mercredi, 29 avril 2009
R.
"je sais que tu viens encore ici parfois, plus souvent que moi d'ailleurs... j'ai perdu le goût des images, alors je n'en prends plus pour le moment, sauf de moi... tu sais pour quelles raisons... je pense encore à toi parfois sans que ça fasse mal, j'ai voulu vivre hors de ton regard, j'ai voulu tenter de construire avec d'autres ce que j'aurais voulu avec toi mais ça ne marche pas comme ça... je m'ennuie vite, c'est comme ça... et l'abondance ici aidant... on teste... j'ai aussi voulu éviter de te voir avec un autre, j'ai senti quand tu m'en as parlé qu'il n'était pas comme les autres et pourtant tu n'avais fait que le rencontrer à ce moment... j'ai passé le week-end dernier à disneyland, les petites filles s'y promènent en robe de princesse et les garçons se tiennent par la main et personne n'y trouve rien à redire... alors j'ai prononcé ton nom... je ne sais pas quoi te dire de plus pour le moment si ce n'est que d'une certaine manière, quelque part, quelque chose existe encore entre toi et moi."
R., note publiée le 16 avril 2009, lue ce jour
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Mélodie pour Kate (comme un corps entièrement corps)
On avait discuté avec un marchand ambulant qui nous avait abordés peu après minuit, la Tour Eiffel avait scintillé quelques minutes, il parlait espagnol avec Yvonnick, il était presque embauché pour le spectacle, et nous disait au revoir en nous donnant des porte-clés-Tour-Eiffel, toujours les mêmes. Puis dans le métro on lisait au hasard les Poèmes de Wallace Stevens, je collais la première strophe de "A weak mind in the Mountains" sur une mélodie que j'avais trouvée dans la soirée. "There was the butcher's hand. / He squeezed it and the blood / Spurted from between the fingers / And fell to the floor. / And then the body fell." J'entendais la voix de Kate, mais il faudrait rassembler les quelques morceaux pour l'heure épars, désaccordés, de la chanson à venir, et peut-être choisir un autre texte, par exemple "Man Carrying Thing": "The poem must resist the intelligence / Almost successfully, etc.", ou chanter que la mer n'est pas un masque, ni elle non plus, chanter au-delà du génie de la mer, l'eau jamais formée à l'esprit ou la voix, comme un corps entièrement corps, etc. "She sang beyond the genius of the sea. The water never formed to mind or voice, Like a body wholly body, fluttering / Its empty sleeves; and yet its mimic motion / Made constant crying, caused constantly a cry, / That was not ours although we understood, / Inhuman, of the veritable ocean."
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samedi, 25 avril 2009
Le sens du tableau
(En chantier.)
vendredi, 24 avril 2009
Question
Protéger de quoi ?
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An die Musik
vendredi 24 avril 2009/Rainer Maria Rilke, trois traductions
À LA MUSIQUE
Musique : respiration des statues. Peut-être :
silence des tableaux. Ô langue où les langues
finissent. Temps vertical
perpendiculaire à la ligne de fuite des cœurs.
Sentiment vers qui ? Ô toi, métamorphose
des sentiments en quoi ? — : en partage audible
Toi l’étrangère : musique. Surgeon sorti de nous,
cœur espace. Être le plus intime
qui nous surpassant, s’affranchit, —
adieu sacré ;
quand l’intérieur nous encercle
tel l’horizon le plus exercé, l’autre
versant de l’air :
pur,
gigantesque,
inhabitable.
Rainer Maria Rilke, Œuvres poétiques et théâtrales, édition publiée sous la direction de Gérald Stieg, traduction de Marc Petit pour ce poème, La Pléiade, Gallimard, 1997, p. 1025.
À LA MUSIQUE
Musique : souffle des statues. Ou bien :
silence des images. Parole où la parole
cesse. Temps perpendiculaire
au naufrage des cœurs.
Sentiments, mais pour qui changés ?
En quoi ? En paysage pour l’ouïe.
Musique, ô étrangère. Ô espace du cœur
soudain trop grand pour nous. Intimité
qui nous surpasse pour sortir,
adieu sacré ;
puisque l’intime nous entoure
comme lointain très exercé, comme versant
autre de l’air ;
pur,
énorme,
inhabitable désormais.
Rainer Maria Rilke, Poèmes épars, 1907-1926, choisis et traduits par Philippe Jaccottet, dans Œuvre II, Poésie, édition établie et présentée par Paul de Man, Le Seuil, 1972, p. 435.
Contribution de Tristan Hordé
Voici aussi le début du poème, relevée dans le livre de Thierry Martin-Scherrer, l’Exil musical. Poezibao est à la recherche de l’auteur de cette traduction et de sa source exacte (éditeur, année, folio)
Musique : haleine des statues. Peut-être :
Silence des images. Tu es parole là où les paroles
finissent. Toi temps
planté à la verticale de la direction des cœurs passants.
pour qui ces sentiments ? O toi sentiment changé en quoi ?
– en paysage audible.
Toi étrangère : la musique. Toi qui nous fait sortir de l’espace du cœur.
Au plus intime de nous, nous dépassant et nous poussant hors de nous :
adieu sacré :
là en nous l’intérieur nous assiège
comme lointain le plus balisé,
comme l’autre versant de l’air
pur,
immense,
inhabitable désormais.
Version originale du poème :
AN DIE MUSIK
Musik: Atem der Statuen. Vielleicht:
Stille der Bilder. Du Sprache wo Sprachen
enden. Du Zeit
die senkrecht steht auf der Richtung
vergehender Herzen.
Gefühle zu wem? O du der Gefühle
Wandlung in was?— in hörbare Landschaft.
Du Fremde: Musik. Du uns entwachsener
Herzraum. Innigstes unser,
das, uns übersteigend, hinausdrängt,—
heiliger Abschied:
da uns das Innre umsteht
als geübteste Ferne, als andre
Seite der Luft:
rein,
riesig
nicht mehr bewohnbar.
Rainer Maria Rilke naît à Prague (de parents allemands) le 4 décembre 1875. Sa mère voulait l’élever en fille et son père lui a imposé d’entrer (en 1886) dans une école miliaire, pour devenir l’officier qu’il n’avait pu être. En 1891, il entre à l’École supérieure de commerce de Linz et, la même année, compose des poèmes de Leben und Lieder (« Vie et chansons ») qui sera publié en 1894. Il entre à l’Université de Prague en 1895, en littérature, philosophie et histoire de l’art, qu’il quitte en 1896 pour s’inscrire à Munich. Ensuite, retournant régulièrement à Prague, il voyage les années suivantes en Italie, en Allemagne, en Russie. Parallèlement, il publie proses et poèmes. Il rencontre Lou Andreas-Salomé en 1897 dont il s’éloignera en 1901, année de son mariage avec Clara Westhoff. Il vient à Paris en août 1902 et y rencontre Rodin. En 1903 il renoue avec Lou Andreas-Salomé et s’installe à Rome pour plusieurs mois. Il vit en Scandinavie une partie de l’année 1904 et, l’année suivante, accepte la proposition de Rodin de vivre chez lui à Meudon : il y restera presque un an. Il continuera à voyager en Europe, visitera l’Afrique du nord en 1910 et l’Égypte en 1911, ne demeurant que quelques mois à Duino en 1911, mais il finit par s’installer définitivement en Suisse en 1921. Après plusieurs séjours (1923, 1924) en sanatorium dans le pays de Vaud, il y meurt le 29 décembre 1926.
Rilke dans Poezibao :
bio-bibliographie, extraits 1, notes sur la poésie, nouveaux poèmes suivi de Requiem (parution Points), 5 traductions du début de la 1ère élégie de Duino
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lundi, 20 avril 2009
Le ceinture qu'on desserre pour écrire davantage
Charles Dantzig, à propos de Villiers de l'Isle-Adam, Bloy et Huysmans:
"Ces trois écrivains avaient les défauts de leur siècle, comme nous tous, même s'ils le haïssaient: la profusion, les phrases trop riches, la ceinture qu'on desserre pour écrire davantage. Au moins, avec sécheresse, le XVIIIe avait la taille fine. Le XXe? Fragmenté comme une bombe."
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samedi, 18 avril 2009
Stella Spotlight & Co
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vendredi, 17 avril 2009
Sans titre
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jeudi, 16 avril 2009
Donner le la
On dit enveloppe corporelle / membrane / incommunicabilité, gouffre infranchissable / porosité / se répandre / tissus / protection / machine vivante / orifices / danger / manger le monde, recracher le monde / tout ce qui transite dans le corps / corps conducteur / une vie à n'être qu'un lieu de passage, usine à matière / trier la matière / horreur de la matière, le corps étranger / désir, l'autre, la matière de l'autre, son enveloppe et sa matière / frottement des membranes / articulation: membres, langage, pensée / respiration, transpiration / rythme cardiaque, pulsation, pouls / comme tout le monde / tout le monde pourrait se choisir / diapason, on dit être au diapason mais il y a diapason et diapason, question de fréquence, donner le la, mais il y a la et la, et d'ailleurs pourquoi le la / parfois mon corps se dérègle, je lui fais mal, il pèse en son centre, corps sourd-muet, je le dérègle, je pèse mes mots, je pèse la matière / je sens la respiration entravée, souffle court, et le sang / à trop voir et trop entendre, usure prématurée / ce que ça veut dire, s'ouvrir à / il n'y a que ça finalement, tout se réduit à ça: dedans et dehors / parfois j'entends davantage le passage du monde, ce qui se passe, ce qui passe / ce que ça veut dire, le passé / dans la rue, sur un mur, quelqu'un écrit: prisonnier du passé, le dit aux passants, en lettres capitales, maladroites / être rien pour être au monde / revenir à soi, on dit retour sur soi / y revenir / cent fois sur le métier / oscillement, mouvement pendulaire / binarité, n'être que ça, flots de sang dans les artères, projections / rythme premier / étymologiquement: rythme et rime / féminin et masculin / dedans dehors / chaud froid / corps et âme / droite et courbe / plein et vide / concetration et dissipation /
dissipation: lignes tracées à main levée, horizontales et verticales, au-delà de la feuille, l'infini, feuille rectangle où la main isole un morceau du monde en ébauches d'infini, humilité et grandeur du petit être qui mesure ce qu'il accomplit et ce qui le dépassera toujours, il projette, se concentre sur un bout de papier minuscule mais projette si loin de lui /
concentration: sur la feuille, irrigation, flux, matière organique, pensée circulaire, espace du dedans, coupe anatomique, cercle tracé comme cerveau imaginaire
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