vendredi, 21 mai 2010
Sans titre
A la faveur du soir, le décompte des heures, l'anniversaire de ma fille, je suis loin et l'appelle comme elle achève son repas, je compte six années en pointillé, les silences et les je t'aime, défilement de la télévision, quelque part près des falaises.
Sans doute elle s'illumine quand tombe la nuit, la statue équestre du roi Henri IV dans une cage métallique, c'est une commémoration entre marée noire et déficit, les maîtresses du roi, les faiblesses du roi, les diseurs d'information, quatre cents années de chroniques menteuses.
Il y avait eu la longue journée de formation, le quartier des formations et le bâtiment des formations dans un arrondissement excentré, et dans le fil des souvenirs, dans l'égarement matinal, des lycéens aux cils précieux à la fraîcheur du boulevard, consumant l'heure d'insouciance avant l'étude laborieuse, les cheveux blancs du formateur prêchant en paroles privées, et cette confidence intruse au milieu d'un festin de chiffres: "mais l'aléa est au centre de nos vies".
Avant de m'échouer ici je longeais la rue de Buci, encombrée maintenant d'étudiants héliotropes, les filles terrassées parlant aux garçons passionnés, levant les yeux si haut et vers l'ouest, je ne savais rien de cela, ne faisais que passer par là, croisant et recroisant ce garçon dégarni de cheveux et de chair, le cadran de sa montre aux aiguilles figées, il errait d'un bus à l'autre, échappé d'une banque ou bien d'un ministère.
Comme on m'interdit le Café de Nesle je continuai jusqu'aux berges voisines, à Paris tout ce qui s'appelle Neuf porte le sceau de l'ancien, les colloques sentimentaux dans les niches de pierre, les péniches dérivent, leurs accents sont divers, le ciel de plus en plus transparent, les mégots se mettent à virevolter autour d'un vieil homme à sa canne appuyé, et déjà s'allume la cage métallique en vulgaires néons au milieu du Pont Neuf.
Ecrit le 20 mai 2010, dans une niche du Pont Neuf et au Benjamin.
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