vendredi, 31 juillet 2009
Que c'est triste (bordel) ou l'amoureux
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© Pierre Courcelle
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Princesse Aurore
jeudi, 30 juillet 2009
Sans titre
Les ifs longeant la route, chaleur brutale, on s’en accommode, nommer les montagnes, elles défilent sur le côté, l’eau chaude dans une bouteille cabossée, je prends la place du conducteur, le dossier humide, la sueur d’un autre, je m’y colle maintenant. Mécaniquement traverser la France, à n’y rien comprendre, jusqu’aux vastes ciels du Nord, nuages moutonnants, découpes trop nettes.
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Faire un peu de bruit, entendre passer ta vie
Parmi les mots que tu écris
y en aura-t-il un seul
qui t’ouvrira le chemin
de ce que tu ne peux voir
Il est en nous un lieu
qui ne peut être touché
où personne ne viendra
où seule la douleur
peut parler
Tu écris pour faire un peu de bruit
pour entendre passer ta vie
Pourquoi toujours nourrir
cela même qui t’efface
On parle
on écrit
pour que les autres
oublient leurs corps
pour qu’ils viennent habiter
notre voix
nos mots
Tu te demandes
à quoi servent tes paroles
à qui elles sont destinées
Y a-t-il un seul arbre
qui pousse pour être vu
Jean-Louis Giovannoni, extraits de Ce Lieu que les pierres regardent, texte publié en 1984, in Ce Lieu que les pierres regardent suivi de Variations, Pas Japonais et L’Invention de l’espace, Éditions Lettres Vives, coll. Terre de Poésie, 2009, pp. 20, 22, 28, 33, 48, 60.
Source: Poezibao
mercredi, 29 juillet 2009
Rosa Bonheur
Ce soir au Rosa Bonheur avec Yves-Noël, demain rendez-vous devant le Centre Pompidou avec Rudy, une lettre de Renato qui part à Milan à la rentrée.
Je suis épuisé mais je vais sortir. Au Rosa Bonheur le couvre-feu est à minuit. C'est là que pour la première fois j'ai serré Yves-Noël dans mes bras, un soir de décembre. Nous n'y sommes pas retournés depuis.
De l'autre côté, puisque je suis toujours en colocation, le couple s'apprête à sortir aussi, elle, une jolie jupe blanche à volants, un téléphone portable aux arêtes dorées, le sourire vacant comme toujours.
Je parle en mon nom sans plus
"J’écris cela en juillet
profitant du silence pour chercher à tâtons
mes mots quand la ville comme évacuée
est partie bavarder sous d’autres cieux"
[…]
"Longtemps j’ai cherché mon salut dans la fuite
dans un chant général
et ce ne fut pas très concluant
je chantais faux je crois
dans les défilés ouvriers
plaçant ma voix trop haut
désormais je parle en mon nom sans plus
ne cherche plus l’abri d’un chœur où me fondre
je dis je comme tout un chacun
m’expose un peu plus à l’écrire"
Jean-Claude Pinson, Laïus au bord de l’eau, Champ Vallon, 1993, p. 45 et 59.
Source: Poezibao
Bussana Vecchia
mardi, 28 juillet 2009
Sans titre
On roule sous le soleil puis dans la fraîcheur de la nuit. Sur une aire d'autoroute entre Reims et Cambrai, la voie lactée, une étoile filante, les phares d'un camion. Dans le coffre, galets dépareillés au fond d'un sac humide, serviettes de bain mouillées encore d'avoir essuyé les peaux mates, maillots de bain usés, sable au fond des chaussures. Une vieille dame vêtue de blanc marche religieusement vers les arbres qui échappent à la lumière des réverbères.
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Sans titre
Les galets, on dirait du marbre: je les regarde comme si c'était des morceaux de marbre veiné roulés par les vagues. Je ne peux m'empêcher de les voir comme du marbre, on est en Italie. Les algues mortes bariolent la peau des baigneurs suspendus où se séparent l'air et l'eau, quelque part entre la cheville et la cuisse. Le soir venu, une jeune fille s'échoue sur la plage, ses bottes noires en peau sur le sable poussière. Elle regarde l'horizon comme elle l'aurait fait depuis une loggia il y a quelques siècles. Un galet à moitié enfoui, elle le jette où j'imagine que la mer commence exactement à se retirer.
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Sans titre
On voit des anges et quelques voûtes escamotées, rebuts telluriques effondrés à la lumière du soir. Fendillements ou traverses, les pas hésitent dans les crevasses inhospitalières, ce sont mêmes galets et mêmes veines dans les rues du village et sur la plage de sable et de poussière. Les filles d’ici sont comme des Italiennes, venues d’ailleurs avec des accents désarticulés. On mange plus qu’on ne parle, les corps se rêvent un peu plus inertes. Au pied de la colline, une prison moderne et des clameurs la nuit, mêlées au coassement des grenouilles.
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