jeudi, 26 février 2009
Des bêtes
Des histoires de bêtes, depuis quelque temps, les lapins et les chevreaux, Yves-Noël m'en parlait au téléphone pendant ses séjours en Auvergne, je les entendais, les cent vingt chevreaux, ils pleuraient, et il y aurait la chevrette du spectacle, elle avait quelques jours, on ne savait pas si elle supporterait le séjour parisien. Le jour de la répétition, elle était là, sur la praticable, avec Kataline et Yvonnick, se frottait contre les peaux nues, tombait parfois sur les planches mais ne se faisait pas mal (simplement, il fallait s'interrompre pour la hisser sur le praticable). Yves-Noël avait senti qu'en amenant d'abord les lapins puis la chevrette, le public attendrait une progression, or nous n'avions ni cochons ni vaches. (Le lendemain, c'était l'ouverture du Salon de l'agriculture.)
Après le spectacle, j'avais montré la loge à Estelle: une odeur animale, agréable, le foin sur la moquette, les chats, la chevrette qui gambadait, les lapins dans leur cage qui se succédaient à la pipette d'eau avec un bruit mécanique comme celui des doigts sur un clavier d'ordinateur. (Kataline était restée avec les bêtes depuis la veille. Quelques heures avant le spectacle, elle avait commencé à mettre de la paille dans ses cheveux renversés.)
De mon côté je ne m'épilais plus: je ne serais paré que de mes poils, il me fallait bien ça. (Yves-Noël avait appris à brouter les aisselles en lisant Guyotat.) Pendant le spectacle, Kataline avait voulu poser le lapin blanc sur le piano, mais l'animal s'était violemment débattu. Je ne sais plus si je jouais à ce moment-là, si le lapin s'était finalement retrouvé sur le piano. (Ce matin Yves-Noël me disait qu'il avait été surpris de sentir des poils sous sa main habituée à une peau de femme. Question d'empreinte, de rémanence.)
On avait projeté d'emmener Clélie chez Kataline pour lui montrer les animaux, mais ça n'avait pas été possible, question d'emploi du temps.
Yves-Noël avait renoncé au Salon de l'agriculture, il était parti assez tôt pourtant, sac de photographe à l'épaule, j'imaginais déjà quelques dizaines de photographies sur son blog, pendant spectaculaire des images de l'Auvergne, neige et silence. La foule, il aurait fallu attendre longtemps avant de pouvoir entrer.
Xavier, ce matin à six heures cinquante-trois: "je suis dans un bus en direction de Paris, je vais tenir un stand au salon de l'agriculture, enfin 1h ou 2h, et le reste de la journée, quartier libre!, je vais aller voir les poules, les vaches et les cochons, gouter à ts les produits régionaux... et je pensais à toi... un énorme bisou à mon prof de français, là où il veut... à bientôt...". J'avais répondu qu'on ne pourrait pas se voir parce que je retournais à Valenciennes avec Clélie. Dix-neuf heures trente-sept: "en train d'arpenter les rues en direction de lhotel Matignon, je me suis remis à pensé à ns 2 kan ns étions venus à Paris...".
Sous un ciel étoilé comme peut l'être un ciel de campagne, Père me parle du blog d'Yves-Noël, en particulier de ce copier-coller d'un long échange de mails entre lui et moi publié sous le titre With carnal desire. Il a remarqué le label, pierre correspondance, moi je ne sais plus extactement de quoi ça parle, alors je relis, et sans horreur, ça me revient, le manque, le chemin à deux, le petit cul d'un danseur, une histoire de gel... Avant de se coucher, Père lit l'article de Pref. ("Yves-Noël Genod: un maître de l'autoficion. Etourdissant. Vite assimilé par la vulgate médiatique, l'art de l'autofiction est très souvent mal compris. Confondu avec l'autobiographie, avec laquelle il n'a pourtant rien à voir. Ce que traque l'autofiction, c'est la frange du doute, où le sujet s'observe, devient acteur séparé de lui-même, compose sa vie en inventant ses vérités, assume que ses faits ont les dimensions de récits, les teintes du rêve, la brûlure du désir. Par l'autofiction, la force du langage, discursif ou gestuel, recouvre tout son potentiel performatif. L'autofiction produit la vie. Ne la relate pas. Invente, brode, dérive et interprète; parce que toutes ces opérations sont le propre de l'être.")
Je me souviens de Père déplumant des poules, tranchant le cou d'une oie sur laquelle il était assis, vidant un lapin pendu à une branche du lilas, les entrailles tombant brunes et brillantes dans un seau.
mercredi, 25 février 2009
Ah! d'un homme à un autre homme, quelle distance!
A Clélie, je lisais Dora et le bruit mystérieux. Il était tard, elle était très fatiguée (ne faisait plus de sieste, profitait de chaque instant, préférait veiller plutôt que de perdre un moment avec moi: elle avait compté sept jours et sept nuits, aurait préféré deux semaines de vacances, un gros deux semaines disait-elle du haut de ses presque cinq ans). Dans le livre il y avait des tirettes qui découvraient le parcours de la la petite héroïne: rivière bruyante, forêt silencieuse, vallée jaune. Yves-Noël faisait une dernière apparition au moment où Clélie comptait jusqu'à dix en anglais (il fallait compter jusqu'à dix pour faire disparaître le hoquet de Totor le taureau, c'était la fin de l'histoire).
A Yves-Noël, je lisais Montaigne, "De l'inequalité qui est entre nous": "Pourquoy, estimant un homme, l'estimez vous tout enveloppé et empacqueté? Il ne nous faict montre que des parties qui ne sont aucunement siennes, et nous cache celles par lesquelles seules on peut vrayement juger de son estimation. C'est le pris de l'espée que vous cherchez, non de la guaine: vous n'en donnerez à l'adventure pas un quatrain, si vous l'avez despouillé. Il le faut juger par luy mesme, non par ses atours. Et, comme dit tres-plaisamment un ancien: Sçavez vous pourquoy vous l'estimez grand? Vous y comptez la hauteur de ses patins. La base n'est pas de la statue. Mesurez le sans ses eschaces: qu'il mette à part ses richesses et honneurs, qu'il se présente en chemise. A il le corps propre à ses functions, sain et allegre? Quelle ame a il? est elle belle, capable et heureusement pourveue de toutes ses pieces? Est elle riche du sien, ou de l'autruy? la fortune n'y a elle que veoir? Si, les yeux ouverts, elle attend les espées traites; s'il ne luy chaut par où luy sorte la vie, par la bouche ou par le gosier; si elle est rassise, equable et contente: c'est ce qu'il faut veoir, et juger par là les extremes differences qui sont entre nous." (De l'évidence de la nudité sur le plateau.)
Dans la journée, il avait pris le métro pour aller au Salon de l'agriculture, et, je ne sais pas, à l'aller ou au retour, il avait obsevé une femme, une fille, regards dérobés, et il y avait eu un poème: "Quand j’ai relevé la tête, elle s’était détournée et ses cheveux se déployaient comme un rideau de fer. Plus tard, je vis encore son profil. Et je me disais qu’il fallait que je drague. La poésie est féminine." J'avais parlé de modus vivendi. Il y aurait sans doute une femme à ses côtés, un jour ou l'autre. Nous serions trois, peut-être.
(Il vient de m'appeler, parution de l'article dans Pref, le journaliste a repris ses propos sur l'homosexualité.)
"Moi, tous les blonds sont ma copine. Mais il y en a une qui veut pas, elle s'appelle Emma, c'est une sale bête." (Montaigne: "Plutarque dit en quelque lieu qu'il ne trouve point si grande distance de beste à beste, comme il trouve d'homme à homme. A la verité, je dirois qu'il y a plus de distance de tel à tel homme qu'il n'y a de tel homme à telle beste.")
"Hem vir viro quid praestat" ("Ah! d'un homme à un autre homme, quelle distance!")
Térence, Eunuque, II, 2, 232
lundi, 23 février 2009
En attendant Genod (à la fenêtre) / légendes
Il fait nuit. Très sombre est la nuit. Dans une maison à une grande distance brille la lumière d'une fenêtre. Je la vois, et je me sens humain des pieds à la tête. Il est curieux que toute la vie de l'individu qui habite là, et dont j'ignore l'identité, ne m'attire que par cette lumière vue de loin. Sans nul doute sa vie est réelle, il a un visage, des gestes, une famille et un métier.
Mais maintenant seule m'importe la lumière de sa fenêtre. Bien que la lumière soit là parce qu'il l'a allumée, la lumière est pour moi une réalité immédiate. Je ne vais jamais au-delà de la réalité immédiate. Au-delà de la réalité immédiate il n'y a rien. Si moi, de l'endroit où je suis, je ne vois que cette lumière, par rapport à la distance où je me tiens il n'est que cette lumière. L'homme et sa famille sont réels de l'autre côté de la fenêtre. Et je me trouve de ce côté-ci, à une grande distance. La lumière s'est éteinte. Que m'importe que l'homme continue à exister?
Fernando Pessoa, Le Gardeur de troupeaux
Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n'est pas d'objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu'une fenêtre éclairée d'une chandelle. Ce qu'on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie.
Par-delà des vagues de toits, j'aperçois une femme mûre, ridée déjà, pauvre, toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais. Avec son visage, avec son vêtement, avec son geste, avec presque rien, j'ai refait l'histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moi-même en pleurant.
Si c'eût été un pauvre vieux homme, j'aurais refait la sienne tout aussi aisément.
Et je me couche, fier d'avoir vécu et souffert dans d'autres que moi-même.
Peut-être me direz-vous: "Es-tu sûr que cette légende soit la vraie?" Qu'importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m'a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis?
Baudelaire, Le Spleen de Paris, "Les fenêtres"
Familier, étranger (décentré)
... et heureusement qu'on est mortel...
La plaine terrestre sur la planète et heureusement qu’on est mortel pour que les petites histoires s’évaporent comme ça dans l’atmosphère. Les petites histoires de la paix ou de la poisse ou de la guerre. La neige est ce feuilletage de cendre qui nous illumine l’été en hiver. On voudrait tout toucher, on voudrait tout aimer, tout caresser. Les champs sulfatés, les arbres étonnés, nos amies les bêtes. Les ruisseaux d’eau pleurent dans tous les sens, très actifs, trouvent les pentes et s’y faufilent, passent sous les autoroutes. L’arbre autour de lui dessine un rond de champignon car il a sué toutes ses gouttes.
Yves-Noël Genod, C'est pas pour les cochons!
J'ai souffrance beaucoup, de coeur surtout
Au gré des envois quotidiens de Florence Trocmé, ceci, de Frank Venaille, dans Ca:
J’ai, très fort en moi, angoisse d’être vivant : j’ai !
Chaque naissance m’est blessure et la mienne gît
Quelque part dans une ville qui m’apparaît plus morte
Encore que ce rat dans l’égout – lui, au moins, n’atten-
Dant rien, n’espérant rien – (mais en est-on sûr ?) de
La vie. J’en ai grand angoisse ! J’ai angoisse de cela.
Il reste l’écriture, avec ses soldats, ses hommes par Mil-
Liers : nos libérateurs. Ressentent-ils eux-mêmes cet-
Te sensation ? Être des mots, blessés, qu’angoisse ronge !
dimanche, 22 février 2009
Aubry, le moulin en ruine
Les champs, c'est l'hiver, ce paysage-là ne change pas, le même il y a vingt-cinq ans, les promenades en famille, ou seul, avec la chienne qui narguait les vaches, et moi je leur tendais des épis de maïs, et leurs langues immenses et rapeuses qui presque avalaient ma main. D'autres fois, après la récolte des blés, on plongeait les mains dans des monticules blonds comme l'été, oubliés par les moissonneuses batteuses, et les grains de blé sous les dents formaient une pâte comme un chewing-gum artisanal. Plus loin, on ne les voit pas, quelque part sur la droite, les trois chevalets d'Arenberg, les mines, décor du film Germinal. Le moulin, étrange, il appartient à une vieille famille du village, dont on retrouve la trace dans des archives du XVIIe siècle, fermiers de génération en génération, sombres histoires de crime un jour de fête des roses, j'ai lu ça il y a longtemps, et la fermière, qui me vendait du lait de vache encore chaud que j'apportais à la maison pour le petit déjeuner (elle a quarante ans de plus que moi, mais elle me disait que si elle avait eu mon âge elle aurait été amoureuse; il m'arrivait d'amener les coquillages que je collectionnais, et on essayait d'écouter la mer au milieu des odeurs d'animaux et du foin).
jeudi, 19 février 2009
On vit dans un monde récompensé
Je te renvoie ton texte. Ben... J'ai quasi rien retouché. Un peu au début, un tout petit peu. Je vois pas ce qu'il y a à changer! C'est ton texte. Et il est bien comme ça.
Juste, STP, si tu le fais, ton texte, tu n'es pas obligé de dire que je suis chef de section au ministère de l'éduc! Bon, tu fais comme tu veux, c'est ton projet, mais il risque d'y avoir dans la salle des collègues du ministère de la culture. C'est toi qui vois...
Pour la musique, j'y ai passé la soirée. On verra tout ça d'main, là j'suis HS. Tu m'manques, j'suis nerveux.
Pierre
Pièce jointe
C'est pas pour les cochons !
Un conte extrasensoriel
Donc.
Kataline, moi, il m'est arrivé un truc ces derniers temps, je suis obligé d'en parler, c'est que je suis tombé amoureux d'un homme. Bien sûr, à notre époque de coming out généralisé, ça n'est pas un scoop une nouvelle comme ça, mais je t'assure que pour moi ça l'est. Je ne sais pas comment vivre ça, les femmes me manquent, je voudrais tellement que tu m'aimes.
Pour moi l'homosexualité n'est pas naturelle. C'est un fait de culture. Les femmes me manquent, je veux dire, les organes féminins me manquent terriblement...
Et pourtant je suis avec Pierre parce que je l'aime terriblement. Ah, c'est terrible... Si Pierre était une femme ou si, moi, ce serait parfait... Cet amour est parfait, je n'ai jamais aimé comme ça, sauf que Pierre est un homme, avec une bite et tout ça, quoi... comment ça s'appelle déjà ? Des bijoux d'familles, vulgairement des couilles... Sans que ça serve à grand chose entre nous...
Y a de la castration qui traîne dans l'air... Il faut laisser passer un peu de temps, mais peut-être y songer... Il en rêve d'ailleurs, Pierre... La castration, lui ou moi... Pierre, il rêve souvent quand il s'endort au bureau... (Il travaille dans un ministère.) Quand il s'endort dix minutes au bureau, Pierre rêve d'une petite bite détachée...
- Pourquoi "petite" ?
- Oh, grosse aussi bien, je n'sais pas, je veux dire qu'elle est détachée de son corps, elle est toute seule, quoi, sans corps. Et il rêve aussi, concomitamment, d'ananas. Dans le rêve, le rêve de dix minutes, au bureau ou dans le métro, assoupi, métro, boulot, dodo, il rêve qu'il suce le gland et qu'il mange des morceaux de l'ananas... C'est tout Pierre, ça...
- La nana ?
- Voilà.
Avec ce nouvel amour, j'ai honte et je me sens con. J'étais dans le train et je pensais à ce titre : "Les effacements de brutalité". Tu vois, ma chérie, ma Kataline chérie et douce, quand je suis avec lui, je me sens plus fort et quand je ne suis pas avec lui, je me sens plus faible.
Je me demande si l'amour de Pierre n'est pas un amour de convalescence, un amour qui me fait remonter (comme dit Baudelaire) au matin de mes impressions...
Le nouveau, quel qu'il soit, l'œil fixe et extatique, visage ou paysage, lumière, dorure, couleurs, étoffes chatoyantes...
Un de mes amis (page 350/51) (muscles des bras).
La forêt latence.
La forêt se range par la lumière.
La solitude est creusée, imbibée, noyée d'une eau de consolation qui n'agit que quand il est là.
Voyage en grande sexualité.
On vit dans un monde récompensé quand il est là. (Ceci n'est valable que pour moi parce que, lui, dirait qu'il est récompensé toujours.)
mardi, 17 février 2009
De la bêtise en littérature
Pourquoi je cumule les actes manqués: mon portable oublié dans la chambre d'Yves-Noël, il me donne ses clés pour quelques jours; on m'invite aux Ateliers Berthier et je vais à l'Odéon, au lieu de voir Le Cas Blanche-Neige je dîne avec Françoise; Yves-Noël m'invite à un concert au Baron, il y va en vélib', moi en voiture, il me dit qu'il laisse mon nom à l'entrée, à l'entrée le mec tout puissant qui détient la liste ne daigne même pas la regarder et me rembarre, me disant que je n'ai qu'à l'appeler, mon ami, mais voilà, j'ai oublié mon portable, et le mec doit me prendre pour un connard, comme s'il était possible d'oublier son portable. Je rentre chez moi bredouille pendant que mon chevalier devenu baron converse avec de jolies femmes, et même médiatiques (j'avais dit "je m'habillerai en conséquence", lui "non mais attends c'est une boîte hétérosexuelle", et en conséquence je ne m'étais pas maquillé).
(C'est vrai aussi, je dis portable, il paraît qu'il vaut mieux dire mobile, qu'il y a des règles, le bon usage, comme en revanche qui fait la guerre à par contre, par ailleurs qui vient d'ailleurs mais d'où?... des trucs de ce genre-là. C'est insupportable. Et pas uniquement parce que Proust écrit par contre ou se baser sur. Remarquez, je n'ai aucune raison d'écrire par contre ou en revanche ou par ailleurs ou se baser sur. D'écrire ça dans ma langue, la mienne, ma langue d'idiot. Parce que quand même, hier soir, sur le long trajet entre La Villette et le Pont de l'Alma, j'ai entendu des choses intéressantes, un auteur qui parlait de la bêtise en littérature, de l'idiotie de l'écrivain. Idiotie: ce qui est fondamentalement particulier, singulier. A creuser.
Il y a des mots que je n'écris pas.)
On monte fumer une cigarette.
Bruno: "Et ton roman, ça avance?"
Moi: "J'ai pas encore découpé mes papiers."
Rires.
Il y a un nouveau groupe sur Facebook: fans d'Hélèna Villovitch.
Informations générales
| Type | |
| Description | Née en 1969, Hélèna Villovitch a suivi des études d’arts appliqués à l’Ecole Boulle et réalise des films expérimentaux. Elle collabore de 1991 à 2000 à un groupe d'artistes appelé 'le Molokino', en compagnie de Cécile Bortoletti, Agathe Gris et David TV. Artiste accomplie, elle pratique la peinture, la photographie, le graphisme et le cinéma expérimental. Elle signe des scénarios et réalise des films comme 'Vanity' ou 'Bye bye tiger'. Dans son oeuvre, elle aime s'inspirer avec humour de ses diverses expériences et de faits d'actualité ou de société comme le monde du travail. En 2003, dans 'Petites soupes froides', l'écrivain relate les travers de la vie parisienne. Son quatrième ouvrage, intitulé 'La Vraie Vie', montre la désillusion de jeunes artistes qui sont obligés de travailler dans les bureaux. On retrouve ce thème, qui lui tient à coeur, dans son autre livre 'Je pense à toi tous les jours'. En 2005, elle sort 'Le Bonheur par le shopping' dans lequel elle tente de savoir si le shopping rend heureux. Hélèna Villovitch fait également des lectures de textes en public. Elle a notamment publié aux éditions de L’Olivier 'Je pense à toi tous les jours' (1998), 'Petites soupes froides' (2003) et 'Dans la vraie vie' (2005). Elle est également l’auteur de 'Le bonheur par le shopping' (Maren Sell, 2005) et, avec Hendrik Hegray, de 'La maison rectangulaire' (Estuaire, 2006). |
lundi, 16 février 2009
L'homme à la motte de beurre
En sobre sculpteur dramatique
Monsieur Le Goff (Paul) extirpa
Du vrac de la matière en tas
La forme en viande granitique
Que l’esprit mauvais dit après
D’une motte de beurre extrait.
Car l’homme ici se dépatouille
Comme il peut de la ratatouille
Qui colle encore à ses talons.
C’est ainsi qu’on voit le non-être
S’avorter de la confusion
Pour habiter la peau de l’être.
Cet être est nu et très crispé
On devine déjà qu’il douille
De devoir aller dans la souille
Vivre sa vie d’humanité.
C’est fait pour ça : compatissons
Et méditons l’allégorie
En tremblant dans nos caleçons :
Plus on fait l’homme et moins on rit.
2007
Christian Prigent, [poème inédit dans] Quatre temps, rencontre avec Bénédicte Gorrillot, Argol, 2009, p. 114.

