lundi, 31 août 2009

Tétradécasyllabes (2006)

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dimanche, 30 août 2009

Rentrée

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© Hugo Laruelle

Intrusions

A main droite, le manoir d'Ango où Breton écrivit Nadja: à la place des barbelés et de l'écriteau rageur "entrée interdite" qui ne m'empêchèrent pas d'entrer il y a trois ans, un cabanon en bois au bord de l'allée, et un affreux enclos en bois comme on trouve dans les magasins de bricolage. Pour cinq euros, on peut visiter l'architecture me dit-on, le musée n'est pas encore aménagé.

A main gauche, la route de la plage, le nom Ailly qu'on voit partout à Varengeville. Un arrêté du maire interdit le nudisme, feuille A4 sous pochette plastique, gouttes de condensation: elle ne passera pas l'hiver. Toutes les tailles, toutes les formes, tous les états de la matière: la terre elle-même à vif comme sectionnée, falaises, on dirait un emballage de Christo, un drapé monumental à perte de vue; éboulis crayeux qui forment pyramides au pied des falaises, et quand on lève les yeux, béances laissées en leur sommet, érosion fracassante, toutes ces ravines, sillons opiniâtres, coulures de terre et de pluie mélangées; plus loin, roches énormes, granit échoué résistant encore, rondes-bosses où parfois l'eau de la marée haute s'est déposée, lacs minuscules pour quelques heures épargnés par le remous; galets à l'infini, de craie, de granit, blancs, bruns, bleutés, striés, panachés; sable fin et dur comme un pays parcouru de montagnes et de rivières éphémères - la mer avance et l'eau ruisselle des falaises.

L'Etoile m'appelle, qui n'entend ni le vent ni la mer. Nous ne nous sommes pas vus depuis deux mois.

Je repars avec un galet orange qui tient dans la main, peut-être caoutchouc, forme à l'étrange contorsion, objet du monde des hommes comme on reconnaîtrait encore un homme sans la tête, sans les bras, sans les jambes, écorché.

YN-NY (Morrison, Rimbaud, Virginia Wolf)

"Hello, love. Yn"

"Hello, i love you, won't you tell me your name? Tu connais? (Les Doors)"

"Non... (ou peut-être). La jlis de la poésie viking et anglo-saxonne dans un livre pour enfants."

"Ex: it is frightful now to look around as a blood-red cloud shadows the sky. Ne dirait-on pas du Jim Morrison?"

"Peux-tu me donner le sens de 'redimer' qui revient souvent dans le texte sur rimbaud (en français)? Yn"

"Sens litt: racheter par son sacrifice le genre humain. Sens courant: racheter une obligation par le versement d'une contribution. Merci tlf!"

"Ah oui, ça colle! On a ri tout a l'heure parce que ya une psy qui s'appelle Virginia Wolf dans lcoin..."

"Mdr"

Vanité (triptyque, 2009)

Le plat du jour

L'angle de vue est celui d'un homme de taille moyenne qui se tient debout: on domine la nature morte, on est dans un contexte quotidien, la photographie est prise, mais elle aurait aussi bien pu ne pas l'être, affaire de hasard et de spontanéité. Plusieurs objets: un mug vide avec un anneau brun et un dépôt assez dégoûtant au fond (un café au lait qui serait resté longtemps dans le mug, aurait refroidi, et le dépôt de la peau du lait, comme on oublie son café quand on répond à un appel téléphonique ou qu'on part rêver dans une autre pièce), une petite cuillère très fine, une boîte de conserve vide et propre de très petite taille, une autre boîte de conserve de forme rectangulaire, également propre, son couvercle recourbé (on devine une boîte de sardines). Enfin, une cartouche de cigarettes Marlboro, entamée, une partie du papier d'emballage est froissée, "Fumer provoque des maladies de peau".

Le puzzle

Vue en plongée: verre d'eau posé et ombre diffuse portée sur une surface en bois sombre, sans doute une table ou un plan de travail dans une cuisine, près d'une fenêtre, mais sans soleil direct. Dans le verre, un glaçon en train de fondre, forme régulière, on devine une pièce de puzzle à cause du titre, mais les contours sont déjà bien entamés.

La nouvelle déco

Un angle: deux murs et un plafond. Les objets sont disposés sur une planche en bois clair, vraisemblablement du pin. On imagine une étagère sur rails métalliques, et ces objets disposés sur la dernière planche, à plus de deux mètres de hauteur: un cadre de format rectangulaire, bois sculpté, très ouvragé, or vieilli, enserrant une minuscule peinture représentant un Amour potelé allongé sur le côté, bras droit en raccourci abandonné sur un tapis de verdure, ailes blanches dressées, boucles blondes, sourire absent; devant le cadre, un flacon de parfum presque vide; un objet noir en forme d'os, une inscription en lettres capitales, CHAMPION, sans doute un appareil de musculation pour les poignets et les avant-bras, une espèce d'altère* miniature; un crâne ouvert auquel il manque la mâchoire inférieure; une petite poupée, homme grimaçant habillé comme un personnage de carnaval, bras gauche posé sur le crâne, pied gauche suspendu dans le vide au bord de l'étagère; une jardinière en fonte, ouvragée, rouillée, remplie de boutons de roses séchés.

* cf. commentaire

samedi, 29 août 2009

Rentrée

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© Alexandra Catiere 

L'entorse

J'ai lu avec cette elegance discrete les ecrits d'un ete qui passe si vite. Et sur vos differentes traces qui explorent cette rencontre de vie avec Yves Noel. Les liens de l'un a l'autre sont ces pages laissees sur des fragments etoiles de l'internite. Sans indiscretion. En partage. De ce sourire ce don je vous remercie. En attente peut etre de ces quelques lignes qui traverseraient au hasard d'un spectacle a lire publie avec comme on pourrait l'imaginer suivi de quelques trous de fin de mots qui trouvent le silence.
CR

Merci pour ce retour... ce n'est pas si fréquent, de la part de lecteurs que je ne connais pas (nous sommes-nous déjà vus?). "Sans indiscrétion", "partage", "sourire", "don": merci à vous pour ces mots, qui me confirment dans une démarche qui ne va pas sans interrogations, hésitations, doutes. J'ai lu et relu votre dernière phrase...
PC

Je rentre le 1 septembre pas d'ordinateur. Impossible de visionner les vidéos sur votre page. Quelques photos ont traversé le regard de l'enfant... Non je ne connais que vos écrits. et dans ce partage ... Il y avait comme une lecture a haute voix qui soulignait le sillon des bruits de l'été si différent ce soir... Si vous êtes accompagnés parfois dans les salles obscures. Je serais a Bastille pour le Cauchemar de Jean Michel Rabeux. Ce que je voulais dire c'était surtout qu'une écriture était sensible a être éditée ou lue en public ou fragmentée comme un interstice... au delà d'un spectacle... je me souviens d'une lecture intime de Daniel Emilfork avec son compagnon... La douceur de ce lien si étroit avait laissé l'errance possible d'un écart pour Daniel... Il s'était endormi vers la fin du livre sur un fauteuil à bascule.
CR

C'est une belle anecdote!
Nous nous verrons sans doute à Bastille le 17 septembre alors, avec plaisir.
Je suis sur les routes demain et dimanche, donc sans connexion internet, puis ce sera la rentrée...
Au fait, vous voulez dire que vous avez lu mes notes sur un téléphone portable?
PC

OUI C'ETAIT LE SEUL LIEN PENDANT UNE CONVALESCENCE DE 20 JOURS. Entorse presque réparée.

Alors je vous souhaite un prompt rétablissement, comme on dit, et je me permets de publier ces quelques messages échangés depuis hier, qui concluent peut-être mon cycle estival. A bientôt.
PC

vendredi, 28 août 2009

Pères et fils

ETPM 2O2 RUWAÏS VERS LE 15-06-79

13 centimètres sur 8,8. Les coins sont arrondis. Au dos, en filigrane: "This paper manufactured by Kodak". Trois tampons rouges difficilement déchiffrables, où je ne lis clairement que "United Colour Film Co." et "June 1979". Écrit à la main: "ETPM Ruwaïs vers le 15-06-79". "Vers" m’étonne. Je fais des recherches sur internet. Ruwais est une ville située à 240 kilomètres d’Abu Dhabi, l’essor de la première étant directement lié à la croissance de la seconde. 1979, c’est trois ans avant l’inauguration officielle du complexe pétrolier de Ruwais. Je lis que l’histoire de cette ville a commencé dans les années soixante-dix. C’était un désert ("remote desert", dit Wikipedia). Sur le Guide du pétrole 1988 je trouve des informations relatives à ETPM, acronyme de Entrepose-GTM pour les travaux pétroliers maritimes, "leader européen pour les travaux et la construction offshore". "ETPM possède des bases opérationnelles et des directions régionales au Moyen-Orient à Sharjah et Abu Dhabi." Donc Pierre Courselle travaillait pour le développement de Ruwais, qu’il écrit avec un tréma sur le i, comme on le faisait sans doute à l’époque. Il travaillait vraisemblablement pour ETPM, mais je n’ai trouvé aucune explication pour le nombre 202.

La photographie le montre dans son environnement professionnel. Une salle de restauration plutôt qu’un restaurant: mobilier rudimentaire et fonctionnel, cinq tables carrées, des sièges en PVC blanc. Toutes les tables sont couvertes de nappes oranges, sauf celle du fond, qui fait office de desserte: six bouteilles de jus d’orange ou de soda dont je n’arrive pas à lire la marque, même avec une loupe, des verres retournés sur un plateau, une corbeille ajourée avec des morceaux de pain, un torchon ou un chiffon posé sans façon. Exactement au milieu de la photographie, la bouche de Pierre, entrouverte. Il parle, au photographe, ou à l’homme assis en face de lui, qu’on voit de dos. Le photographe est assis puisqu’au premier plan on devine, posée sur la table, une bouteille, presque vide, étiquette reconnaissable malgré le flou dû à la proximité de l’objectif. C’est la photo de quelqu’un qui a voulu faire un portrait sans se soucier de la composition de l’image, un collègue, un proche, un ami, un amant? L’homme de dos met la main à la bouche mais je ne vois pas de couvert: il mange sans doute un morceau de pain. Il porte une chemisette claire à rayures et un short foncé. Le dos est large, le tissu tendu. Pierre a une chemise dans le même style casual, largement ouverte, avec des rayures plus épaisses. D’une manière générale il paraît plus épais que l’autre, plus âgé aussi. Il a une cinquantaine d’années, le cheveu court et bien planté, porte des lunettes, un stylo bleu dans la poche de la chemise. Je crois qu’il est cuisinier dans une cantine sur un site de construction d’une raffinerie ou quelque chose comme ça. Rien d’érotique dans cette cuisine (Pierre a couru le monde et les hommes, enfin c’est comme ça que je l’imagine). Rien de tragique non plus (il est mort quelques années plus tard aux Philippines dans l’incendie de son restaurant – mon père emploie plus exactement le terme paillotte).

ANOTHER ATTRACTION

Paysage riant, ciel bleu aux nuages blancs légers, arbustes taillés en boules, plan d’eau au premier plan avec nénuphars, et surtout, une sorte de gazebo à la toiture incurvée posée sur six colonnes rouges. Des groupes de touristes. Au verso: "ANOTHER ATTRACTION OF LUNETA PARK. There are many beautiful sights at the famous Luneta Park including miniature lakes, waterfalls, Chinese Pagodas, Japanese gardens and others. The visitor should not miss any of it. PHILIPPINES." Wikipedia me renseigne: "L'histoire du parc débute au début des années 1800 sous la colonisation espagnole. Alors que les activités sociales et commerciales de Manille étaient confinées intramuros, une petite zone juste au sud de l'enceinte fut dégagée pour prévenir les attaques surprises des nationalistes philippins. Le parc fut appelé Bagumbayan ("ville nouvelle") mais ayant la forme d'une petite lune, elle fut aussi nommée Luneta. Luneta fut le site d'évènements historiques des Philippines dont l'exécution de l'écrivain José Rizal le 30 décembre 1896, dont la mort allait en faire un héros de la révolution philippine (le parc sera renommé en son honneur), la déclaration d'indépendance des Philippines le 4 juin 1946 et le ralliement politique de Ferdinand Marcos et Corazon Aquino en 1986. Le 15 janvier 1985, une messe célébrée par le pape Jean-Paul II pour le Journée mondiale de la jeunesse réunit de 4 à 5 millions de personnes." Je crois que c’est en 1985 que Pierre est décédé, mais c’est à vérifier. Son père, en 1987. Il a écrit en diagonale: "Je pense toujours à toi Papa / Bonnes fêtes / Je t’embrasse / Ton fils / Pierre".

R. COURSELLE

Pierre offrait-il souvent d’aussi beaux cadeaux à son père? En l’occurrence c’est une boîte à cigares en parfait état. Sur le couvercle, face intérieure: "TABACALERA / THE FINEST CIGARS SINCE 1881 / HAND MADE 100% TOBACCO / MANILA, PHILIPPINES". Mes recherches sur internet me permettent d’apprendre qu’il ne s’agit pas d’une vulgaire boîte, mais d’une cave à cigares, humidor en anglais. Je trouve sans difficulté des modèles de caves Tabacalera, entre 200 et 250 dollars. Sur la face extérieure du couvercle, les lettres R. COURSELLE gravées dans le bois, et les mêmes lettres sur une étiquette collée, or sur rouge.

ROMAN FAMILIAL

Mon père est rentré du Canada. Il a passé dix jours chez les sœurs de Pierre Courselle. Elles lui ont donné cette boîte, cette carte postale et cette photographie (le père de Pierre était le parrain de mon père). Il me les a données il y a quelques heures, il sait bien que cette histoire de famille m’occupe beaucoup. Il y a un an, je donnais à mon père mon pseudonyme d’écrivain, Pierre Courcelle. Nous parlions d'un article du Dauphiné Libéré sur le spectacle de Bruno à Avignon. La journaliste parlait de ma musique, c'est-à-dire la musique de Pierre Endel, puisqu'alors je voulais un pseudo de musicien et un pseudo d'écrivain différents.  "Comme mon cousin?" demanda mon père. J’avais choisi Courcelle parce qu’il m’avait souvent dit que je ressemblais aux Courselle, la famille de sa mère. Mais je ne connaissais pas les Courselle, je ne voyais pas ce qu’il voulait dire exactement. J'ai grandi avec l'idée obscure que je ressemblais aux Courselle. Nous ne les fréquentions pas. J’écrivais Courcelle avec un c par ignorance. J’apprenais en quelques minutes que Pierre Courselle, comme moi, avait quitté femme et enfant pour les hommes, l’amour des hommes, et qu’il était parti très loin. "Les îles", on ne savait pas lesquelles. En me montrant la cave à cigares, mon père m’a parlé de Cuba. On s’est demandé ce qu’il faisait à Cuba. Et puis je découvre que c’est Manille. C’est écrit dans la boîte. Ca veut dire que pendant vingt-deux ans, depuis la mort de R. Courselle, personne n’a lu l’inscription. Tous ce que j’entends au sujet de Pierre est dans ce registre: approximations, dates incertaines, décalages, contradictions.

jeudi, 27 août 2009

Plastic eden

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© Francesco Simeti

mercredi, 26 août 2009

Les yeux, les mains

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