dimanche, 22 février 2009
Aubry, le moulin en ruine
Les champs, c'est l'hiver, ce paysage-là ne change pas, le même il y a vingt-cinq ans, les promenades en famille, ou seul, avec la chienne qui narguait les vaches, et moi je leur tendais des épis de maïs, et leurs langues immenses et rapeuses qui presque avalaient ma main. D'autres fois, après la récolte des blés, on plongeait les mains dans des monticules blonds comme l'été, oubliés par les moissonneuses batteuses, et les grains de blé sous les dents formaient une pâte comme un chewing-gum artisanal. Plus loin, on ne les voit pas, quelque part sur la droite, les trois chevalets d'Arenberg, les mines, décor du film Germinal. Le moulin, étrange, il appartient à une vieille famille du village, dont on retrouve la trace dans des archives du XVIIe siècle, fermiers de génération en génération, sombres histoires de crime un jour de fête des roses, j'ai lu ça il y a longtemps, et la fermière, qui me vendait du lait de vache encore chaud que j'apportais à la maison pour le petit déjeuner (elle a quarante ans de plus que moi, mais elle me disait que si elle avait eu mon âge elle aurait été amoureuse; il m'arrivait d'amener les coquillages que je collectionnais, et on essayait d'écouter la mer au milieu des odeurs d'animaux et du foin).


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