dimanche, 15 mars 2009

Du vide et de la vie

Tout commence par l'attention. S'il n'y a pas l'attention, il n'y a rien spirituellement. Celui qui n'est pas capable d'attention n'existe pas sur ce plan. Comment, dès lors, serait-il retourné par un vertige? Comment serait-il expulsé, il n'y a pas d'autre terme, d'une dimension profane et quotidienne vers un accès au sacré? Impossible. L'attention transforme l'expérience du néant en richesse, en "toutes les richesse flambant comme un milliard de tonnerres", dirait Rimbaud. Avoir un bon rapport avec le vide procure un bon rapport avec ce qui existe. C'est cela, la richesse! Il ne s'agit pas de flotter dans un état d'apesanteur. Les choses reviennent, elles font retour vers nous; mais autrement que comme des objets destinés à notre usage. Il faut libérer ce qui est, affranchir le donné. Qu'il échappe à l'asservissement, à la banalité, à la reproduction mécanique du pareil au même. C'est à cette condition qu'une singularité coïncide avec ce qu'il y a de plus vif en elle: ainsi a-t-elle une autre perception de sa vie que celle d'un esclave. Le néant ouvre à une liberté infinie. Liberté vis-à-vis de soi, des choses et des autres êtres.

Yannick Haenel et François Meyronnis, Prélude à la délivrance (2009)

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