jeudi, 19 février 2009

On vit dans un monde récompensé

De:
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"Yves-Noël Genod"
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c_pas_pr_les_cochons.doc (52 ko)

Je te renvoie ton texte. Ben... J'ai quasi rien retouché. Un peu au début, un tout petit peu. Je vois pas ce qu'il y a à changer! C'est ton texte. Et il est bien comme ça.

Juste, STP, si tu le fais, ton texte, tu n'es pas obligé de dire que je suis chef de section au ministère de l'éduc! Bon, tu fais comme tu veux, c'est ton projet, mais il risque d'y avoir dans la salle des collègues du ministère de la culture. C'est toi qui vois...

Pour la musique, j'y ai passé la soirée. On verra tout ça d'main, là j'suis HS. Tu m'manques, j'suis nerveux.

Pierre

Pièce jointe

C'est pas pour les cochons !

Un conte extrasensoriel

Donc.

Kataline, moi, il m'est arrivé un truc ces derniers temps, je suis obligé d'en parler, c'est que je suis tombé amoureux d'un homme. Bien sûr, à notre époque de coming out généralisé, ça n'est pas un scoop une nouvelle comme ça, mais je t'assure que pour moi ça l'est. Je ne sais pas comment vivre ça, les femmes me manquent, je voudrais tellement que tu m'aimes.

Pour moi l'homosexualité n'est pas naturelle. C'est un fait de culture. Les femmes me manquent, je veux dire, les organes féminins me manquent terriblement...

Et pourtant je suis avec Pierre parce que je l'aime terriblement. Ah, c'est terrible... Si Pierre était une femme ou si, moi, ce serait parfait... Cet amour est parfait, je n'ai jamais aimé comme ça, sauf que Pierre est un homme, avec une bite et tout ça, quoi... comment ça s'appelle déjà ? Des bijoux d'familles, vulgairement des couilles... Sans que ça serve à grand chose entre nous...

Y a de la castration qui traîne dans l'air... Il faut laisser passer un peu de temps, mais peut-être y songer... Il en rêve d'ailleurs, Pierre... La castration, lui ou moi... Pierre, il rêve souvent quand il s'endort au bureau... (Il travaille dans un ministère.) Quand il s'endort dix minutes au bureau, Pierre rêve d'une petite bite détachée...

- Pourquoi "petite" ?

- Oh, grosse aussi bien, je n'sais pas, je veux dire qu'elle est détachée de son corps, elle est toute seule, quoi, sans corps. Et il rêve aussi, concomitamment, d'ananas. Dans le rêve, le rêve de dix minutes, au bureau ou dans le métro, assoupi, métro, boulot, dodo, il rêve qu'il suce le gland et qu'il mange des morceaux de l'ananas... C'est tout Pierre, ça...

- La nana ?

- Voilà.

Avec ce nouvel amour, j'ai honte et je me sens con. J'étais dans le train et je pensais à ce titre : "Les effacements de brutalité". Tu vois, ma chérie, ma Kataline chérie et douce, quand je suis avec lui, je me sens plus fort et quand je ne suis pas avec lui, je me sens plus faible.

Je me demande si l'amour de Pierre n'est pas un amour de convalescence, un amour qui me fait remonter (comme dit Baudelaire) au matin de mes impressions...

Le nouveau, quel qu'il soit, l'œil fixe et extatique, visage ou paysage, lumière, dorure, couleurs, étoffes chatoyantes...

Un de mes amis (page 350/51) (muscles des bras).

La forêt latence.

La forêt se range par la lumière.

La solitude est creusée, imbibée, noyée d'une eau de consolation qui n'agit que quand il est là.

Voyage en grande sexualité.

On vit dans un monde récompensé quand il est là. (Ceci n'est valable que pour moi parce que, lui, dirait qu'il est récompensé toujours.)

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