samedi, 10 octobre 2009
Autobiographèmes
Je ne me souviens pas mais Père en porte la mémoire et c'est comme si le souvenir était mien: je l'imagine, je la vois aux couleurs de l'automne, la feuille qu'un jour je ramassais, m'arrêtant au milieu d'un chemin, d'un trottoir, je ne sais, je la contemplais longuement et silencieusement, et mon tempérament serait tout entier contenu dans cette scène d'enfance, à l'âge où les souvenirs se détachent de la conscience comme les feuilles des branches.
Je me souviens très exactement, on retournait la terre, Père disait bêcher le terrain, la terre, elle était noire et grasse, on la débarrassait des mauvaises racines, mauvaises herbes, et quand un ver de terre d'une motte s'échappait, souvent je le contemplais, et l'humidité de sa peau, les anneaux minuscules, peut-être une sorte d'aveuglement au grand soleil d'été, et souvent aussi:
Je le coupais en deux du tranchant de la bêche,
me penchais sur son sort scientifiquement:
les cylindres muets pendant quelques minutes
s'agiteraient encor sous le chant des oiseaux.
Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ver de terre, poésie
Les commentaires sont fermés.