mardi, 27 janvier 2009
La possibilité d'un corps ou son délitement
A vingt heures je m'allonge, jean pull chaussettes, lumière halogène, pas de musique, je ne programme pas mon réveil. Je rouvre les yeux à quatre heures, sms d'Yves-Noël, "Arielle Dombasle m'embrasse comme toi dans Perceval", sms de Renato, "Je t'imagine en train de dormir avec Yves-Noël, moi je ne dors presque plus, la recherche d'un stage et l'accumulation des réponses négatives me fatiguent, j'ai hâte de venir chez toi et de faire les choses les plus amorales, mais j'ai peur de te déranger, et de ne plus être en mesure d'apprécier nos séjours".
WORK IN MORAL PROGRESS
Je fouille dans ma boîte de réception à la recherche d'un message envoyé à Christophe il y a deux ans, en vain. Je ne retrouve pas le texte que j'avais écrit sur Erich von Stroheim. Il me le faut pour mon roman, mais je pourrai sans doute le reconstituer: les chats de Virginie, le frottement animal, l'amour comme une opération chirurgicale. Je trouve ce que je ne cherche pas, mais qui parle de ce que j'entreprends, stade du récit informulé:
Le visage épanché,
dans l’insomnie des eaux répandu,
comme une interrogation qui
lentement s’est noyée
d’insouciance perdue
et d’irrésolution.
Il faudrait ne pas voir ces choses-là,
mais elles guettent, si proches,
puis elles déferlent en silence,
et les yeux qui se cachent en
de noirs éclats, et furieux,
ne cessent de dire, oh,
la grandeur qui pourrait, là,
inonder la trame rebelle
d’un récit informulé
qui attend, toujours, déjà,
la possibilité d’un corps
ou son délitement.
C'est un poème que j'écrivais à partir d'une peinture de Sounya, à l'époque où nous correspondions de blog à blog.
(Hier, Yves-Noël publiait sa réponse à une lettre d'Hélèna. Il citait un roman de Sandra, que je ne connais pas: "Nous arrachons tant de nous-mêmes pour guérir plus vite qu’il ne le faut, qu’à trente ans nous sommes démunis et avons moins à offrir chaque fois que nous commençons avec quelqu’un de nouveau. Mais ne rien ressentir pour ne rien ressentir – quel gâchis ! (…) souviens-toi, notre cœur et notre corps ne nous sont donnés qu’une fois. La plupart d’entre nous ne peuvent s’empêcher de vivre comme s’ils avaient au moins deux vies à vivre, l’une étant le brouillon, l’autre, la version définitive, sans compter toutes ces autres versions entre les deux. Mais il n’y en a qu’une, et bientôt notre cœur est usé et, pour ce qui est du corps, le moment vient où personne ne le regarde, ni n’a la moindre envie de s’en approcher.")
Je pars très tôt au bureau. J'écoute Jean-Louis Murat dans le métro.
c'est la maladie d'amour
qui nous apprend à ne jurer de rien
c'est la nature de mon sang
par le sang où l'amour me tient
et je passe toutes mes nuits
en idées de bonheur
au soleil de votre vie
je ne sais dire votre monde
mon désir si je le savais
et où est votre maison
mon plaisir ça je m'en doutais
c'est la maladie d'amour
qui nous tient le corps
cette odeur de toujours
c'est le corps qu'on effleure
son silence nous fait trembler
par tous les yeux la lueur
de celle qu'on reconnaît
ou à la parade d'amour
sexe qu'il faut ajuster
sur la piste des beaux jours
c'est le maladie d'amour
qui nous tient le corps trempé
c'est la manie des toujours
qui sait si bien nous faire chanter
sur le mol lit de fleurs
on s'echange mille baisers
et le rêve dont on meurt
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