jeudi, 20 mai 2010
Sans titre
C'est curieux ce qu'il dit, le garçon de Ménilmontant, il parle de la quatrième dimension, et sans doute à un degré encore au-delà, ses phrases éraflées, cloisons à l'infini comme deux miroirs bouche-à-bouche, livrant sans pudeur le cours de sa vie, mannequin, chanteur, cinéaste, et finalement chroniqueur professant l'art de la chronique, et la sagesse dispensée à un moins-que-rien comme on chie un livre à la main: "faut que t'apprennes le rien, en même temps j'ai pas trop de respect pour ces gens affalés comme des baleines à longueur de journée, alors faut que t'apprennes à doser".
Puis un vendeur de roses s'accroupit, à la balafre amoureuse, testicules ensevelis, et disparaît dans l'air quand soudain je lève la tête, livresquement étourdi de contempler l'absence d'étoiles dans le ciel de Paris.
Un autre dit: "il y a des mots qui contraignent et des mots qui adoubent", et que c'est pour moi quand glisse sur le boulevard la sirène des pompiers, son âge d'entre-deux, une geste merveilleuse concentrée dans l'archive de son corps, les vagues sur la peau d'une veille prolongée, où s'enfouir encore et préparer la suite.
La blancheur absolue, je ne l'ai encore jamais vue, alors je poursuis le vent, l'humidité du soir tombant, le charriot céleste des amours inédites. Ainsi les garçons peuplent mes rêves et mes journées jusqu'à l'épuisement de mon cahier. La coupe n'est pas encore pleine de mon ahurissement, le lit recomposé chaque nuit d'un invraisemblable désir de lendemain, le crédit de mes années à l'agacement d'une roulette russe.
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