lundi, 30 mars 2009
Sable ondule
Corps d’homme s’en va au front de mer
Quelque rotondité (non de Terre mais d’objectif mal apprivoisé)
Pas d’inquiétude et l’habit d’ombre et l’invisible soleil de contrejour
(car au-delà de toute lumière la photographie ne peut que blancheur)
Courbure d’horizon comme on voudrait courir le monde
Ou chevaucher on ne sait quelle monture imaginaire et silencieuse
16:26
samedi, 28 mars 2009
Arrêter le flux, ou enchevêtrer encore
"La forme s'établit au moment même où son créateur choisit d'en arrêter le flux, ou de le continuer en créant un enchevêtrement nouveau. C'est ainsi que composer, c'est aussi: tisser, tramer, déformer, entrelacer, altérer, dégrader, substituer, corrompre, assembler, tresser, combiner, transformer, décomposer, recomposer..."
Pascal Dusapin, Une musique en train de se faire
16:14
vendredi, 27 mars 2009
Sans titre
13:51
jeudi, 26 mars 2009
Corps conducteurs
"Les mots possèdent... ce prodigieux pouvoir de rapprocher et de confronter ce qui sans eux resterait épars... une épingle, un cortège, une ligne d'autobus, un complot, un clown, un chat."
12:15
mercredi, 25 mars 2009
Tenir debout tout seul
− On a bien réussi nos repas respectifs.
− Si je demande l'heure c'est pour savoir l'heure qu'il est.
− Certes.
(Bruits de cuisine.)
Pendant que l'eau coule et que les assiettes s'empilent, "Deleuze nous dit: Ce qui se conserve, la chose ou l'oeuvre d'art, est un bloc de sensations, c'est-à-dire un composé de percepts et d'affects. Les percepts ne sont plus des perceptions, ils sont indépendants d'un état de ceux qui les éprouvent; les affects ne sont plus des sentiments ou affections, ils débordent la force de ceux qui passent par eux. Les sensations, percepts et affects, sont des êtres, qui valent par eux-mêmes et excèdent tout vécu. Ils sont en l'absence de l'homme, peut-on dire, parce que l'homme, tel qu'il est pris dans la pierre, sur la toile ou le long des mots, est lui-même un composé de percepts ou d'affects. Les accors sont des affects. Consonants et dissonnants, les accords de tons ou de couleurs sont les affects de musique ou de peinture. Rameau soulignait l'identité de l'accord et de l'affect. L'artiste crée des blocs de percepts et d'affects, mais la seule loi de la création, c'est que le composé doit tenir tout seul. Que l'artiste le fasse tenir debout tout seul, c'est le plus difficile. Il y faut parfois beaucoup d'invraisemblance géométrique, d'imperfection physique, d'anomalie organique, du point de vue d'un modèle supposé, du point de vue des perceptions et affections vécues, mais ces sublimes erreurs accèdent à la nécessité de l'art si ce sont les moyens intérieurs de tenir debout (ou assis ou couché). Il y a une possibilité picturale qui n'a rien à voir avec la possibilité physique, et qui donne aux postures les plus acrobatiques la force d'être d'aplomb. En revanche, tant d'oeuvres qui prétendent à l'art ne tiennent pzs debout un seul instant. Tenir debout tout seul, ce n'est pas avoir un haut et un bas, ce n'est pas être droit (car même les maisons sont saoules et de guingois), c'est seulement l'acte par lequel le composé de sensations ceéé se conserve lui-même." (Pascal Dusapin, citant Gilles Deleuze, dans Une Musique en train de se faire, Seuil, 2009.)
21:07
Roman du roman
"La prose romanesque touche à l'intense quand la distance entre l'objet et l'auteur − donc le lecteur − diminue au point de donner l'illusion merveilleuse de s'annuler."
"Transformation d'une énergie en une réalité: premier effort vers le style."
"Ces moments où l'auteur parvient sans effort apparent à s'effacer derrière le monde qui s'impose à nous, semble-t-il, comme à lui, suffisent à accréditer les autres corps de l'oeuvre que la présence de l'auteur imprègne. Je les verrais moins comme des efforts vers le style que comme un transport de la description dans le décrit qui signifie que, pendant un instant, le démiurge a réussi son oeuvre au point que l'on est fondé à douter de son existence, comme on douterait de celle de Dieu. En Grèce, le mot métaphore se lit sur les camions de transport. Les métaphores de la prose consistent à transporter les mots dans les choses où ils se dissolvent; elles trament la neutre et secrète poésie du roman. Et celui-ci en tire le crédit dont il a besoin pour respirer."
"Le mot dans le poème est à la fois matériau et architecture. Valéry avait raison de noter que le sort d'un roman ne dépend pas d'un mot contrairement à celui d'un poème; il exagérait peut-être un tout petit peu mais sa formule marque une différence de nature entre la poésie et le roman."
"En abandonnant le pouvoir aux mots je renonçais à tirer parti des émotions qui avaient été à l'origine de mon désir d'écrire; je leur substituais de nouvelles émotions qui étaient verbales."
20:41
Paroles gelées, dragées perlées
"Compaignons, oyez vous rien ? Me semble que je oy quelques gens parlans en l'air. Je n'y voy toutesfoys personne. Escoutez." A son commandement nous feusmes attentifz, et à pleines aureilles humions l'air comme belles huytres en escalle, pour entendre si voix ou sons aulcuns y seroit espart et pour rien n'en perdre, à l'exemple de Antonin l'empereur, aulcuns oppousions nos mains en paulme darriere les aureilles. Ce néanmoins protestions voix quelconques n'entendre. Pantagruel continuoit affermant ouyr voix diverses en l'air, tant de homes comme de femmes, quand nous feut advis, ou que nous les oyons pareillement, ou que les aureilles nous cornoient. Plus perseverions escoutans, plus discernions les voix, jusques à entendre motz entiers. Ce que nous effraya grandement, et non sans cause, personne ne voyans, et entendens voix et sons tant divers, d'homes, de femmes, d'enfans, de chevaulx si bien que Panurge s'escria "Ventre bieu, est ce mocque ? nous sommes perdus. Fuyons. Il y a embusche autour. Frere Jan, es tu là, mon amy ? Tien toy près de moy, je te supply. As tu ton bragmart ? Advise qu'il ne tienne au fourreau. Tu ne le desrouilles poinct à demy. Nous sommes perduz. Escoutez ce sont par Dieu coups de canon. Fuyons. Je ne diz de piedz et de mains, comme disoit Brutus en la bataille pharsalicque, je diz à voiles et à rames.– Seigneur, de rien ne vous effrayez. Cy est le confin de la mer glaciale, sus laquelle feut au commencement de l'hyver dernier passé grosse et ceste heure, la rigueur de l'hyver passée, advenente la sérénité et tempérie du bon temps, elles fondent et sont ouyes. – Par Dieu, dist Panurge, je l'encroy. Mais en pourrions nous veoir quelqu'une ? Me soubvient avoir leu que l'orée de la montaigne en laquelle Moses receut la loy des Juifz, le peuple voyoit les voix sensiblement. Tenez, tenez (dist Pantagruel), voyez en cy qui encores ne sont degelées". Lors nous jecta sus le tillac plenes mains de parolles gelées, et sembloient dragée perlée de diverses couleurs. Nous y veismes des motz de gueule, des motz de sinople, des motz de azur, des motz de sable, des motz dorez, lesquelz, estre quelque peu eschauffez entre nos mains, fondoient comme neiges, et les oyons realement, mais ne les entendions, car c'estoit languaige barbare. Exceptez un assez grosset, lequel ayant frere Jan eschauffé entre ses mains, feist un son tel que font les chastaignes jectées en la braze sans estre entommées lors que s'esclattent, et nous feist tous depaour tressaillir. "C'estoit (dist frère Jan) un coup de faulcon en son temps." Panurge requist Pantagruel luy en donner encores. Pantagruel luy respondit que donner parolles estoit acte des amoureux. "Vendez m'en doncques, disoit Panurge. C'est acte de advocatz, respondit Pantagruel, vendre parolles. Je vous vendroys plustost silence, et plus chèrement, ainsi que quelques foys la vendit Demosthenes moyennant son argentangine." Ce nonobstant il en jecta sus le tillac troys ou quatre poignées. Et y veids des parolles bien picquantes, des parolles sanglantes, les quelles le pilot nous disoit quelques foys retourner on lieu duquel estoient proférées, mais c'estoit la guorge couppée des parolles horrificques, et aultres assez mal plaisantes à veoir. Les quelles eiisemblement fondues ouysmes, hin, hin, hin, hin, his, ticque, torche, lorgne, brededin, brededac, frr, frrr, frrr, bou, bou, bou, bou, bou, bou, bou, bou, traccc, trac, trr, trr, trr, trrr, trrrrrr, on, on, on, on, ououououon, goth, magoth, et ne sçay quelz aultres motz barbares, et disoyt que c'estoient vocables du hourt et bannissement des chevaulx à l'heure qu'on chocque; puys en ouysmez d'aultres grosses, et rendoient son en degelent, les unes comme de tabours et fifres, les aultres comme de clerons et trompettes, Croyez que nous y eusmez du passetemps beaucoup. Je vouloys quelques motz de gueule mettre en reserve dedans de l'huille comme l'on guarde la neige et la glace, et entre du feurre bien nect. Mais Pantagruel ne le voulut, disant estre follie faire reserve de ce dont jamais l'on n'a faulte, et que tous jours on a en main, comme sont motz de gueule entre tous bons et joyeulx Pantagruelistes. Là Panurge fascha quelque peu frere Jan, et le feist entrer en resverie, car il le vous print au mot, sus l'instant qu'il ne s'en doubtoit mie et frere Jan menassa de l'en faire repentir en pareille mode que se repentit G. Jousseaulme vendent à son mot le drap au noble Patelin et advenent qu'il feust marié le prendre aux cornes, comme un veau, puys qu'il l'avoit prins au mot comme un home. Panurge luy feist le babou, en signe de derision. Puys s'escria disant "Pleust à Dieu que icy, sans plus avant proceder, j'eusse le mot de la dive bouteille !"
12:36
mardi, 24 mars 2009
La splendeur de la mer dit-elle, radicale
L'origine du monde, une page d'un vieux numéro de Libération sur un mur, un sexe de femme et un sexe d'homme, elle parlait en verlan, Charlotte, elle disait qu'elle posait aux Beaux-Arts, écartait les jambes com ass devant les étudiants, et des poils il y en avait, l'origine du monde elle était poilue, com ass, et sur les jambes aussi. (Yves-Noël avait raconté que je ne m'épilais plus, effarement, imaginer que j'avais pu m'épiler, et même songer à une épilation définitive de la barbe.)
(On avait parlé de Rousseau aussi, Nathalie citait, "la musique adoucit les moeurs", c'était Rousseau.)
(Mes cheveux dans mon cou comme une fourrure noire.)
Yves-Noël rit en lisant L'Eté 80, il m'en lit des extraits, impressions de pluie, humidité froide jusqu'aux os, la librairie vient d'ouvrir au Channel, on lit dans un fauteuil, j'achète La Mer de Michelet, et Yves-Noël un livre sur Baudelaire.
Dans l'après-midi c'était la route de la côte, les caps, les falaises, la craie, les strates à vif et l'empilement des époques, même pas des civilisations, avant l'humanité, même pas le silence, le bruit de la mer et le vent, et loin au fond, mais affleurant à la surface rugueuse des murs de craie aux veines sombres, discours informulé et vision aveugle, pourtant, les falaises dit Michelet, "où se lit l'histoire du globe, en gigantesques registres où les siècles accumulés offrent tout ouvert le livre du temps", et l'eau qui ruisselait au bas des falaises, sources ininterrompues en cascades miniatures, pierre mouillée déliquescente, parfums d'iode et d'algues roulées, argile grise en immenses mamelles où les pieds sentent la mollesse de la terre. On voudrait prendre la musique de l'eau, toutes les sources où la terre transpire, les enregistrer en mode mineur, comme une cathédrale engloutie, immense cathédrale, dômes modelés par la pluie, ravines comme rides géantes d'un vieux corps déposé là. (Mer, "grande mère qui commença la vie", on s'interrogeait sur l'homonymie, Yves-Noël chantait le poème de Marbeuf,
"La mère de l'amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l'amour, sa mère sort de l'eau,
Mais l'eau contre ce feu ne peut fournir des armes.")
(Puis encore dans L'Eté 80 ça parle de la mer mauvaise, la pluie et la mer, l'horizon brouillé, et les nouvelles du monde comme celles d'aujourd'hui. "La nouvelle est arrivée à travers la tempête d'un nouvel effort demandé aux Français en vue d'une année difficile qui vient, de mauvais semestres, de jours maigres et tristes de chômage accru, on ne sait plus de quel effort il s'agit, de quelle année pourquoi tout à coup différente, on ne peut plus entendre ce monsieur qui parle pour annoncer qu'il y a du nouveau et qu'il est là avec nous face à l'adversité, on ne peut plus du tout le voir ni l'entendre. Menteurs, tous." Et l'enchaînement, quelques lignes disent la pluie, le vent, le froid. "On voudrait qur tout fût de cet infini de la mer et de l'enfant qui pleure. Les mouettes sont tournées vers le large, plumage lissé par le vent fort. Restent ainsi posées sur le sable, si elles volaient contre, le vent casserait leurs ailes. Fondues à la tempête, elles guettent la désorientation de la pluie.")
Evidemment on avait parlé des réfugiés, la pièce de Veronika dans le parc en face du musée, les réfugiés comprenaient les situations mais pas le texte, il y avait ce jeune réfugié afghan, j'ai déjà oublié son nom, resté en France comme le peuvent les mineurs, maintenant étudiant sans horaires, Julien aussi, les pieds dans la mer pour désaouler, il montrait ses fesses pour mimer la défécation, Veronika disait "quand on va là-bas on se fraie un chemin au milieu des étrons, c'est ça la première impression", une religieuse disait "réfugiés, mais réfugiés où?", pas de refuge, un camp, une église, et un jour chercher un autre endroit, distribution de nourriture, sous-vêtements tous les quinze jours, disparitions.
Mais on n'avait que des mots, on parlait, on ne voyait pas, on était sur la route, sur les plages, au pied des falaises, se prenant en photo, se prenant par la main puis s'éloignant l'un de l'autre comme pour mesurer l'espace d'amour et d'incertitude, on avançait sur la grève et le ciel devenait gris rose dans un absolu contrejour, être là comme à la racine d'être deux, et la marée, le "pouls de la mer", et la mer si loin que le corps d'un homme semble les contours nerveux d'une mouette.
07:45
lundi, 23 mars 2009
Harmonique concordance
23:09
Homme oiseau
22:45
