vendredi, 23 octobre 2009
Le lieu de l'impur
Je ne savais pas comment faire une pause, prendre de la distance, rompre quelque temps avec l'instantanéité de la publication sur mon blog. La solution m'est imposée: je n'ai plus d'accès à internet chez moi depuis une semaine, et comme je n'arrive pas à réparer la carte réseau de mon pc, mes possibilités de publier sont très réduites, en dehors des horaires de bureau, où j'ai autre chose à faire que gérer mes petites affaires personnelles. Je continue à écrire, quelque chose que j'aimerais appeler Journal d'inconstance, et que je publierai un jour ici. Mais il est peut-être bon que j'écrive un certain temps rien que pour moi.
Je relis Montaigne: "C'est ici un livre de bonne foi, lecteur. Il t'avertit dès l'entrée, que je ne m'y suis proposé aucune fin, que domestique et privée. Je n'y ai eu nulle considération de ton service, ni de ma gloire. Mes forces ne sont pas capables d'un tel dessein. Je l'ai voué à la commodité particulière de mes parents et amis, afin que, lorsqu’ils m’auront perdu (ce qu'ils ont à faire bien tôt), ils y puissent retrouver certains traits de mes conditions et humeurs, et que par ce moyen ils nourrissent plus entière et plus vive, la connaissance qu'ils ont eue de moi. Si c'eût été pour rechercher la faveur du monde, je me serais mieux paré et me présenterais avec une démarche étudiée. Je veux qu'on m'y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans recherche, ni artifice : car c'est moi que je peins. Mes défauts s'y liront au vif, et ma forme naïve, autant que le respect humain me l'a permis. Si j’avais été parmi ces nations qu'on dit vivre encore sous la douce liberté des premières lois de nature, je t'assure que je me serais très volontiers peint tout entier, et tout nu. Ainsi, lecteur, je suis moi-même la matière de mon livre : ce n'est pas raison que tu emploies ton loisir en un sujet si frivole et si vain. A Dieu donc, de Montaigne, ce premier de Mars mille cinq cent quatre-vingt."
Et un article de Télérama: "Pas de doute là-dessus, les écrans sont devenus, pour la plupart d'entre nous, le support privilégié de nos rapports à la culture. Avec une conséquence essentielle : ils accentuent la porosité entre le monde de l'art et celui du divertissement. Dans la culture numérique, se distraire, s'informer, accéder à des oeuvres, pratiquer une activité en amateur, communiquer avec des proches se mêlent intimement, s'entrecroisent sans cesse, se cumulent et se succèdent. Pour les moins de 25 ans, Internet est le lieu qui donne accès à tout. Et "c'est ce qui est le plus déstructurant par rapport aux classifications anciennes", estime Olivier Donnat. Une distinction telle que culture légitime et culture illégitime, par exemple, mise en avant par Pierre Bourdieu et qui renvoyait aux années 60 quand l'école et les familles soucieuses de léguer un patrimoine constituaient les principales instances de transmission. Aujourd'hui celles-ci sont multiples, liées aux industries culturelles et aux médias. Culture et distraction, culture savante et culture populaire, tout est mélangé. "Tout est sur la surface plane de l'écran, il suffit d'un clic pour passer du plus érudit au plus distractif, remarque Olivier Donnat. On peut même faire les deux en même temps, lire un texte sophistiqué en écoutant des chansons débiles. Certains sites s'attachent à mêler le plus sérieux et le plus fantaisiste. C'est le caractère inédit de l'outil Internet, par essence le lieu de l'impur." On peut en concevoir des craintes ou au contraire en espérer des ouvertures, de nouveaux chemins pour accéder aux oeuvres les plus pointues. Toujours est-il que pour les jeunes générations la distinction entre culture légitime et culture illégitime est aujourd'hui largement vidée de son sens."
Adieu, donc...
Sources:


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