lundi, 03 août 2009

Jeter une pièce

Un petit mot, comme on n'arrive pas à se voir et que je pars après demain...

J'ai passé toute cette dernière période très en solitaire, ne voyant quasiment personne, le week end pareil. Cela s'est imposé comme ça. Pas d'énergie pour me confronter, mais pas de déprime non plus. Besoin urgent de vacances, oui.

J'imagine que ta lecture à Avignon s'est très bien passée, que tu en as tiré une bonne expérience et que tu as eu quelques retours, positifs.

J'ai lu ton texte presque tout de suite. Je suis sincère: je doute un peu de sa théâtralité, si c'est vraiment intéressant de l'entendre sur scène et de le voir... mais on peut tout faire avec la mise en scène. Je le considère plutot comme quelque chose à lire silencieusement.
 
J'ai beaucoup aimé le titre et les premières pages, jusqu'au moment où la fille commence à parler de ses expériences érotiques, à partir de là quelque chose s'affaisse, s'alourdit. Je lis mais je sens trop la lettre, la narration, la page privée - j'ai reconnu certains passages du blog, donc je ne suis pas tout à fait détaché comme lecteur. J'ai eu l'impression que tu avais collé un peu en vitesse des morceaux hétérogènes. Le début est très fort... mais ça ne tient pas la route théâtralement parlant. Enfin, pas encore... trop introverti pour la scène, c'est de la pensée.
Peut-être aussi beaucoup de citations au début, mais ça ne dérange pas tant d'autres, je suppose.

Enfin, je l'ai lu une fois, sans m'arrêter.

Peut-être qu'après la lecture tu as trouvé des trucs, des possibilités de retravailler l'ensemble.

Bon, moi j'ai carrément jeté à la poubelle une pièce, la version modifée de Prince d'amour que je croyais pouvoir améliorer... tant de mois pour m'en libérer, à la fin, j'en ai sauvé quelques rares passages pour les mettre dans un tiroir et m'en servir ailleurs. Je vais reprendre Si ample soit la plaie. J'aime retravailler (quand rien de nouveau m'appelle) et cultiver l'espoir de mieux faire avec le temps.

Donne-moi de tes nouvelles, et prends toujours mes avis de mauvais public comme une affaire de goût.

Nos conversations me manquent.

tu es un homme marié maintenant (!), et moi je vais retrouver ma moitié tant délassée.

je t'embrasse,

Fab

Cher Fabrizio,

Content de te lire! Le retour à Paris a été un peu gris pour moi, après tant de soleil et de paresse dans le Sud. Je n'ai rien vu à Avignon: nous (Clélie, Yves-Noël et moi) avons passé une semaine près du Pont du Gard, et ma seule tentative in s'est soldée par un échec: refoulé à l'entrée du théâtre où je voulais voir Ode maritime! L'anecdote est amusante: Yves-Noël avait fait des pieds et des mains pour obtenir une invitation (c'était complet tous les soirs évidemment), mais quand je suis arrivé sur place et que j'ai dit que l'invitation était en fait pour moi (qui? qui est-il celui-là?), je me suis fait, oui, refouler. Je n'ai pas osé brandir la lettre qu'Yves-Noël avait écrite à l'attention de Claude Régy au cas où j'aurais des difficultés à entrer car on n'en était pas là: je me suis retrouvé anonyme et provincial comme au bon vieux temps (il n'y a pas si longtemps d'ailleurs).

Ma lecture, bof finalement... Ca m'a obligé à travailler sur la longueur, plus que d'habitude. J'ai collé quelques textes de mon blog, comme tu l'as remarqué, et tu as raison de dire que ce serait plus adapté au silence de la lecture. J'entendrais bien ces voix dans une pièce radiophonique, des voix qui parlent à l'oreille, directement. J'ai fait ça très vite, il y a donc encore beaucoup de travail, et l'envie de continuer. Les citations du début, je les ai enregistrées, et superposées: on entend, pendant quatre minutes, deux, trois ou quatre textes simultanément, avec des volumes différents, si bien qu'il y a toujours un texte mis en valeur pendant que les autres sont en fond sonore. Il y a beaucoup de mes obsessions dans ce texte, mais je ne sais pas encore quelque forme (longue) leur donner. Je ne prétends pas appeler ce que j'ai fait pièce de théâtre. C'est un texte, et il y a un dialogue... Pour ce qui est de la théâtralité, c'est vrai que j'ai gommé tout ce qui pouvait la faire apparaître trop clairement. Yves-Noël m'a dit aussi que le texte lui posait problème, théâtralement. Il faut continuer, voilà tout, avancer! Quitte à jeter quand il le faut, comme tu me le dis.

Je me suis essayé à une nouvelle forme: le diaporama. Textes, images, et bientôt le son je crois (voix, musique). Je ne sais pas si tu peux lire Que c'est triste (bordel) ou l'amoureux que j'ai mis sur mon blog il y a quelques jours... Ce nouveau support me permet de guider la lecture, de jouer avec le temps de lecture en choisissant la durée de chaque diapositive, de rendre concrètes mes chère ellipses avec des pages blanches et des écrans noirs... Bref, il y a matière pour moi, c'est excitant!

Nous nous retrouverons à la rentrée, promis! En attendant, profite bien de l'Italie.

Je t'embrasse,

Pierre

PS: Joli lapsus final, à la fin de ton mail: délassée/délaissée...!

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