vendredi, 30 octobre 2009
Objet de plus haute vertu
Lorsque le Soir Vénus au Ciel rappelle,
Portant repos au labeur des Mortels,
Je vois lever la Lune en son plein belle,
Ressuscitant mes soucis immortels,
Soucis qui point ne sont à la mort tels,
Que ceux que tient ma pensée profonde.
(Prononcer le "e" de "pensée".)
17:17
jeudi, 29 octobre 2009
X & Alexander
"Il faisait beau, il faisait nuit, la poésie, ça m'fatigue, je suis seul un p'tit peu. J'suis dans un train, ça berce, ça calme. Toute l'époque moderne épuisante, heureusement il y a les trains! (C'était déjà bien quand j'étais gosse.) Le train... Si j'pouvais me calmer comme me calme le train... dans la vie... Le train traverse des régions, des pays. Aujourd'hui je vais à Bruxelles-Midi. Bruxelles, ça s'ra la merde, Paris, c'est la merde, mais entre Paris et Bruxelles, c'est le train. C'est la joie, c'est le calme, c'est le coin du feu, c'est le repos du guerrier. Le train-train.
La nuit dernière X était agité comme un animal, je ne savais pas quoi faire pour le calmer. Il voulait jouer (plus que jouir*), il m'a même donné des coups. Ce qui l'excitait, c'était que Luigia m'avait ouvert le corps grâce à la technique Alexander. J'étais très embêté, j'avais envie de me blottir contre lui, de dormir avec lui, le bonheur gratuit, comment disait Hélène Bessette? Le Bonheur de la nuit, mais, lui, il ne reconnaissait pas mon corps, il aboyait, il me triturait, il était tout disponible à échanger, que je le mordille aussi, et puis, avec son engin tout dur, il voulait pénétrer à tout prix, il donnait des coups, il voulait entrer, il voulait jouer par tous les trous, il voulait créer des trous, il aboyait, ses cheveux touffus luisant, il voulait démolir le travail de Luigia, il voulait jouer.
* Plus tard X m'a dit que, sur le côté, il avait failli jouir simplement de ma respiration."
18:08
mardi, 27 octobre 2009
Sevrage & combinatoire
Dix jours sans internet chez moi. C'est comme arrêter de fumer. Je peux comparer parce que j'ai déjà arrêté de fumer, pendant un an. C'est dur au début, et puis je m'habitue, et très vite j'en ressens les bienfaits. La concentration, surtout.
Aujourd'hui je rebaptise mon blog: Blog in(con)(si)stant. Une deuxième parenthèse, dont l'idée m'est venue en entrant l'adjectif inconsistant dans un générateur d'anagrammes, qui m'a proposé, entre autres: instant et insistant. Du coup, quatre combinaisons possibles:
blog-instant
blog inconstant
blog inconsistant
blog insistant (il l'est de toute façon)
Et bien sûr, l'adjectif con se détache particulièrement.
08:24
lundi, 26 octobre 2009
Quand dire c'est faire
Aujourd'hui je rebaptise mon blog: Blog incon(si)stant.
08:25
vendredi, 23 octobre 2009
Le lieu de l'impur
Je ne savais pas comment faire une pause, prendre de la distance, rompre quelque temps avec l'instantanéité de la publication sur mon blog. La solution m'est imposée: je n'ai plus d'accès à internet chez moi depuis une semaine, et comme je n'arrive pas à réparer la carte réseau de mon pc, mes possibilités de publier sont très réduites, en dehors des horaires de bureau, où j'ai autre chose à faire que gérer mes petites affaires personnelles. Je continue à écrire, quelque chose que j'aimerais appeler Journal d'inconstance, et que je publierai un jour ici. Mais il est peut-être bon que j'écrive un certain temps rien que pour moi.
Je relis Montaigne: "C'est ici un livre de bonne foi, lecteur. Il t'avertit dès l'entrée, que je ne m'y suis proposé aucune fin, que domestique et privée. Je n'y ai eu nulle considération de ton service, ni de ma gloire. Mes forces ne sont pas capables d'un tel dessein. Je l'ai voué à la commodité particulière de mes parents et amis, afin que, lorsqu’ils m’auront perdu (ce qu'ils ont à faire bien tôt), ils y puissent retrouver certains traits de mes conditions et humeurs, et que par ce moyen ils nourrissent plus entière et plus vive, la connaissance qu'ils ont eue de moi. Si c'eût été pour rechercher la faveur du monde, je me serais mieux paré et me présenterais avec une démarche étudiée. Je veux qu'on m'y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans recherche, ni artifice : car c'est moi que je peins. Mes défauts s'y liront au vif, et ma forme naïve, autant que le respect humain me l'a permis. Si j’avais été parmi ces nations qu'on dit vivre encore sous la douce liberté des premières lois de nature, je t'assure que je me serais très volontiers peint tout entier, et tout nu. Ainsi, lecteur, je suis moi-même la matière de mon livre : ce n'est pas raison que tu emploies ton loisir en un sujet si frivole et si vain. A Dieu donc, de Montaigne, ce premier de Mars mille cinq cent quatre-vingt."
Et un article de Télérama: "Pas de doute là-dessus, les écrans sont devenus, pour la plupart d'entre nous, le support privilégié de nos rapports à la culture. Avec une conséquence essentielle : ils accentuent la porosité entre le monde de l'art et celui du divertissement. Dans la culture numérique, se distraire, s'informer, accéder à des oeuvres, pratiquer une activité en amateur, communiquer avec des proches se mêlent intimement, s'entrecroisent sans cesse, se cumulent et se succèdent. Pour les moins de 25 ans, Internet est le lieu qui donne accès à tout. Et "c'est ce qui est le plus déstructurant par rapport aux classifications anciennes", estime Olivier Donnat. Une distinction telle que culture légitime et culture illégitime, par exemple, mise en avant par Pierre Bourdieu et qui renvoyait aux années 60 quand l'école et les familles soucieuses de léguer un patrimoine constituaient les principales instances de transmission. Aujourd'hui celles-ci sont multiples, liées aux industries culturelles et aux médias. Culture et distraction, culture savante et culture populaire, tout est mélangé. "Tout est sur la surface plane de l'écran, il suffit d'un clic pour passer du plus érudit au plus distractif, remarque Olivier Donnat. On peut même faire les deux en même temps, lire un texte sophistiqué en écoutant des chansons débiles. Certains sites s'attachent à mêler le plus sérieux et le plus fantaisiste. C'est le caractère inédit de l'outil Internet, par essence le lieu de l'impur." On peut en concevoir des craintes ou au contraire en espérer des ouvertures, de nouveaux chemins pour accéder aux oeuvres les plus pointues. Toujours est-il que pour les jeunes générations la distinction entre culture légitime et culture illégitime est aujourd'hui largement vidée de son sens."
Adieu, donc...
Sources:
08:13
mardi, 20 octobre 2009
Poésie kurde
Adam
Une assiette couverte des restes du marché
Et au-dessus des kilos de pommes Aldi
Lui est allongé sur un tapis de lune
Il attend l’aide sociale
Son travail régulier ne leur suffit pas
A lui et ses enfants.
Caïn
Travaille toute la semaine au noir dans une charcuterie
A la fin de la semaine il s’empare d’un couteau
Et s’en prend à tout le monde.
Noé
Sur internet: un passeur perd son chemin, le mauvais temps,
Et, dans un reportage sur la BBC, je vois un climatologue dire que l’arche
A pris la direction de l’Europe avant d’être déviée violemment
Par le déluge et les satellites montrent que le capitaine installé
Dans la petite cabine fume du hash avec un verre de raki
Et jette de temps en temps un coup d’œil vers le ciel:
Dieu quand donc les colombes arriveront-elles?
Abraham
Au cours d'une réunion anti-immigration l’Union Européenne
Brandit le doigt et proclame: il ne faut jamais
Que ce monsieur s’installe en Europe
Car si déjà il a égorgé son fils,
Qu’est-ce qu'il fera ici?
Zana Delil, extraits de L’Europe et les larmes rouges des prophètes
Source: Poezibao
19:10
samedi, 17 octobre 2009
Clélie, la Carte de Tendre
15:08
A quoi bon un blog?
Congés forcés et salutaires, je dois garder Clélie cette semaine, on est chez mon père, elle ne va pas à l’école. Triangulation: Paris, Normandie, Nord. Le ciel est celui des photographies de la mare à Goriaux que j’ai retrouvées et publiées jeudi, ou c’est comme ça que je veux le voir (et les arbres, pas encore tout à fait dégarnis). En scannant ces photographies je me demande, pour reprendre les catégories de Depardon que j’ai découvertes en lisant Errance, si ce sont des windows ou des mirrors: fenêtres sur le monde ou miroirs ― me réfléchissant. J’y trouve les deux: les paysages sont fenêtres, les sols sans horizon sont miroirs. J’aime surtout la première photographie, celle où l’eau est comme un ciel, l’eau qui reflète le ciel avec comme une ligne d’horizon invraisemblable.
J’ai publié beaucoup de photographies jeudi, mais pas l’essentiel, du moins ce qui me paraît d’autant plus important que j’ignore où cela se trouve: la plupart de mes négatifs, soigneusement classés, si bien classés que, comme souvent cela m’arrive, je ne parviens pas à les retrouver. Quelques films étaient restés dans des pochettes, elles-mêmes dans des boîtes à chaussures, à la poussière du grenier: j’ai scanné des négatifs de Valenciennes, des Pyrénées (ceux-là, brûlés à la flamme du briquet après ébouillantage et piétinement), d’Auschwitz. Le reste, ce sont des scans de photographies, des formats 10/15.
Tout ça n’intéresse que moi, restes d’expositions locales, ou simples clichés de vacances (mais pour être honnête, je n’ai jamais fait de photos ni de musique ni écrit sans songer à la publicité, sans doute depuis ma première ébauche de roman à huit ans).
Pour le reste, les documents privés, j’en jette beaucoup, des lettres surtout, et je donne quelques photographies à Clélie: ses parents à deux, se souriant, se serrant. Parfois Clélie ne nous reconnaît pas: vingt ans, cheveux longs tous les deux. J’ai publié deux photographies qu’A* a prises de moi: la première dans notre studio lillois et la seconde sur un banc à Paris, nous avions vingt-et-un ans.
J’ai réécouté d’abord avec détachement et un peu de nostalgie les maquettes d’albums réalisées avec Eon entre 2002 et 2004, puis avec beaucoup d’émotion Mister Parachute Said, qui est, je crois, une chanson géniale, du moins les couplets, le break, et l’envolée surprenante à la Queen qui a toujours été plus belle dans nos têtes que sur mon douze-pistes. Ces mélodies qu’Eon créait et chantait si maladroitement, jusqu’à perdre la justesse du chant à mesure qu’il répétait, jusqu’à parfois se trouver dans l’incapacité de chanter ce qui lui était si naturel dans le premier jet, quand il débarquait chez moi le mercredi ou le vendredi après-midi, se précipitant dans le couloir dès que je lui avais ouvert la porte, et commençant à gratter : "Listen Pierre, I just got an idea, I think it’s fantastic", détachant les syllabes: fantastic, c’est le mot qu’il répétait le plus souvent en parlant de notre musique, et c’était sa façon de me motiver, c’est-à-dire de s’assurer que je continuerais de travailler avec lui, mais il y croyait sincèrement sans doute autant qu’il mesurait à certains de mes regards ou de mes silences ma propension à abandonner dès que je n’aurais plus de désir ou que j’aurais le sentiment de m’y perdre ― un jour il avait forgé l’adjectif gaytastic, aussi drôle et ridicule que j’étais refoulé, à propos de l’une des rares chansons que je chantais quand d’habitude je ne faisais que les chœurs: If I Stopped Moving, que ses amis anglais avaient selon ses dires trouvée so sexy à cause de mon accent français. Ça flattait mon narcissisme, et encore maintenant. La chanson est bonne ceci dit, je crois que je peux le dire pour en avoir composé, arrangé, débrouillé à peu près quatre-vingts en moins de deux ans qu’a duré le projet Plasticpopland.
J’ai retrouvé une photocopie de l’arbre généalogique réalisé par un oncle de mon père, l’oncle Henri, l’oncle évêque. Tous ces Dupont ont vécu à Bondues, près de Lille, du XVIIIe au XXe siècle, de Philippe, né en 1723, à Georges, le père de mon père, né en 1903, marié en 1930, mort en 1981 (je me souviens de son enterrement, et de l’avoir observé peignant un paysage à l’huile sur bois, perspective faussée d’un qui buvait trop, mais ça je l’ignorais à l’âge qui est celui de Clélie, cinq ans, c’était même plus tôt, je devais avoir quatre ans, puisque c’était pendant la dernière grossesse de ma mère, en 1979, et, calcul rapide, je n’avais même pas encore quatre ans). Tous ces Dupont sont privés de mémoire, au-delà de mon arrière grand-père Ulysse, le père de Georges et de l’oncle Henri, mort pour la France, lui, qui s’est engagé à quarante-quatre ans, laissant ses onze enfants : inconscience, bêtise, ou sacrifice pour permettre à l’aîné, Henri, qui avait dix-huit ans en 1914, de survivre et d’avoir le parcours brillant auquel on le sentait sans doute promis, celui d’un savant, historien, lettré, évêque d’une province orientale, que mon père considère, je crois, comme son père spirituel ― en quelque sorte le pendant érudit et responsable de son père alcoolique aux réactions d’enfant.
Montaigne avertit son lecteur qu’il est déraisonnable de tenter de le lire, qu’il réserve son œuvre à ses enfants: moi, je la destine autant à Clélie, qui un jour me lira, je l’espère, qu’à mon père, qui me lit régulièrement. Les autres lecteurs, je ne sais qu’en dire. Je les aime discrets et bienveillants, témoins de mes échappées quotidiennes, parce que savoir qu’on me lit entretient une espèce de devoir de continuer à écrire, et me rappelle souvent à ce devoir, m’évitant les pauses qui naturellement interrompraient mes histoires si je n’avais pas le souci du regard extérieur (ou intérieur, en repensant à la terminologie window/mirror ― Ah! Insensé qui crois que je ne suis pas toi!: citation éculée, et pourquoi pas…). Mais je préfère réfléchir avec le livre que je suis en train de lire, et en ce moment c’est Histoire de ma vie, de George Sand, qui dans les premiers chapitres évoque dans le désordre les familles de son père et de sa mère, aristocrates d’un côté, gens du peuple de l’autre, déplorant que la mémoire des seconds soit perdue dans l’oubli inhérent aux petites vies, aux vies minuscules, pour reprendre le titre révéré de Pierre Michon, espérant aussi que la démocratie naissante puisse faire enfin justice aux roturiers méritants. C’est bien un sentiment d’injustice qui lui fait écrire ces pages étonnantes, où elle critique Jean-Jacques tout en montrant à quel point elle l’affectionne, affirme péremptoirement qu’il faut dans sa vie écrire une fois pour toutes d’où l’on vient et qui l’on est et ne plus y revenir, décrit sa relation privilégiée avec les oiseaux qui la ferait passer pour folle et qui vient de son grand-père maternel (et qui me fait penser à ma mère). Laborit, que j'ai lu récemment, écrit qu’il est impossible de concevoir un monde meilleur puisqu’on ne peut l’imaginer qu’avec les représentations nécessairement limitées qui sont celles de notre époque, et c’est amusant de lire cette page où George Sand espère l’avènement des récits exemplaires de ceux qui n’avaient pas la parole avant la Révolution, quand on voit à quel point maintenant tout le monde se répand sur internet, parlant en son nom propre ou au nom d’une communauté, témoignant, donnant des conseils, échangeant, sans autre entrave qu’un respect élémentaire du droit, et sans hiérarchie des valeurs puisque seule la qualité du référencement compte, et l’événement planétaire du buzz ― ou, à moindre échelle, l’événement parisien, puisque c’est cet événement-là qui m’est le plus familier depuis quelque temps.
Ce qu’il faudrait, donc (je parle de mon hygiène personnelle), c’est ne pas faire événement, ce qui ne se résout pas pour moi à ne plus rien publier, mais qui m’oblige, pour être cohérent, et maintenir mon équilibre, à cultiver une forme d’isolement, qui m'apparaît avec d’autant plus d'acuité que je suis pour quelques jours à l’écart de Paris et de ses invitations constantes à une dispersion parfois heureuse, parfois concédée, parfois déprimante, de mon travail où je suis quotidiennement en contact avec des gens qui s’occupent d’événementiel et de communication, et du microcosme artistique où je suis encore une pièce rapportée. Je ne parle pas d’une tour d’ivoire (la terre m'intéresse plus que le ciel) mais d’une présence dans le seul espace où je sois à l’aise et parfaitement autonome, sans contrainte ni subordination, celui qui porte le nom idiot de blog.
01:48
jeudi, 15 octobre 2009
Aubry-du-Hainaut, le clocher
22:06
La mare à Goriaux, janvier 2004
20:35



