jeudi, 15 octobre 2009
Les deux vieux du grenier

Au grenier il y avait un vieux cadre ovale et la photographie d'un couple de l'autre siècle: ils m'intéressaient comme une image précieuse d'une lignée ignorée, abandonnée dans cette maison bizarre qui ne connaît pas les angles droits. Les deux vieux ne sourient pas puisqu'à l'époque on ne souriait pas sur les photographies: les poses étaient longues, il fallait relâcher les traits pour éviter le bougé.
A vrai dire, en y regardant de plus près, je crois que c'est un photomontage: fond estompé, le même derrière elle et derrière lui, jonction nette mais artificielle du manteau et de la veste, comme un couple qu'on aurait réuni après la mort.
Dans Histoire de ma vie, George Sand déplore naïvement qu'à la différence des aristocrates, les gens du peuple ne puissent se prévaloir de la mémoire de leurs ancêtres. Je ne suis pas sûr que mes descendants, disons dans trois, quatre, cinq générations, aient la moindre idée de mon existence. Il y aura peut-être mon nom sur un arbre généalogique, sur une application informatique ou un support sans doute fort éloigné de cet ordinateur sur lequel j'écris encore à l'ancienne. Et qu'en sera-t-il des portraits? des couples et des photographies de couples?
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