu le désireras. Tu as toute mon affection, ma joie et ma confiance –et mon excitation.

Écrit par : Le Dispariteur | lundi, 19 janvier 2009

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