dimanche, 29 novembre 2009

Rature, roture

Enfermé dans une langue, je définis, lis, apprends des définitions, les cherche, les approche, les paresse, me tiens à distance parfois, glisse autour, évalue les mots, leur charge séculaire. L'étymologie est une science froide, remuement jusqu'à moi, et finalement j'emploie un mot, non pas le bon usage, mais un usage que je voudrais neuf, comme si c'était possible: terminaisons nerveuses autant que verbeuses, bégaiement de l'enfant, celui qui ne sait parler, dit l'étymologie - cette imposture, cet artifice qui consiste à préciser, parfois: "entendez le mot dans son sens étymologique": la conscience d'un sens qu'on ne connaît que par l'histoire de la langue, qui est une science et qui n'est que cela, exploration de l'écrit, des glissements de la langue dont l'écrit porte la trace.

Alors il n'y aurait que la poésie pour échapper à l'usage, à l'usure, à la manipulation, à la critique même, qui tout rattrape. On reconnaîtrait la poésie où les mots paraissent neufs. Mais cela ne suffit pas - ce n'est encore qu'un cliché.

Il y a une étrange manie chez nous qui consiste à vouloir ressembler à ce que nous serions idéalement, des animaux, et une autre, tout aussi étrange, qui consiste à tenter la mort par des addictions, périls quotidiens que seuls nous autres hommes tolérons: alcool, cigarette, messages instantanés, télévision, spéculation immobilière, etc. Ensevelissement quotidien, perte du regard à la dispersion du regard d'où je tente une parole immédiatement vaine: mon discours dépareillé comme ma vie - vita: mon reproche, c'est que l'étymologie, à travers elle mon apprentissage, en m'enseignant des règles et me contant la vie des mots, m'a longtemps caché que je portais, dans ce qu'on appelle l'inconscient, les mots de mes ancêtres, les mots des autres. Machine à mots faite pour les mots, comme tout le monde. Famille de mots, mots de famille, exercice du dépit et de la langue boîteuse, je me soupçonne quelque tare langagière comme en la plupart des âmes roturières: je m'interdis tout usage du noble langage admiré ou ne le choisis qu'à la joie du pastiche - dans tous les autres cas je me débrouille avec mon modeste héritage.

(On ne devrait pas laisser le peuple entrer dans l'intimité des cages de luxe. Malheureusement les écrans sont partout, la multiplication des images appauvrit l'imaginaire, la passion de la communication rend caduc le salut par la solitude.)

Je suis trop obsédé par l'enracinement ancestral des mots, et trop attentif aussi à leurs jeux de surface, collusions et mariages, pour raconter autre chose que des histoires de mots. Si je veux raconter quelque chose, si j'ai la vanité de raconter quelque chose qui soit un récit, une anecdote, invariablement ce sont les mots eux-mêmes que je finis par raconter, décrire, mettre en scène.

vendredi, 27 novembre 2009

Neimad

"Je suis né dans un blède de bourges de parents post 68tards d'une vingtaine d'années, hippies sur les bords, et trop jeunes pour avoir un enfant. Grands-parents cheminots communistes d'un côté et francs-maçons de l'autre, mais la famille c'était nous 3, et les potes de mes parents. J'ai été élevé dans une pure tradition de gauche anti-cléricale, Télérama, Libé, et l'écho des savanes. Mon père m'emmenait à la maternelle accroché à lui par une grande ceinture de cuir sur sa vieille moto avant d'aller vendre des couteaux sur les marchés, ma mère, elle, venait de passer le diplôme d'institutrice après un Deug d'arts plastiques à St Denis. J'ai plutôt de bons souvenirs de cette période, les fêtes de Noël où flottait toujours l'odeur du bedo, la fête des cerises dans le parc de la mairie, les vacances à Oléron ou sur les plages enneigées de Normandie, la femme du boucher qui a tué son mari et sa fille de 4 ans à la carabine après avoir demandé à la boulangère si ma mère était partie en vacances, la classe-Amérique au Michigan en CM2, le premier mec à me lécher la bite la même année.

Après on a déménagé d'un appart en centre-blède à un corps de ferme délabré dans un village entouré de forêts plus au nord. C'est à cette époque que mon père s'est fait un faux diplôme d'ingénieur et que l'alcoolisme de ma mère s'est aggravé. En 5ème je suis parti au Québec avec les éclaireurs de France et de là a commencé ma passion des voyages, j'ai convaincu mes parents d'aller en Californie l'été suivant. Comme j'avais la plus grande baraque et les parents les plus cool mes potes faisaient le mur pour faire la fête chez nous, c'était bien tranquille, les plants de beu dans le jardin, les bières achetées par mon père, les premières cuites à 12 ans, le baby-foot. On avait pas de thune (le crédit sur 20 ans pour la maison et les salaires médiocres) mais on a jamais manqué de rien, mes parents avaient défini des priorités, récup et système D, on achète pas de meubles, on dépense pas 10 mille balles par tête pour une semaine au ski, on emmerde le clinquant, et on se fait plaisir. Chez moi c'était la maison du bonheur, toujours quinze mille personnes qui squattaient. On bouffait le saumon fumé comme du jambon, on passait les vacances de février entre la Floride et la Guadeloupe, je portais des Doc et un long manteau noir acheté en fripes à New-York, j'écoutais de la Pop Anglaise et faisais des manifs anti-nucléaire, j'avais des bagues sur les dents, des boutons plein la gueule et les cheveux mi-longs gras façon Grunge. Ensuite je suis rentré au lycée, je suis passé au Trip-Hop, aux Caterpillars, et au piercing dans l'arcade sourcilière, de la kro à la vodka, de Blur à Cypress Hill, de la BX à la Jaguar, du splif au bang et à l'opium, les fêtes dans la forêt et les champs de poires, l'été en Amérique du Sud et Pâques au Sri-Lanka, je suis même allé au Festival de Cannes. Une jeunesse banale, avec des potes qui s'entretuent à la carabine et les kailles qui t'agressent au couteau dans le train pour Paris.

Tout le monde me voyait bosser dans la com ou être journaliste, j'aimais par-dessus tout parler avec les gens, faire de nouvelles rencontres, j'ai alors décidé de m'inscrire à la Sorbonne Nouvelle en lettres modernes, je voulais une vie parisienne, comme je me faisais royalement chier je me suis barré en cours d'année en Thaïlande avec une copine de fac. En rentrant j'ai bossé comme ventouseur, l'été de la coupe du monde, je passais mes journées dans la rue à lire des bouquins et garder des places de parking jusqu'à l'arrivée des camions de tournage, je suis devenu intermittent du spectacle, payé 8 mille balles pendant 1 an à ne rien foutre, alors j'ai bougé en Inde et au Cambodge. Je montais sur Paris dans la Mégane-Scénic de mon père pour profiter de la folie engendrée pas la French-Touch, à 12 dans la caisse à passer de soirées en soirées, avec le Y2K pour apogée, j'ai commencé à avoir une vie sexuelle, et un avant goût de la ville. J'ai pris un studio dans le 3ème, j'ai commencé à bosser comme serveur dans des bars gay pour le loyer, je me suis fait un réseau, j'ai déchanté quand un pote en a tué un autre en lui foutant le feu. Je suis parti 3 mois en Asie, de Bangkok à l'Indonésie, en passant par Singapour et le Laos, au retour je me suis inscrit aux Langues'O en indonésien et géopolitique du monde insulaire asiatique, c'était passionnant mais l'appel de la thune m'a poussé à choisir de bosser pour Costes à la place, mes parents m'ont offert l'appart où je vivais, j'ai déménagé rue d'Aboukir chez mon mec, ce qui n'était pas une bonne idée, j'ai lâché Costes pour le Cab qui m'a lâché à son tour, j'ai habité chez une copine qui m'a "initié" à la coke, c'était gratos, je suis tombé dedans. Black-out de deux ans où mon monde s'est effondré, le 11 septembre, lepen au deuxième tour des élections présidentielles, bush, les Français qui se sont mis à regarder la transformation de beaufs arrivistes en stars orchestrée par des multinationales et à rêver de faire pareil. Je n'ai pas bossé pendant ces 2 années où je me réveillais le matin en pleurant, alors j'ai acheté un ordinateur, me suis cloîtré chez moi, ai perdu confiance, en l'autre, en moi, en tout. Pour finir ma mère est partie vivre en Guadeloupe où elle fait 3 tentatives de suicide par an, et j'ai ouvert un blog.

Le 7 novembre dernier j'ai eu 27 ans, c'est la première fois qu'un anniversaire me laisse aussi serein, j'ai envie de retrouver mes priorités, redécouvrir qui je suis, recommencer à prendre du plaisir, et simplement ne plus avoir peur d’avancer."

Source: http://neimad.blogspot.com/

mercredi, 25 novembre 2009

Fumer

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La Chapelle
à l'entre-deux-gares,
entre-rails,

au fond d'un verre
un fond d'alcool transparent
et les entrailles
lacérées,
la vie rapetissée
et le décompte des oiseaux
formant un V diversement régulier au ciel boréal

Je ne sais si c'est à cause de l'appel ce matin, Camille,
ou les révolutions en cours,
les levers de l'aube et les crissements sur les rails au loin,
les taches organiques sur les serviettes blanches
ou les orgasmes à venir qui parfois s'épuisent peau à peau,

Dieu est inconscient
est très loin
dans une zone
qui n'est
pas
de
sens,

la crue, crudité, l'hiver engouffré,
les oiseaux migrateurs migrent encore fin novembre
— où, l' éclat?

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samedi, 14 novembre 2009

Sans titre

Je vais abandonner ce blog quelque temps, et reviendrai tôt ou tard, pour un autre chantier. Le travail entamé en mars 2008 est achevé, reste à savoir ce que je vais faire de cette matière première. Je ne peux plus écrire comme j'ai écrit depuis le début: ce serait une caricature de moi-même.

dimanche, 08 novembre 2009

Sans titre

Il faudrait plier ce blog en quatre et le glisser dans une pochette, l'oublier et le laisser jaunir.

lundi, 02 novembre 2009

Compositions

Acheté un beau joujou d'occasion: boîte à rythmes Zoom RT-223. Programmé quatre patterns. Rapide et vertigineux, plein de possibilités. L'intuition et la technique sur un petit boîtier que je peux emporter partout. Depuis dix ans j'utilisais la boîte à rythmes de mon synthé Yamaha, qui me paraît maintenant bien pauvre.

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Cimetière hier, compositions, tombes fleuries.

Vu Xavier et Niko.

Lille-Paris, quatre heures de pluie, bouchons à l'entrée de la capitale.

Yves-Noël, dans l'avion pour Singapour. Parti avec un très beau costume froissé qu'il avait acheté pour un personnage de suicidaire qu'il n'a jamais joué. Chemise blanche XS avec poches bizarrement et joliment cousues au-dessus des pectoraux, comme accrochées aux épaules.

Installé une clé wifi sur mon pc. A nouveau connecté.

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