jeudi, 29 avril 2010

Sans titre

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Perspective d'intangibilité, point de fuite amoureuse, points de fuite amoureux, ce qui reste à portée, désert d’une salle de cinéma, tremblements au miroir de la Seine, je suis un comédien occasionnel, ma peur est animale. Sur une photo dans l’encadrement de ta fenêtre je me sens comme un amant d’Hervé Guibert, et ce portrait à la buée d’une fenêtre, l’empreinte de mes lèvres comme font les enfants, nous sommes en suspens, lendemain caresse des salives, au revoir à l’entresol, nous sommes en suspens, j’ai deux vies, je n’en aurai pas trois, une diseuse de bonne aventure me dit l’argent coule de mes poches, les chiffres de ma vie, je monte deux chevaux en même temps, comment je fais : je parle ma langue qui n’est pas la tienne, ce n'est pas raison que tu emploies ton loisir en un sujet si frivole et si vain. Je resterai dans le rectangle bleu de ta fenêtre, nu au soleil du dernier dimanche, et les toits comme sont tous les toits de la vieille cité, et dans la bouche le goût de toi, comme je murumurais à ton oreille des vers désemparés, tu les répétais en t'endormant, à qui le ferai-je encore, et les tremblements au miroir de la Seine après le désert d'une salle de cinéma, et à l'écran les crachats pleins de sang, la déroute au profond de la forêt: au revoir, amour, ma vie ne m'intéresse plus, petite fille portait des mots coups de poignard, l'alliance abandonnée à la verdeur de la forêt, les images volées, disait je suis très déçue. Ma vie ne m'intéresse plus, je l'abandonne au premier venu, au vin nourrissant, au soleil, à l'inouï, à d'autres sols, à l'imagination absolue.

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mercredi, 28 avril 2010

Impression de la couleur jaune

(Lu sur mon téléphone.)

[...] Je ne me pose plus la question, j'attends la surprise, à heure fixe. Disons, période fixe. Mais la tour, l'association, ce que je veux dire c'est que si tu n'as rien à répondre, tu ne réponds pas ou tu réponds, comme tu l'as fait, là. Ou alors tu me réponds, mais pas forcément répondre à ce que j'écris, tu écris ce que tu veux. Ou tu n'écris pas, tu choisis, selon ton humeur, ton envie. Tu réponds ce que tu as en tête par rapport à mon mail. Ou ce que tu as dans la tête, comme ça, sans forcément qu'il y ait un rapport avec mon mail. Tu fais comme tu veux donc, c'est libre. C'est selon toi, avant tout. Pas moi.

[…] je marchais entre la place de San Babila, je sortais juste du métro, et je me dirigeais vers la via del Conservatorio, la faculté. Bâtiment jaune. Jaune, la faculté. Il n'y a qu'en Italie qu'on voit des facultés jaunes. Derrière la faculté, ou à côté puisqu'il y a une salle qui est "perpendiculaire" à l'université, le conservatoire. L'aula 1, parallèle au conservatoire, qui lui même est parallèle à la faculté jaune, selon l'angle. Donc la faculté jaune, l'aula 1, et le conservatoire. Je me dirigeais vers la faculté jaune, à partir de la piazza San Babila, métro San Babila (venant moi même du viale Monza, métro Villa San Giovanni) […]

vendredi, 23 avril 2010

Canzoniere de la stupéfaction

Chansons: limonades éventées, fraîcheur des bulles (elles vous éclatent, minuscules, à la gueule, du verre glacé que vous approchez des lèvres).

J'y suis exactement, et je n'y suis pas du doute: fourrer le pied dans la chaussure d'un autre, et chanter en habits dépareillés.

Eyetracking.

Les poèmes disent le réel (éclats), la liberté (sans conséquence), les voyages (inutiles), les pierres (fissurées), les stations (sereines), l'enfance (terminée).

Alors je suis dans ma chambre comme je suis dans ma tombe ou sous la lumière (inexorable) du soleil, c'est tout un.

Il dit: je ne suis pas serein, mais je suis dans ma chambre, etc.

Et aussi: on me dit que j'abuse / je me sens justifié (et précise: par l'humaine souffrance, par les epoirs déçus, par l'écrasement dense des journées superflues).

Quelqu'un parlait du référencement, du management éditorial et des crimes ergonomiques, c'était une réunion à La Défense. Sur mon cahier à spirales je notais en marge: hier soir ma nudité avait une odeur de cadavre.

Il y avait des cris d'enfants dans la cour de mon immeuble, je me servais un verre de vin rouge australien, le sang, le dégoût, et la radio parlait inlassablement du président polonais.

Ou comme une bouée pour se noyer plus encore.

mardi, 20 avril 2010

Situation

Il y a plusieurs façons d'apprécier ce que tu écris...

La première est celle qui est concomitante au mouvement même de l'écriture, et si tu as cette impulsion, ce désir d'écrire, et si les mots se mettents à jouer sur des rythmes de 6, 8, 10, 12 (ou d'une autre manière), il y a une grande jouissance liée à la naissance d'une forme, mais ce plaisir du faiseur n'est pas un signe de qualité!

Deuxièmement, toujours dans le temps de l'écriture, j'ai (puisque c'est de mon expérience que je parle) la conscience de certains emprunts, connexions, allusions, effets, détours, etc. qui sont provoqués ou qui surviennent spontanément. Mais quand même, il y a cette conscience de l'intertexte, d'un positionnement par rapport à d'autres formes connues (et aussi par rapport à ce que j'ai fait auparavant et ce à quoi j'aspire dans l'écriture).

Troisièmement, il y a la lecture à froid, ou la lecture a posterirori, le lendemain, un an après... Parfois ça fait mal. Suppression, réécriture...

Et j'oubliais, pour ce qui me concerne, très souvent, juste après la publication, en lisant le texte à l'écran, sur la page du blog, des erreurs. Alors je me repens, plusieurs fois, j'y reviens, jusqu'au lendemain, et il y a un moment où ce n'est plus la peine d'agir, c'est fixé et c'est bien comme ça.

Le plus significatif pour moi, c'est une espèce d'équilibre entre la spontanéité de l'écriture et une canalisation formelle qui ne doit pas gêner le jaillissement des phrases (c'est-à-dire ne pas prendre trop de temps, ne pas trop occuper la réflexion, ne pas nuire à la nouveauté qui se présente...)

Je ne sais pas si ça répond à ta question...

D'autres évidences pour moi: ne garder que ce qui me paraît profondément juste (juste: terme musical et moral...). Ne pas juger, rester factuel le plus possible, objectif, produire des textes objectifs ou plutôt objectaux (mais le mot m'embête, avec ses connotations psychanalytiques).

Tu écris, tu as envie d'écrire, tu tournes autour, c'est bien de toute façon! Il faut que tu trouves ta maturité, ton propos, que tu te situes, dans la littérature et dans le monde surtout (de bien grands mots, mais écrire c'est ça, sans aucun doute, ce n'est pas juste écrire dans son coin de petites choses pour faire joli ou pour se faire plaisir). Que tu trouves ta langue, ta langue à toi dans la langue commune.

Sinon, c'est vrai que j'ai "honte", comme tu dis, de mes premiers blogs, mais c'est aussi lié à mon histoire personnelle. C'était une écriture travestie, et ce n'est plus comme ça que j'écris. Enfin, je ne généralise pas, j'ai publié Lacrimae Christi sur mon blog actuel.

Tiens, au fait, sitio!, nouvelle idée, après avoir lu une conférence du Collège de France sur Barthes. Sitio = "j'ai soif" en latin (dernière parole du Christ en croix). Mais aussi: lieu, endroit, site.

Pour le reste... le reste... Mon week-end m'a fait du bien:

Etretat - lieu symbolique pour moi

Ecriture fabuleuse (la fable, les clés, Barbe-Bleue, t'en souvient-il?)

Peurs diverses

Poèmes de Houellebecq

Nouvelles chansons (une par jour, j'espère, pour une semaine de la création)

Douche pénétrante dans un sauna

Lecture de cette conférence (éclairante) sur Barthes (éclairante sur moi!)

Découverte de Pierre Molinier (photographe travelo)

Magnifiques photos de Bettina Rheims dans son expo à la BNF

Quelques sms échangés avec Yves-Noël, mais il ne faut pas qu'on se voie en ce moment

Début d'un long texte, que j'écris sur un carnet, mais que je vais peut-être réécrire, on verra...

Massage thaïlandais (une première)

Veille dans la nuit de dimanche à lundi (je ne me suis pas couché, j'ai fait une chanson)

Au final, ça va plus ou moins...

YN dit sur son blog que c'est compliqué entre nous en ce moment, en s'adressant à Nicolas Maury... Je n'ai pas lu tout ce qu'il a écrit, j'ai lu en diagonale, et plus précisément certains passages. YN, c'est peut-être le journal "à mort" que rêve Barthes, pour qui l'écriture d'un journal n'a d'intérêt qu'à condition d'y "travailler à mort".

C'est compliqué, et de fait c'est rompu, quelque chose est cassé. Je ne sais pas encore si ça peut être pansé, ni comment. D'où la solution de l'amour imaginaire, qui m'est venue en relisant Laborit à Etretat.

[…]

samedi, 17 avril 2010

Amour imaginaire

Comme l'été de la première rupture, je recopie les pages de mon carnet dans un cybercafé. Je me suis allongé une heure sur la plage, soleil intense, vent froid, puis je me suis assis à la terrasse d'une brasserie. J'ai fait quelques photos des passants, silhouettes déformées dans un verre à pied laissé sur la table.

La rupture fut lente, d'abord, plusieurs mois, comme dans le poème de Houellebecq, "et les corps qui se désunissent", le manque, les reproches, "nos regards ne sont plus complices", puis je lui rendis ses clés puisqu'il me les réclamait, c'était avant-hier, elles étaient tachées de soupçons - dans la prairie qui verdoie, et sur la route qui poudroie, on ne verra jamais rien venir.

La fable est sombre.

J'attends le serveur, qui est déjà passé plusieurs fois sans me voir, ou trop affairé.

"The more you try to erase me..." dit la chanson, et jamais je n'entends la suite, je ne sais s'il y a menace.

C'est la forme qui me sauvera, moi, le culte de la forme, renversements d'accords, cadences suspendues, blue notes.

Dans la voiture je formulais cet aphorisme trivial: mon passé comme de la merde séchée dans les sillons d'une semelle.

Le serveur est bien joli, il m'a apporté une bière blanche.

Je te propose l'amour imaginaire!

Les galets d'Etretat me paraissent minuscules, j'en choisis cinq, je me demande si j'ai l'air d'un Parisien ici, je fais quelques autoportraits pour fixer mes cheveux tondus - puisque tu ne les serreras plus entre tes dents.

A la fin du poème: "je marche seul, qu'est-ce que je dis, la vie est rare, la vie est rare", et dans mon précieux livre: "Le seul amour qui soit vraiment humain, c'est un amour imaginaire, c'est celui après lequel on court sa vie durant, qui trouve généralement son origine dans l'être aimé, mais qui n'en aura bientôt plus ni la taille, ni la forme palpable, ni la voix, pour devenir une véritable création, une image sans réalité. Alors, il ne faut surtout pas essayer de faire coïncider cette image avec l'être qui lui a donné naissance, qui lui n'est qu'un pauvre homme ou qu'une pauvre femme, qui a fort à faire avec son inconscient."

Etretat, le 17 avril 2010.

vendredi, 02 avril 2010

L'Etoile me répond par mail

"Ne pas se soucier de paraître. Être, seul est important. Et ne pas désirer, par vanité, une trop hâtive manifestation de son essence. D’où ne pas chercher à être par pure vanité de paraître; mais bien parce qu’il est seyant d’être tel.

8 août

Mon esprit ergotait tantôt, pour savoir s’il faut d’abord être, pour ensuite paraître; ou paraître d’abord, puis être ce que l’on parait? (Comme ceux qui achètent d’abord à crédit, puis, après, s’inquiètent de la somme qu’il faut pour solder leur dette; paraître avant que d’être, c’est s’endetter envers le monde extérieur.) Peut-être, disait mon esprit, l’on n’est qu’en tant que l’on paraît. D’ailleurs les deux propositions sont fausses, séparées:

c’est pour paraître que nous sommes;

c’est parce que nous sommes que nous paraissons.

Il faut joindre les deux dans une réciproque dépendance; on obtient alors l’impératif souhaité: il faut être pour paraître. Le paraître ne doit pas se distinguer de l’être; l’être s’affirme en le paraître; le paraître est la manifestation immédiate de l’être".

André Gide, Journal

Sans titre

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