dimanche, 15 mars 2009

Sonatine (le mont des ermites)

(2005)

[…]

Vicoigne, petit village triste, habituellement gris, fendu par une large route sur laquelle on n’a pas de raison de s’arrêter, à moins d’habiter quelque maison de ville à la brique ternie — de celles qu’on a construites dans les années trente : façade étroite, une porte, une fenêtre, de modestes fioritures çà et là —, ou quelque arrogant pavillon flambant neuf érigé légèrement en retrait, comme pour se protéger du vrombissement des moteurs — parfois d’orgueilleux lions blancs encadrant le portail avertissent le passant que la demeure est plus noble qu’il n’y paraît. C’est l’un des plus vieux villages de la région, même si rien n’en témoigne, si ce n’est peut-être le panneau indiquant un mont des ermites, au seuil de la forêt, qui rappelle à l’automobiliste, volontiers distrait, l’existence d’un lointain passé médiéval. L’ascension du mont est un peu dangereuse, mais on atteint son sommet sans difficulté, et assez rapidement. Au milieu d’une plaine dont rien ne trouble la monotonie, ce relief accidentel paraît étrange, on ne l’aperçoit même pas du chemin qui borde la forêt, à cause des grands arbres. Il a curieusement été oublié, épargné par l’action de l’homme qui s’est plu à écrire, au fil des générations, les métamorphoses d’un paysage maintenant réduit à des principes modernes : rapidité, sécurité, confort, loisirs — lisibilité. Si des ermites ont vécu en ce lieu il y a quelques siècles, il n’en reste pas la moindre trace ; la nature s’est installée partout et semble ne laisser aucune niche tant soit peu confortable où l’on puisse s’asseoir sans risquer de perdre l’équilibre. C’est peut-être précisément ce que recherchaient les ermites : un lieu escarpé qui ne leur laisse aucune facilité, un lieu qui mette le corps et l’esprit à l’épreuve. Parvenu au sommet, on est bercé par un vent vigoureux, et l’on domine — un peu, ce n’est quand-même pas si haut — ce qu’il reste d’une forêt qui s’étendait, au Moyen-Âge, à perte de vue. Là-haut, quand le temps est serein, c’est presque silencieux. Cela donne une idée de ce que pouvait être le silence, le vrai silence, celui que l’on redoutait avant l’apparition du bruit moderne. A quelques kilomètres de là, l’autoroute ronronne continûment ; elle ronronne depuis vingt ans — depuis une éternité, semble-t-il.

(J’ai songé aujourd’hui à l’état de putréfaction où se trouvent mes amis et mon père, et j’ai songé à ma propre putréfaction.)

Aujourd’hui, comme chaque jour, des milliers d’hommes empruntent cette voie qui a profondément changé le rythme de vie de la population locale, qui peut maintenant se perdre dans les vibrations d’une frénésie toujours prête à lui tendre les bras — désolation, goût de cendres : au pied du mont des ermites, un vaste cimetière accueille les villageois qui ont goûté la béance du présent où tant de fragiles bulles ont éclaté, aveuglément, à peine conscientes de leur fragilité. Je n’ai encore jamais parcouru les allées de ce vaste cimetière ; je me contente de le longer à pied, quand je sors de ma voiture, avant de pénétrer dans la forêt. Un haut mur en béton le clôt, si bien qu’il est impossible d’apercevoir les tombes — on ne les distingue qu’à travers la partie supérieure de la grille d’entrée. Rares, des parents de défunts y entrent ou en sortent, parfois en famille, apportant une composition florale flamboyante, ou repartant avec des tiges en plastiques qui ont pâli au soleil. Il faut faire place nette, les surfaces lisses des tombes doivent rester neuves, comme si le père ou la mère venaient toujours de vous quitter. Ca rassure, une dalle de marbre propre. Pas de heurt, pas d’érosion, au moins pendant quelques années. Quand il pleut, les gouttes perlent à la surface ; quand les lettres d’or commencent à s’effacer, un habile coup de pinceau suffit à raviver le souvenir du défunt.

(Pourtant, devant cet entassement de tombes, on dirait que les gens n’ont d’autre souci que de mourir.)

Aujourd’hui, j’ai donné rendez-vous à Lucien à la lisière de la forêt. Il fait froid, c’est le mois d’octobre, les arbres ont commencé à se dégarnir, lentement. Je me gare face au cimetière, il y a deux autres voitures, et aussi un scooter, celui de Lucien, qui ne doit pas être bien loin. Je suis rassuré, je craignais qu’il ne vienne pas finalement — tout cela me semblait parfois si improbable. Étrange impression en sortant de la voiture, je suis happé par un froid intemporel, je sens comme une rudesse dans ce décor familier. Je prends le chemin du mont des ermites puisque Lucien n’est toujours pas visible, je lui ai dit que nous irions là. Il ne connaît pas les lieux, il n’est pas tout à fait d’ici. Sa forêt, c’est celle de Bonsecours, à la frontière belge. Il a parcouru vingt ou trente kilomètres en scooter pour me voir, je lui avais donné quelques indications pour la route, il m’a dit qu’il avait chez lui une carte détaillée de la région, et qu’il trouverait facilement. La fièvre me gagne, je l’imagine en train de rouler, je l’imagine fébrile lui aussi. D’une certaine façon, ce qui risque de nous arriver est nouveau, pour lui comme pour moi — je veux faire peau neuve, je veux une nouvelle peau, une peau délicate, rose, tachetée de gouttes d’eau.  Car il commence à pleuvoir. Ce n’est pas grand-chose : une légère bruine — une obscure bruine. Dans de telles circonstances, le cœur bat très vite, tout le corps réagit — j’ai l’impression que ma vie est en train de basculer, que tout peut s’effondrer soudainement. Alors je le trouve, il est appuyé contre un arbre. Il me fixe, il soutient mon regard pendant de longues secondes — le sien est inexplicable, franc, peut-être dur, peut-être inquiet. Il ne sourit pas, moi non plus. Je ne marche plus maintenant, je suis à deux mètres de lui. Le silence nous convient, il serait inutile de le rompre avec d’absurdes paroles. Nous nous disons bonjour, d’égal à égal, puis nous commençons l’ascension.

(J’ai cherché longtemps les ruines d’une abbaye en suivant les directions des panneaux de signalisation, en vain. J’ai pourtant scruté méticuleusement les signes qui s’offraient à ma vue en roulant au ralenti — vieux murs, façades rongées par le temps, corps de fermes délabrés —, je me suis arrêté plusieurs fois, mais je n’ai jamais découvert les ruines que j’espérais. Le mont des ermites existe bel et bien, on peut le gravir, on peut imaginer un tas de choses ; mais nulle trace de cette abbaye. J’en ai conclu que les panneaux mentent eux aussi, qu’il est bon pour un village anonyme de se vanter d’un patrimoine depuis longtemps réduit à l’état de poudreuse cendre.)

Lucien s’arrête à mi-chemin. J’attendais qu’il s’arrête, j’attendais un signe. Je ne voulais pas prendre l’initiative, je voulais lui laisser le choix, j’avais peur de me ridiculiser aussi, peur qu’il éclate de rire soudainement, comme si tout cela n’était qu’une mauvaise plaisanterie — il aurait pu jouer avec moi, me contempler, tout petit dans le creux de sa main, attendre un peu en m’enveloppant d’un silence plein d’ironie, et me laisser tomber enfin, puis me piétiner comme un vulgaire mégot. J’étais plus vulnérable que lui, j’étais fautif, coupable ; lui, on n’aurait rien pu lui reprocher de sérieux : à son âge, il peut tenter ce qu’il veut, il peut me cracher à la figure, me salir, me détruire avec les mots de la honte. C’est lui qui décide. Il s’est arrêté à présent, il se tient droit devant moi — les mouvements à peine perceptibles de ses membres : la nouveauté désarmante de l’onde de vie qui le bouleverse. Son visage, à quelques centimètres du mien. Il ne dit toujours rien, mais continue de me fixer, son regard est plus doux. Il s’approche de moi, hésite un peu, je ferme les yeux, ses lèvres sont fraîches, nos langues se mêlent facilement — alors : cette attention violente qui mobilise toute la fureur de l’être. Nous nous décomposons lentement, abandonnant sur les feuilles mortes et les pierres qui affleurent ça et là les débris de notre pudeur — car son regard a toujours été impudique, portant sur moi une intelligence cristalline de mon désir. Le froid nous enlace brutalement quand parfois le vent souffle, plus impétueux : sa peau très blanche se hérisse, devient sable épais qui retient mes ongles trop longs ; sa bouche s’attarde dans le creux de mon épaule tandis que sa main découvre maladroitement le reste de mon corps. Autour de nous, la transparence de l’air ; les arbres, rares, qui étaient parvenus à croître dans ce sol si peu accueillant se déracinent par à-coups pour se replier au-dessus de nous — ténèbres vertes. Nous respirons d’un seul corps, longtemps. Puis une feuille vient se poser entre nous, nous faisant comprendre que les noces sont finies — et la cime des forêts : pleine de violence indifférente. Je remarque dans le bas de son dos un filet de sang, que je m’empresse de goûter. Il éclate de rire, moi aussi. Il pleut à nouveau, plus fort cette fois, et de sa bouche ouverte sort encore son blanc fantôme.

Sur l’axe principal, en face de la route en cul-de-sac menant à la forêt, une petite église de brique sombre et de pierre jaunie, un peu en retrait. Elle est étroite, resserrée autour d’une nef peu élevée menant à un chœur dénudé, mais tout en pointes, pauvrement agressive. C’est une de ces églises construites au lendemain de la première guerre mondiale, à peu de frais, avec les rares matériaux de construction disponibles dans cette région ravagée — pour l’essentiel de médiocres briques qui se sont fissurées année après année, subissant l’assaut de longues périodes de gel. On a toutefois voulu lui donner un semblant de style, une variante bon marché du néo-gothique. C’est un gothique triste, un gothique misérable, qui sent le manque, les privations, et, déjà, la perte de la foi. D’ailleurs, pas de parvis, pas de place à proprement parler, comme s’il n’avait jamais été nécessaire de permettre aux villageois de se rassembler en foule — la foule, elle est sur l’autoroute et dans le cimetière, à cent cinquante kilomètres à l’heure et au fond du caveau. Une fois par mois, les portes de l’église s’ouvrent pourtant, accueillant quelques fidèles qui se garent le long de la route, et quittent l’intérieur douillet de leur voiture pour s’enfermer une heure dans un espace froid et inquiétant — mais la chaleur est dans les cœurs ; le jeune prêtre trouve les mots justes, il rend la parole de Dieu limpide et sait lire les signes complexes du monde contemporain, il parle en guide clairvoyant — le prêtre est immense parce qu’il fait croire à une foule de choses étonnantes.

(Célérité mystérieuse des catastrophes, comme des écroulements imprévisibles — non, vraiment, je ne m’y attendais pas, mais pas du tout, il a fallu que je me surveille, seconde après seconde, que je contrôle mon souffle, mon regard, tout mon visage, mon maintien, le tremblement des mains qui menace toujours de me trahir, les quelques mots que j’ai été obligé d’articuler le plus naturellement possible. Il a fallu que j’entre sur son terrain, sur le terrain de "c’est scandaleux, on voit de ces choses à notre époque, on n’est plus en sécurité nulle part, quand on voit ce qu’on voit, une promenade en forêt, seule, je n’y pense même pas, quand on voit ce qu’on voit, les parkings au bord des forêts, ils rôdent, ils sont là, des cadres supérieurs, ils sortent de leurs Mercedes, des belles voitures, des messieurs bien comme il faut, et pas que des jeunes d’ailleurs, tiens, même des amis et des collègues de mon mari, on connaît même leurs femmes, mais de toute façon il ne dira rien, on n’est pas comme ça nous, tu parles, c’est pas notre genre de faire du chantage, mais quand-même, c’est incroyable de voir ça, ils sont là, ils attendent, une fois j’en ai vu deux, ils ont surgi comme ça des fougères, mais les fougères, on appelle ça des cheveux-de-Vénus, l’air de rien, je n’en reviens pas, mais quand on prend le chien avec nous, tu parles qu’ils décampent tout de suite, ça leur fout la trouille, non mais tu te rends compte, comme chambres ils fréquentent les forêts, et il n’y a pas que des pédés, tiens, près du cimetière de Bellaing c’est pareil, oui, à Bellaing, on ne le croirait pas, et pourtant si, je t’assure, tous les soirs vers dix-sept heures trente dix-huit heures c’est le même cinéma, un homme et une femme qui se retrouvent dans une voiture, une vieille celle-là, la femme, elle est toute nue mais elle s’arrange pour qu’on ne puisse pas la voir, on ne voit que ses fesses, une femme d’un certain âge d’ailleurs, mais mon mari, ça ne l’empêche pas de faire sa promenade, il les emmerde de toute façon, il ne leur appartient pas ce chemin, mais tu te rends compte ?" Je n’aurais jamais imaginé entendre cela dans de telles circonstances — une espèce de tremblement de terre risquant de rompre en quelques secondes le frêle château de cartes à quoi se résume ma vie. Sur le coup, je me suis demandé si elle savait, si elle disait tout cela pour me mettre au pied du mur, pour observer mes réactions à la loupe. Elle n’a l’air de rien avec son large visage de Flamande, sa démarche malhabile, mais derrière des verres épais, deux billes s’agitent dans tous les sens, anormalement grossies, brillant d’une flamme qui m’oblige, chaque fois que je me retrouve en sa présence, à me tenir à distance. Aucun signe de panique, pourtant. Je suis resté imperturbable, acquiesçant, m’étonnant de certains détails, approuvant ses conclusions, donnant moi-même d’autres exemples édifiants — une institutrice avec ses élèves, sortie pédagogique dans les bois, apprendre à reconnaître les arbres et les oiseaux, et, à quelques mètres de là, alors que la classe s’apprêtait à regagner le car, deux hommes qui copulent et fixent la jeune femme scandalisée, riant, gémissant, se caressant et se léchant avec emphase. Les contrôles sont renforcés, la police fait des rondes plusieurs fois par jour ; les habitués, pécheurs, amoureux de la nature, signalent parfois des individus douteux, relèvent des numéros de plaques d’immatriculation, le stationnement est même interdit une heure avant, et une heure après le coucher du soleil. Mais ils sont toujours là, rien n’y fait, ils sont toujours là, ceux qui partent tôt le matin pour aller travailler, ceux qui ne mangent pas avec leurs collègues le midi, prétextant qu’ils préfèrent rentrer chez eux — leur femme est dépressive —, ceux enfin qui rentrent tard en parlant des horaires de fous qui les terrassent. Ils se méfient, ils hésitent longuement avant de sortir de leurs voitures, le cœur bat à chaque fois, c’est à chaque fois la même peur, une peur animale, la peur de la bête traquée, qui se sent épiée, il y a toujours des yeux dissimulés qui vous observent, on n’est jamais vraiment seul, même seul debout au milieu d’un parking à sept heures dans le brouillard matinal. On y retourne ùamgré le danger, pour quelques caresses à la sauvette, des langues qui parfois se mêlent au hasard, des sensations brutes et inachevées, l’emprise du vide, mais sans vertige, parfois l’envie de rire ou simplement de pisser seul, à l’écart, discrètement. Se faire assassiner à coups de planche.)

Lucien est reparti, je l’ai regardé s’éloigner, il ne s’est pas retourné. Il souriait, il m’a dit "à mardi" avant de mettre son casque. Nous étions sur le parking, en face du cimetière, une famille passait lentement, avec beaucoup de bruit, des cris d’enfants, des voix rauques : des gens qui ont l’habitude de parler fort, qui pensent qu’il est naturel de crier pour se faire entendre. Que peuvent faire deux hommes qui se séparent à la lisière de la forêt de Vicoigne, un samedi après-midi ? Une chose est sûre : nous ne pourrons pas nous retrouver à cet endroit toutes les semaines, ce serait risquer d’être repérés très vite par les habitués. Il y a d’autres possibilités dans les environs, d’autres forêts qui pourraient nous accueillir, mais l’automne ne sera pas souvent favorable à nos rencontres. Les arbres se dépouillent : il faut s’enfoncer très loin dans les sous-bois pour ne plus être visible du bord des routes. Dans cette période de l’année, il devient difficile de rester caché derrière des fougères, on se sent menacé à tout instant. Tout à l’heure, sur le mont des ermites, nous n’y pensions pas, il n’y avait que nous, mais c’était dangereux, c’était terriblement dangereux. Je ne veux pas que nous devenions des bêtes traquées, je ne veux pas que Lucien connaisse cela. J’allume une cigarette et je m’appuie contre la voiture, comme je le fais souvent. Je ferme les yeux. Mon cœur bat très fort. Il n’est plus temps de me poser des questions. Ce qui est fait est fait. Je ne le regrette pas. Mais beaucoup de choses risquent de changer à partir de maintenant.

Je n’arrive pas à dormir, c’est un peu normal. Je n’arrête pas de me retourner. Cela fait trois heures que je suis couché ; je me décide enfin à allumer la radio, j’enfonce les écouteurs dans mes oreilles, pour éviter de faire trop de bruit — parce qu’on entend toujours un peu, malgré tout. Rien qui retienne mon attention, rien de passionnant, un documentaire sur la guerre d’Algérie, un de plus, il y en a tellement en ce moment. Rien d’intéressant sur la BBC non plus. Alors je repense à mes derniers cours. Le Songe de Joachim Du Bellay Angevin. Vanité : ce qui est inutile, illusoire. Le démon a dit : "Vois comme tout n’est rien que vanité". Vois comme tout n’est qu’illusion. Le Songe est une illusion dans l’illusion. L’universelle vanité n’est peut-être elle-même qu’une illusion, etc. A la fin, je me réveille, je reviens brusquement à la réalité, et la lumière du jour efface mes terribles visions nocturnes, tremblements de terre, dépouilles d’animaux, monstres à sept têtes, nymphes éplorées — dans l’une des visions, des faunes se jettent sur un groupe de nymphes, contraintes de prendre la fuite. La discorde, le chaos, là où régnait l’harmonie. Il y a quelque part un fier Torrent, ailleurs un arbre foudroyé qui se reverdit en deux arbres jumeaux, puis dans le poème suivant deux bessons allaités par une louve. Et surtout, la croupe d’un mont, sur laquelle se trouve une fabrique construite en matériaux précieux (or, cristal, jaspe, émeraude) qui croule soudainement. Tout le poème tremble dès le début, dès le premier vers, avec tous ces [R] qui annoncent le tremblement final dans la dernière strophe. Je préfèrerais être sourd, plutôt qu’aveugle ou mort, j’écrirais moi aussi un Hymne de la surdité : mon imagination vibrerait sans doute mieux, d’une vibration interne qui se suffirait à elle-même. De toute façon à quoi bon parler davantage ? Les souvenirs seront toujours sonores, même si je deviens sourd. Tout mon être s’engourdit — Je rayerai tout mon être, c’est beaucoup trop lyrique, c’est franchement ridicule — attention : surtout, ne pas devenir un anatomiste du verbe. Ce qui est fait est fait, on ne pourra pas revenir dessus, cela ne s’effacera pas, ni pour lui, ni pour moi, ni, bientôt, pour les autres. Il faudra bien que cela se sache, je ne pourrai pas l’empêcher. Oh, cela ne viendra pas de lui, il est pur, mais on ne pourra rien y faire. Il paraît qu’il faut assumer ses actes, je l’ai si souvent entendu, j’ai si souvent acquiescé à cette idée, et je l’ai tellement répétée moi-même. Je ferais mieux de me taire plutôt que de délirer comme le bavard, mes crises sont des tempêtes dans un verre d’eau. C’est confortable, je le reconnais. Je m’en contente. Ma lâcheté ne m’étonne plus. J’attends mon heure, j’attends qu’on me démasque. Cela ne saurait tarder. Je ne prévois rien. Aucun plan. Je n’essaierai pas d’esquiver. Je suis las.

[…]

Commentaires

Ce Lucien... En 2005 nous ne nous connaissions pas, je me trompe ?
Alors quoi ?
Une bise.

Écrit par : Lucien | dimanche, 15 mars 2009

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A l'origine c'était L*, pas Lucien. Je ne connaissais pas de Lucien en 2005, c'est vrai. Et je n'ai vécu cette histoire que sur le mode imaginaire, pour tout dire. Et puis en recopiant le texte j'ai mis ton prénom, qui contraste avec le registre ténébreux, les tombes, etc.
Bises!

Écrit par : Pierre | lundi, 16 mars 2009

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Très bien, me voilà tout éclairé !

Écrit par : Lucien | mardi, 17 mars 2009

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