lundi, 31 mai 2010
Ainsi le piteux amant, avait la tête appuyée:
vendredi, 21 mai 2010
Sans titre
A la faveur du soir, le décompte des heures, l'anniversaire de ma fille, je suis loin et l'appelle comme elle achève son repas, je compte six années en pointillé, les silences et les je t'aime, défilement de la télévision, quelque part près des falaises.
Sans doute elle s'illumine quand tombe la nuit, la statue équestre du roi Henri IV dans une cage métallique, c'est une commémoration entre marée noire et déficit, les maîtresses du roi, les faiblesses du roi, les diseurs d'information, quatre cents années de chroniques menteuses.
Il y avait eu la longue journée de formation, le quartier des formations et le bâitment des formations dans un arrondissement excentré, et dans le fil des souvenirs, dans l'égarement matinal, des lycéens aux cils précieux à la fraîcheur du boulevard, consumant l'heure d'insouciance avant l'étude laborieuse, les cheveux blancs du formateur prêchant en paroles privées, et cette confidence intruse au milieu d'un festin de chiffres: "mais l'aléa est au centre de nos vies".
Avant de m'échouer ici je longeais la rue de Buci, encombrée maintenant d'étudiants héliotropes, les filles terrassées parlant aux garçons passionnés, levant les yeux si haut et vers l'ouest, je ne savais rien de cela, ne faisais que passer par là, croisant et recroisant ce garçon dégarni de cheveux et de chair, le cadran de sa montre aux aiguilles figées, il errait d'un bus à l'autre, échappé d'une banque ou bien d'un ministère.
Comme on m'interdit le Café de Nesle je continuai jusqu'aux berges voisines, à Paris tout ce qui s'appelle Neuf porte le sceau de l'ancien, les colloques sentimentaux dans les niches de pierre, les péniches dérivent, leurs accents sont divers, le ciel de plus en plus transparent, les mégots se mettent à virevolter autour d'un vieil homme à sa canne appuyé, et déjà s'allume la cage métallique en vulgaires néons au milieu du Pont Neuf.
Ecrit le 20 mai 2010, dans une niche du Pont Neuf et au Benjamin.
jeudi, 20 mai 2010
Sans titre
C'est curieux ce qu'il dit, le garçon de Ménilmontant, il parle de la quatrième dimension, et sans doute à un degré encore au-delà, ses phrases éraflées, cloisons à l'infini comme deux miroirs bouche-à-bouche, livrant sans pudeur le cours de sa vie, mannequin, chanteur, cinéaste, et finalement chroniqueur professant l'art de la chronique, et la sagesse dispensée à un moins-que-rien comme on chie un livre à la main: "faut que t'apprennes le rien, en même temps j'ai pas trop de respect pour ces gens affalés comme des baleines à longueur de journée, alors faut que t'apprennes à doser".
Puis un vendeur de roses s'accroupit, à la balafre amoureuse, testicules ensevelis, et disparaît dans l'air quand soudain je lève la tête, livresquement étourdi de contempler l'absence d'étoiles dans le ciel de Paris.
Un autre dit: "il y a des mots qui contraignent et des mots qui adoubent", et que c'est pour moi quand glisse sur le boulevard la sirène des pompiers, son âge d'entre-deux, une geste merveilleuse concentrée dans l'archive de son corps, les vagues sur la peau d'une veille prolongée, où s'enfouir encore et préparer la suite.
La blancheur absolue, je ne l'ai encore jamais vue, alors je poursuis le vent, l'humidité du soir tombant, le charriot céleste des amours inédites. Ainsi les garçons peuplent mes rêves et mes journées jusqu'à l'épuisement de mon cahier. La coupe n'est pas encore pleine de mon ahurissement, le lit recomposé chaque nuit d'un invraisemblable désir de lendemain, le crédit de mes années à l'agacement d'une roulette russe.
mercredi, 19 mai 2010
La société industrielle et son avenir
Sans titre
Sur le chemin de la trombe, la rutilance des boutons d'or, la vaste friche du jardin paternel en mer de larmes commué, l'inquiétante pauvreté du voyage, l'écrasement fécond à chaque seconde et le coup de partance, l'à-la-ligne décoratif des poèmes d'à-peu-près, la responsabilité-couperet à la commissure du discours, l'inconséquence de tout cela, cette rageuse figure où tout un monde divise la tristesse des yeux perdus, le remuement anal et l'hécatombe des sens, les lèvres roses, si roses d'une jument qui passait par là, l'oubli maîtrisé des tâches quotidiennes, les mains rassurantes dans les poches garnies de presque rien, les retournements de situation comme on s'écroule sous un corps dense et mat, frappements orgiaques d'une nuit vraiment noire.
Ce que je vis dans la stupeur de tout cela, je mangeai la fumée de quelques cigarettes moribondes pendant qu'un chat miaulait d'abandon puis sous le bruit des voitures, pauvre sol fracassé, lèvres closes maintenant, lèvres d'encre noire. Les arrestations se multiplient depuis le réchauffement de la planète, la distribution des mauvais rôles, les coups de scalpel, la médecine de l'âme, la facture des corps contemporains, la chirurgie expiatoire où l'on vous rapièce un morceau de cervelle ni vu, ni connu.
mardi, 18 mai 2010
Du trop de réalité
Ouvert ce livre important, qui me pète joyeusement la cervelle.
samedi, 15 mai 2010
Poème trompeur
Je me demande s'il y a quelque chose d'intéressant à dire sur les milieux. Dans la bibliothèque: Catéchisme pour adultes, Psychanalyse et éducation, Veritatis splendor, le nom de Jean-Paul II sur les tranches de plusieurs livres, La Bible des peuples, la Bible en hébreu, une petite Holy Bible: "And after these things I saw another angel come down from heaven, having great power; and the earth was enlightened with his glory. And he cried out with a strange voice, saying: Babylon the great is fallen, is fallen; and is become the habitation of devils and the hold of every unclean spirit and the hold of every unclean and hateful bird. Because all nations have drunk of the wine of the wrath of her fornication, and the kings of the earth have committed fornication with her, and the merchants of the earth have been made rich by the power of her delicacies." Je suis toujours frappé par cette narration à la première personne. Depuis longtemps je n'ai pas lu un livre de la première à la dernière page. A Auchan, les livres sont classés par genre: science-fiction, policier, sentimental, littérature générale. Dans la dernière catégorie, ou la première si l'on remonte le rayon depuis l'allée centrale: Salambô, les Fables de La Fontaine, je ne sais quels romans d'Amélie Nothomb, Marc Lévy, Jonathan Littel, et le Traité d'athéologie de Michel Onfray, que j'achète. Pour demain midi je prends du riz cantonnais surgelé et des nems. Pour mes maigres réserves parisiennes: lait, boissons bio aux céréales, compote de pommes, mousse à raser, déodorant, lingettes papier-toilette. J'ai oublié la laque, c'est stupide.
Sur France Inter, ce matin, Charles Dantzig avait quatre minutes pour définir le chef-d'oeuvre. Je repense à ce passage de La Vie Matérielle où Duras cite sa liste de courses. Yves-Noël est à Bruxelles, c'est la gay pride: "Mon amour, je suis bourré, mais j'ai envie de t'appeler très fort MON AMOUR! Pardonne-moi. J'ai envie de t'emmener sur une plage du Pays de Galles, libre de tes attaches, avec moi pour toujours, même si ce jour n'a pas de jour."
Dans les brumes d'un sauna gay,
Le jeudi de l'Ascension,
Je dévisageais sans façon
Les garçons les plus distingués.
Le dernier mot sonne faux. A Auchan, une meute de femmes me dévisage, truly outrageous, fornicatrices. Je me demande si j'ai la gale, si j'oserai publier ça, avoir la gale, penser avoir la gale, depuis ce matin, parce que ça m'a démangé, les mains, après la douche. Dans le jardin, j'observais un pot en terre cuite renversé au milieu des plantes folles: je pensais à ma mère, son corps décomposé, son allure égyptienne, égyptienne, le seul adjectif qui convenait, la robe de velours sombre, les broderies folkloriques qui n'avaient pourtant rien d'égyptien. Dans le salon il y a toutes les générations. J'allume une petite bougie dorée que je plante dans un bougeoir trop grand, il y a encore des stocks de bougies achetées par ma mère, il y en a encore pour quelques années, au rythme où je les consume. Je remplace la distinction par la fatigue, c'est un autre critère, pas le mien, celui du poème en devenir. Je préfère l'octosyllabe à l'alexandrin, souci de la concentration.
Dans les brumes d'un sauna gay,
Le jeudi de l'Ascension,
Je dévisageais sans façon
Les garçons les plus fatigués.
Mon amour était à Bruxelles,
Me donnait très peu de nouvelles.
Je mettrais un tiret avant "Mon amour". Je ne sais pas pour qui j'écris. Je connais quelques-uns de mes lecteurs, mais je ne sais pas pour qui j'écris. "M'envoyait de rares nouvelles", plutôt, corbeille aux mots. Horizon d'attente: déplacer, décevoir, contrarier, brouiller, accélérer, bondir. Sinon, vivre de quoi? Désamorcer le discours, à quoi bon. Mépriser les séduction du discours, mépriser toute entreprise d'auto-justification, toute allégeance à la médiocrité morale.
Nous rêvions du Pays de Galles
Sur nos écrans de téléphone...
Maintenant, le tiret, avant "Nous rêvions", le curseur se déplace.
La distance nous illusionne
Plutôt:
Il rêve du Pays de Galles
Puis un paradis nous façonne
A l'écran de son téléphone
— Mais j'ai dû attraper la gale.
Ascension, paradis, bas-fonds, chute, recopier, relire, scruter, sons, rythmes, système des pronoms, système des temps:
Le jeudi de l'Ascension,
Dans les brumes d'un sauna gay,
Je dévisage sans façon
Les garçons les plus fatigués.
Mon amour parti à Bruxelles
M'envoie quelques rares nouvelles.
Il rêve du Pays de Galles
Puis un paradis nous façonne
A l'écran de son téléphone
— Mais j'ai dû attraper la gale.
Méthode, conduite: se garder d'interroger quoi que ce soit, ces cartels dans les musées, le peintre qui interroge la peinture, la couleur, la toile, le format, etc.
"Paradis": objet, sujet...
vendredi, 14 mai 2010
Autoportrait
Revue de presse versifiée
[Sources: chroniques de France Info le 13 mai, Le Point daté du 13 mai. Les formules des journalistes et des personnes mentionnées sont reproduites le plus scrupuleusement possible. Les contraintes prosodiques m'ont cependant obligé à introduire quelques fantaisies.]
LES AMOUREUX DU PONT DES ARTS
A l'Ascension on constata
La disparition mystérieuse
De centaines de cadenas,
Cadenassant les vies heureuses
Des amoureux du Pont des Arts
— Qui s'y fiancent certains soirs.
Les défenseurs patrimoniaux
Trouvent la mesure très saine,
Mais les clés jetées à la Seine
Continuent de rouiller dans l'eau.
LA PSYCHOLOGUE A LA RADIO
"— Est-ce qu'on peut parler de deuil?
— Quant à moi, je pense que oui.
Il ne faut pas franchir le seuil
Où l'on perd le sens de la vie!
Je conseillerais volontiers
A tous ces chômeurs égarés
De se poser deux-trois questions:
"Qu'est-ce que j'attends de la vie?,
Qui suis-je?", car, à mon avis,
Seule compte l'introspection."
LA METEO N'EST PAS FAMEUSE
"La météo nous joue des tours
De Paris jusqu'au Sud-Ouest:
C'est vrai, le temps n'est pas glamour
Pour Cannes et pour tout le reste.
Les terrasses sont désertées,
On déplore un manque-à-gagner.
Pendant ce temps, qu'on se rassure:
Dans les places to be de Cannes,
On paye très cher le Champagne
— Quarante mille euros impurs."
L'EUROPE SELON ALAIN MINC
"C'est une très grande victoire!
L'Euro est notre bouclier:
Sur la table, cinq cents milliards
Pour la Relance financer.
L'Europe a gagné le dix mai!
— Pourtant ses ennemis raillaient
Sa façon de marcher en crabe
Sans jamais vraiment avancer,
Sa lenteur, sa complexité,
Ses directives qui nous barbent."
LES FEMMES DANS LES MAGAZINES
Victorine avoue sans complexes
Etre adepte du co-sleeping,
Allaiter, pratiquer le sexe,
Et mater des films en streaming:
Mère nature se rebiffe
Mais n'a jamais fait de manif.
— Et dans les pages culturelles,
Le dress code puis la saga
De la blonde Lady Gaga:
des rumeurs folles et cruelles.
FRANKENSTEIN SE JOUE A BRUXELLES
"Je ne ressemble pas à Dieu
Car c'est au ver que je ressemble,
Misérable ver sous les cieux,
Moi qui dans la poussière tremble!"
— Ainsi la tirade commence
Du monstre qui n'a pas de chance.
Ce sont des textes rapiécés,
Rocs, antres et ombres de mort,
Mendiant à grands cris le remords
De l'auteur décontenancé.
LE HASARD ET LA CONNAISSANCE
L'anthologie d'Edouard Glissant
Est d'un genre étrange, inédit:
Shakespeare, Montaigne et Cioran
Y côtoient Muhammad Ali.
— Il étudie les mutations
Qu'induit la mondialisation:
"Nous ne pouvons nous définir
Que dans la vaste Relation.
C'est l'ère de la Pulsation,
Et le Tout-Monde est l'avenir."

