vendredi, 19 juin 2009
Jachère
Historiquement, la jachère est l'ensemble des pratiques culturales de préparation des terres arables pour l'ensemencement. Le terme désigne aussi, par métonymie, cette terre elle-même.
Cette préparation consiste en plusieurs labours dont le but est de détruire les adventices, ensevelir la fumure et accélérer la décomposition de la matière organique.
Contrairement à l'idée couramment admise, notamment dans la plupart des dictionnaires, la jachère n'est pas un repos de la terre. En effet, la reconstitution des stocks minéraux du sol est beaucoup plus lente. Sans apports extérieurs de fumier, il n'y a pas de renouvellement de la fertilité. La jachère n'est pas non plus pâturée par les animaux puisqu'il s'agit de terre nue. À ce titre, la jachère doit être distinguée de la friche, où la terre est laissée à l'abandon pendant un certain nombre d'années et seulement pâturée par les animaux.
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le temps d’aller vers l’ouvert
le temps de se taire
le temps de prendre le souffle
de le perdre
dans les jours qui viennent
(avant que tout cela ne devienne
trop abstrait)
Israël Eliraz, Dehors, José Corti, 2008
Texte intégral sur Poezibao
***
"Robot indifférent / Indi Ferrand", c'est la fin d'un poème d'Yves-Noël, publié sur son blog en août 2008. Hier soir, pendant que les comédiennes de Maya Bösch performaient dans le Hall du théâtre, je me retournais de temps en temps pour observer Yves-Noël et Thomas, qui discutaient au bar. Il y a plusieurs Thomas sur le blog et dans la vie d'Yves-Noël. Celui-ci, c'est Thomas Ferrand, objet de désir à l'été 2008. Hier il y avait aussi Kataline, et d'autres amis déçus qu'on ne joue pas Venus & Adonis comme prévu. J'ai beaucoup parlé avec le père de Gérard, Michel Galabru disait Yves-Noël, à cause de la ressemblance, sa carrière à l'étranger, le climat du Pakistan, et l'Afrique. Je dis toujours, pour moi, l'Afrique, ce sera à quarante-cinq ans, quand Clélie sera grande. Au retour, dans le taxi, c'est le chauffeur, un black, qui nous a annoncé la mort de Michael Jackson, et comme j'écoute Thriller en boucle depuis deux semaines, matin et soir dans le métro, je me suis contenté de l'écouter encore aujourd'hui. Les titres de la presse sont emphatiques, on reproche à Christine Lagarde de n'avoir exprimé aucune émotion à ce sujet quand la question lui a été posée, certains disent, puisque tout le monde s'exprime, "on se retrouvera là-haut, Michael". Comme je n'ai pas la télé, je ne sais pas jusqu'où va le délire sur les écrans. Il y a quelque temps on parlait encore des exigences du chanteur, six jeunes batteurs métis imberbes, par exemple. Place de Clichy hier soir, il y avait des musiciens dans la rue, un garçon en short, gilet, chapeau de paille, et dans l'ascenseur ce matin, le jeune stagiaire en informatique. Yves-Noël m'appelait vers dix heures, me demandait si j'avais un short pour son cours de danse, je lui indiquais comment trouver mon sac de sport, que je n'avais pas ouvert depuis ma chute il y a un an.
Demain on joue deux fois, à 17h et à 21h.
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http://ledispariteur.blogspot.com/2009/06/blog-post_9423....
Je crois qu'on me regarde moins aussi. Le commentaire "et toutes ces femmes qui vous trouvent si sexy..." m'énerve comme beaucoup de choses m'énervent aujourd'hui.
Rencontré Lise Sarfati hier. C'est là:
http://ledispariteur.blogspot.com/2009/06/blog-post_6119....
Et Marc-Antoine, le directeur artistique de Têtu, qui m'a donné sa carte. C'était sur la péniche Le Quai, en face du Musée d'Orsay. YN notait à la volée une phrase sur son carnet, que j'avais dite, parole rapportée, cinglante. Je le priais de ne pas la mettre sur son blog, et je l'y trouve. Je n'aimerais pas avoir des problèmes à cause de ça.
Sur Facebook, YN jette une bouteille à la mer pour Avignon: "trouver un plan matelas à Avignon du 13 au 17". Et ça marche.
1er juillet, plus de travail encore que d'habitude.
Sur FB, Laurent a téléchargé 29 photos du Brésil. Il y est!
A 9h ce matin il faisait déjà étouffant dans mon bureau.
Je recevais un mail d'YN intitulé Impression. Je pensais Impression, soleil levant. Il s'agissait en fait d'imprimer les billets d'avion électroniques de Kate.
Pauses cigarette, trop longues.
Me suis fait voler mes lunettes de soleil Hugo Boss hier, au ministère. Lancé un avis de recherche, scotché sur les murs. Ca ne servira à rien, et comme j'ai indiqué mon nom et le numéro de mon bureau, ça pourra donner envie au voleur de venir voir ce qu'il y a d'autre, en mon absence.
Vendredi il faut que je sorte à 17h de ma formation, que je parte de chez moi en voiture à 18h au plus tard pour prendre Clélie à 20h30 au plus tard. L'an prochain ce sera Rouen, Fécamp ou Le Havre, on ne sait pas encore.
Si YN fait migrer son blog vers un autre serveur, tous les liens hypertextes de mon blog seront rompus. On comprendra moins.
L'autre soir on repoussait la couette au bout du lit et je nous recouvrais d'un grand drap jaune encore humide que j'avais lavé une ou deux heures avant. Au réveil il était sec, et nous, moites.
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Je me réveille, lumière allumée, porte et fenêtre ouvertes, les oiseaux chantent, il est 5h30, message d'YN sur mon portable, billet sur sa soirée au Théâtre de la Ville, "Néon", néant:
http://ledispariteur.blogspot.com/2009/06/blog-post_5600....
Hier soir je remontais le Boulevard Saint-Germain en vélib, passais devant le Théâtre de la Ville où était YN, prenais le métro à République, observais une petite fille rousse qui venait de s'asseoir, entourée de ses parents, étonnamment vieux, elle, peut-être plus jeune que Clélie, rousse, peau très blanche, t-shirt jaune, chaussures et short violets, voix nasillarde et haut-perchée comme dans les dessins animés. En face de moi, une jeune fille à la peau mate, un M calligraphié sur le sein gauche, des faux cils extravagants comme on en voit tant en ce moment, la voix est grave, rude, le langage me semble codé, je ne comprends pas ce qu'elle dit.
Je n'irai pas en Afrique cette année. J'aurais voulu passer une semaine en pays Dogon, en octobre ou novembre, mais j'ai posé mes congés et il me restera douze jours entre septembre et décembre, juste de quoi assurer pour les vacances de Clélie, à la Toussaint et à Noël.
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Je suis étonné, j'ai mis mon blog en jachère, c à d que je n'y écris plus, ou presque, et que je ne soigne pas ce que j'y dépose, que je ne publie pas de nouvelles notes non plus, et que par conséquent je n'apparais plus ni dans les actualités de mon hébergeur ni dans les flux rss (ou je me trompe sur ce dernier point), et pourtant il y a encore du passage, une quarantaine de visites par jour.
Le travail au bureau m'écrase, la fin de l'année scolaire est certainement la période la plus lourde dans mon administration dite centrale, ajoutez à ça le changement de ministre, journées de dix heures sans pause déjeuner, le soir essayer d'écrire et ne pas y arriver, dormir fenêtre ouverte et lumière allumée, se réveiller entre 5 et 6 h parce que le jour se lève, constater les dégats devant le miroir de la salle de bain, repasser une chemise peut-être, et y retourner.
Rien vu des hommages à MJ, incompréhension face à la ferveur collective, moi qui écoutais Thriller en boucle au mois de juin, j'évite maintenant de l'écouter dans ma voiture en ville, ne pas passer pour un mouton. Ce matin, sur France Inter: "LA, capitale mondiale à l'occasion des obsèques/funérailles (comment disent-ils à la télé?) de MJ". JL Verna commente sur FB: "maintenant que l'autre fion est mort, il n'était plus, ni pédophile, ni traître à sa race, ni has-been".
Ma colocataire est en vacances, quand je rentre chez moi elle est affairée à la cuisine, légumes, légumes, légumes. Pour moi, une large cuillère de Nutella, souvent un verre de vin blanc avec un glaçon, et je vide le verre dans l'évier le lendemain matin, écoeurant.
Moquette lavée, ça sentait un peu le vinaigre.
YN a mis sur son blog beaucoup de photos de Venus & Adonis. Il ira sans doute à NY 2 ou 3 semaines fin août début septembre. Marlène y est, y joue. Il y a aussi une note sur son blog, qu'il complète, peut-être tous les jours, je ne suis pas sûr. Apparemment elle m'est dédiée (c'est écrit "labels: Pierre". Je lis ce soir: "Au dessus des rails, quelques nuages voluptueux Et parmi les bruits : "Michael, c'est moi." Puis bruit d'une grille, on s'éloigne. A la limite des dunes. Et le sourire du squelette. Quelque chose qui est abordable par vous. Quelque chose qui m'aurait échappé. Maintenant le livre donne sa clé : "- Tu vois, je crois qu'on ne remplit pas le vide avec des plaintes." Page 261. Je peux sortir, aller d'un lieu à l'autre. Il y a plein de gens, oui, mais des rencontres possibles. Des rencontres sont possibles, pourquoi pas ? Angoisse diffuse, elle se dissipe. J'aime Pierre. Il est gentil. Il m'aime aussi. Il écrit en plus. J'aime bien le sentir penser. Ou dormir. Ou composer de la musique. Je vais m'intéresser plus à comment il compose la musique. C'est un métier... La mer efface son chant. Eté comme hiver."
Et ce commentaire anonyme, que je découvre à l'instant: "Bonsoir, j'essaie d'être autant que possible attentive à ce qui se passe sur ce blog. Je suis abonnée à son flux rss. (Je réponds oui à Blogger, ou plutôt yes, quand il me demande si je suis bien consciente que son contenu que le contenu de ce blog par endroits pourrait être choquant). Je ne viens pas aux spectacles, parce que c'est comme ça, que j'ai des difficultés à me déplacer, je le regrette, à certains égards, mais j'ai appris, avec le temps, à me contenter de ce qu'un écran peut m'offrir et je peux apprécier, des spectacles, ce que le blog en dit, en montre - avec talent. Aujourd'hui, je découvre, par hasard, via le blog de monsieur Courcelle que beaucoup de posts, d'articles ont été publiés qui m'avaient échappé. Je m'étonne, m'attriste un peu. Déjà oui, j'avais remarqué, ces longues suites de titres sur lesquels il ne servait à rien de cliquer, qui ne menaient nulle part. S'agit-il d'articles privés? Ce que je comprendrais, ou est-ce que c'est Blogger qui déconne? Quoi qu'il en soit, une fois encore, bravo. J'aime beaucoup ce qui se dégage d'ici (et de là-bas, pierre). Oh, oui, je crois que je m'exprime de façon compliquée. Mais je suis handicapée, là aussi." Quelqu'un qu'on ne connaît pas et qui nous lit tous les deux...
A. m'a appelé cet après-midi: elle est nommée à Fécamp l'an prochain. Je consulte Viamichelin: 208km de Paris, dont 159 d'autoroute, 2h28, pas de gare. Mais la mer. Ce sera une autre organisation le week-end, une autre vie pour Clélie aussi, qui grandira en bord de mer. Me souviens d'un footing un matin très tôt dans les falaises, là-bas, sous la pluie, 1h30 de course, des accélérations, le roulis de la mer qui envahit tout. Puis le palais Bénédictine, gâteau de sucre ou maison de poupée géante, les maisons de pêcheurs aux murs de silex. (Un soir YN se demandait s'il avait bien parlé du silex dans le texte de Venus & Adonis, je lui disais oui, mais il n'en était pas tout à fait sûr.)
lundi, 15 juin 2009
Sans titre
dimanche, 14 juin 2009
Venus & Adonis
Venus
O! where am I? in earth or heaven,
Or in the ocean, or in the fire?
What hour is this? or morn or weary even?
Do I delight to die, or life desire?
But now I liv'd, and life was death's annoy;
But now I died, and death was lively joy.
O! thou didst kill me; kill me once again:
Thy eyes' shrewd tutor, that hard heart of thine
Hath taught them scornful tricks, and such disdain,
That they have murder'd this poor heart of mine.
Adonis
Fair queen, if any love you owe me,
Measure my strangeness with my unripe years:
Before I know myself, seek not to know me;
No fisher but the ungrown fry forbears:
The mellow plum doth fall, the green sticks fast,
Or being early pluck'd is sour to taste.
mardi, 09 juin 2009
Esthète aux ressources primaires
Quand l'instinct a le dernier mot, le danger de dévaler la pente de la disparition diminue. Ceux qui appartiennent à une culture décadente ne l'ont plus, le salut n'est donc plus possible. La protestation des réflexes contre la tentation du déclin suppose un fonds secret de santé et de force, que n'ont pas pu étouffer les reflets crépusculaires.
Et puis, il existe dans l'individu une avidité d'être qui désarme les appels du néant, une appétence miraculeuse pour l'existence, qui écrase la complicité dilettante sous la noblesse équivoque des crépuscules. Quelque plaisir que puisse provoquer en vous le démembrement d'une civilisation, tant que vos articulations résistent, vous demeurez un esthète aux ressources primaires, n'étant ni assez mûr (sauf en pensée) pour mourir, ni suffisamment pourri pour couler à pic, mais seulement assez fier pour ne pas vous laisser souiller par des leurres exaltants. Tant que vous n'avez pas déposé les armes, tant qu'une vaste vision ne vous a pas rongé la moelle, vous disposez de la force nécessaire pour affronter tout spectacle. Une sorte de fureur moribonde gît dans les esthètes de la décadence. Mais ils préfèrent la vue de la mort à la mort. La question est: jusqu'où seront-ils entraînés dans le jeu fatal, jusqu'où pourront-ils résister à son attraction morbide?
Cioran, De la France (inédit, L'Herne, 2009)
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lundi, 08 juin 2009
Sans titre
Ecrasements, envergures magnifiques, quelques idées se dévident encore,
feuille prête pour la poussière, je la ramassais sur le parquet, feuille d'automne,
poutre de nostalgie, tout pourrait glisser comme la culotte sur la courbe tendre de la jambe,
des mélodies, encore, faire jaillir le chant, est-ce possible encore,
cran, crâne, pluriels excroissants, absences confuses et absences radicales,
retables amoureux, on a passé le mois de l'enamourement, on se perd en conjectures pétrarquistes, en drapés de velours noir, on franchirait quelques époques livrées à la mémoire des sages, les livres parleraient de l'usage de la vie, on n'aurait plus pour occupation que le compte des syllabes au rythme du corps dilaté,
plastique défaillante poudrée de nacre où la lumière chercherait le rassasiement,
enchantement révolutionnaire du coeur recollé.
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Déplacement du problème
Yves-Noël Genod par Yves-Noël Genod c'est fini. On disait "par" et non "de", je ne sais pas pourquoi, il y avait eu aussi "versus" dans un article. Pourtant tous ces titres accumulés dans les carnets. Ce soir on assistait à la répétition générale des Déplacements du problème à l'Ircam, salle grise, sorte d'auditorium, cube souterrain de métal froid, exercices oulipiens, disparition des "s" et des "p" dans un discours au micro, modalisation, doute, nuance, échos précédant l'émission des sons, combinaisons du quotidien sur de vastes tableaux abstraits aux rectangles blancs, noirs et gris, comment les carrés de couleur de Mondrian pourraient déplier l'ordre des jours, simple chronologie des cycles organiques, horloge du coeur ou de l'estomac, comme comprendre enfin ce qu'on fait ici-bas. Il y a cette comédienne aux cheveux longs d'un côté, rasés de l'autre, elle fait un plan sur un tableau blanc, dit "aller là", une croix sur le tableau, là, dire "là", schéma de présence, là, peut-être ailleurs, déplacement du problème, comme réunir à nouveau Kate et Felix, New-York et Berlin, pour un soir, peut-être deux, "ou pas" disaient-ils systématiquement dans les Déplacements du problème après chaque assertion, déplacer les corps, émouvoir, commencer le spectacle par un final, Felix a repris l'avion, au restaurant Yves-Noël me demandait de l'imiter quand il parle français dans le spectacle, "je me demande si j'ai touché mon chômage" disait-il après s'être brossé les dents et rincé la bouche à la vodka,
quelqu'un avait vu une référence à Narcisse et Echo: Felix et Kate, lui se mirait dans un seau bleu, y plongeait la tête deux fois,
alors la prochaine fois ce serait Venus & Adonis, costumes élisabéthains, velours noirs, robe lourde, corps de silence dans le clair-obscur d'une ampoule électrique, notes d'une partition perdue sur ma flûte de plastique, texte absent encore, jouer le mythe dans les costumes et avec les artifices de l'époque contemporaine, en somme continuer de déplacer,
il y a cette image qu'aime Yves-Noël: "cher enfant, puisque je te tiens enfermé dans cet enclos de pâle ivoire, que je sois le parc et tu y seras mon chevreuil, pais où tu veux, sur les collines, dans le vallon, broute mes lèvres et, si ces collines sont trop arides, erre plus bas où sont les sources charmantes",
chez Marlène on s'était allongés sur un lit, on voyait le Panthéon depuis le balcon, il pleuvait soudain, des hommes s'embrassaient sans peur parce qu'ils étaient hétérosexuels, on passait des chansons, l'air du temps, et soudain le génie, Pergolèse, Schubert, Mozart, La Flûte enchantée,
les combinaisons amoureuses,
combinatoire amoureuse,
Carte du Tendre,
"les mots ont été dits, et les souffrances n'en ont été que plus grandes", embarras de la conscience, embarras du langage, et tous ces livres que je ne lirai pas,
Shakespeare écrit Venus & Adonis en temps de peste parce que les théâtres sont fermés,
effacement du doute,
"what can we do?", disait Kate, "we must live our lives, we shall live our lives", et puis "we shall rest, we shall rest, we shall rest", alors quel repos?,
probabilités de présence, être là, faire sentir qu'on y est, au restaurant on regardait à travers la fenêtre, les hommes comme fourmies, le bitume constellé de gouttes de pluie, la vie comme une permission de conscience, parenthèse fragile dans l'inconscience du monde, folie du verbe, "homo bulla", l'homme est une bulle écrit Erasme,
finalement personne n'avait dit le texte d'Erasme, mais Felix faisait des bulles,
et il y a surtout cette phrase, quelque chose comme "c'est cet être qui machine de si profonds désordres et pour les passions duquel ce monde est trop étroites".
samedi, 06 juin 2009
Yves-Noël Vilar, dernière note de service
à "Kate Moran", "Mohand Azzoug","Felix Ott", "Yvonnick Muller", "Marlène Saldana", "Sylvie Mélis", "Erik Bill", "Sébastien Davis", "Pierre Courcelle"
La plus belle (de celles que je n'ai pas vues), c'était mercredi. Je le sais aux applaudissements, à l'énergie que le public refait circuler aux applaudissements - et aussi à votre joie quand vous passez derrière le gradin en courant - à notre joie à tous. Ce soir, même si ce sera encore très plein, prenez le temps de communiquer à la vitesse de la lumière. Voici ce que disait Daniele Delaire (qui revoyait le spectacle mercredi): "...voir les choses sans l'écran de l'habitude... on te laisse pas l'espace pour écouter, on te laisse pas l'espace pour regarder, tu vois et t'entends, et c'est rare, ça!"
Yves-Noël
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mercredi, 03 juin 2009
La mort d'Adonis
lundi, 01 juin 2009
Coeurs publics, poubelles sentimentales
Comme tous les soirs j'écoute Venus & Adonis de John Blow, décidé que je ne dormirai pas cette nuit, transits, transitions, états et humeurs, il y eut des éclairs sur l'autoroute, gouttes lourdes sonores sur le pare-brise, peau caramel, Estelle me rejoint au Jaurès Café, tagliatelles tièdes et trop dures, on parle des psys, et les amours les amants, deux Arabes sur un banc commentent notre passage devant eux, sur le chemin vers chez moi, le long du canal, Estelle me dit qu'elle est parano, je dis non, ils ont dit que je suis gay, j'ai entendu le mot, comme dans le spectacle d'Yves-Noël Mohand parle en kabyle et soudain fait entendre "avec espoir".
Je donne un gilet noir à Estelle, on reste quelques minutes chez moi, elle commente les photos que j'ai collées au mur, au-dessus de mes claviers, je lui montre celle de Renato qu'elle connaît déjà, puis celle de Xavier, elle me dit que Laurent lui ressemble. A la cave c'est le tri, les grands sacs poubelles sombres, amas de chaussures, foulards, je pose un boa prune sur un crâne humain, perruque absurde, vanité, on parle d'Hamlet. Les sacs entassés dans la voiture, dans la rue je me lave les mains avec de l'eau de source, la bouteille dans laquelle Clélie a bu ce week-end.
Impasse de l'Astrolabe, une dame s'impatiente parce que je me suis garé devant la porte d'entrée de son parking, je m'empresse de dégager la place, deux énormes sacs abandonnés contre le mur, le temps de la manoeuvre, je repars avec les sacs triés pour la brocante du 13 juin, délestage, oripeaux des années où l'argent coulait à flots, insouciance, les nu-pieds qu'à retrouvés Estelle, elle les a chaussés immédiatement, "ça fait du bien de te dire tout ça", dans la voiture on parlait du calcul dans les relations amoureuses et amicales, calculer, se rassurer, se protéger, fuir la solitude, et toujours la même question: que faire de sa vie?
En repartant de chez Estelle je me perds encore une fois, cherche le périphérique et me retrouve aux Invalides, enfin rue de Rennes, Boulevard Saint-Germain, Saint-Michel, place du Châtelet, Gare de l'Est, la fourche où Yves-Noël bifurque à gauche quand nous revenons en vélib' vers nos quartiers Nord, puis Jaurès, Ourcq, je me gare dans la rue parce que j'ai perdu le bip du parking souterrain.
Chez moi j'ouvre les sacs du week-end, trie, range, jette, en même temps j'ouvre d'autres boîtes, consulte mes mails, le blog d'Yves-Noël, découvre Xavier sur Facebook, je suis son deuxième ami, le premier étant son mec, je les vois s'embrassant sur une photo, il y a aussi Lucien qui cite sur Facebook une phrase d'un mail envoyé à Yves-Noël par Nicolas Marchand: "Lucien Fradin cite Nicolas Marchand (qu'il ne connait pas mais qu'il a lu sur la page du "Dispariteur") : comme si parfois il fallait tout simplement changer de langue pour changer de perspective." (Dans le spectacle Felix récite un mail de son père qui se demande si son fils a disparu, s'il est mort, parce qu'il n'a plus de nouvelles, Kate-Suzan raconte en américain que son boyfriend l'a abandonnée d'un vulgaire "bye-bye" après l'avoir enduite de beurre, et Mohand parle en kabyle, on ne comprend pas, on ne sait pas ce qu'il dit, je lui ai demandé un jour ce qu'il chantait, il m'a parlé de la guerre d'Algérie.) Guy Degeorges n'écrit pas un article, mais un mail intitulé Juste un E-mail à Y.N.G., il a lu le blog d'Yves-Noël, et naturellement opte pour la forme épistolaire, qu'on lit sur son blog critique, sur le blog d'Yves-Noël, et sur Facebook. Jean-Pierre Céton est revenu voir le spectacle, écrit lui aussi un mail, qu'il envoie à Yves-Noël, et qu'il publie sur son site, en complément de l'article qu'il a écrit il y a deux semaines.
(Je reçois un mail: "J'ai discuté avec François pour l'habituer progressivement à l'idée qu'il vous verra sans doute moins souvent, Clélie et toi, avec les mois d'été et l'éloignement prévu de Clélie. Cela ne sera pas évident pour lui, mais la vie est ainsi faite... En attendant on a passé un excellent week-end. Bonne reprise, je t'embrasse, Papa.")
Après je vais aux poubelles, ce sont des poubelles de riches, trois couvertures écrues, une beige, un plaid à carreaux, un immense tapis ou une jetée de lit ou une sortie de bain pour géant bleu flamboyant avec des motifs floraux ton sur ton, un foulard rouge un foulard noir, une grande boîte Vuitton marron, un sac Balenciaga brun rouge où je trouve une paire de chaussettes neuves, rouges comme un cadeau de Noël, un petit livre usé avec je crois des écritures arabes, quelque chose comme un livre de prières, mais peut-être est-ce de l'hébreu, je ne sais pas, je l'ai ouvert une seule fois.
Couleurs, non-couleurs, "je ne sais si tu dors déjà alors bisou dans le gris le noir ou le blanc", et moi de répondre: "bisou dans la fumée" comme le hors-temps à la fin du spectacle, la vaste chemise blanche de Felix, silhouette dessinée par la lumière, épée dans la fumée prisonnière, lumière comme un duel matinal, corps-à-corps dans le vide de l'autre, arme brandie contre quoi, épuisement de soi, reflet échappé.

