vendredi, 30 juillet 2010

Pont des Arts

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jeudi, 29 juillet 2010

Sans titre

Je devrais parfois rester au lit la journée, passer la journée au lit, mais c'est impossible, il faut être présent au bureau. Depuis hier, douleurs intenses au ventre, depuis mardi soir plutôt, après le film en plein air à La Villette. Une collègue m'a donné ce matin du citrate de bétaïne, j'ai bu un peu de champagne aussi ce midi, il y avait un pot, j'ai parlé des trente-deux prises de Carla Bruni pour sa première scène dans le film de Woody Allen, et des relations entre Aragon et François-Marie Banier, dans la période extravagante du poète, quand il portait des bottes jaunes. Je me suis éclipsé pour le déjeuner: j'ai longé la rue de Grenelle, il y avait des dizaines de journalistes et de caméras en face de l'entrée du ministère du travail, de l'autre côté de la rue, j'ai compris plus tard en lisant la presse que c'était l'audition d'Eric Woerth, je me suis échoué sur une pelouse au square d'Ajaccio, somnolé une demi-heure, il faisait frais, j'essaie d'apprécier cette phrase dans le Journal de Kafka: "L'insatisfaction dont une rue offre l'image, chacun lève les pieds pour quitter la place où il se trouve."

Je m'en veux d'avoir jeté hier soir, au fond d'un sac plastique, recouvert par un sachet de cacahuètes et une barquette de tomates cerises, le crayon pour les yeux que m'a offert Renato. On avait un peu hésité à retourner sur le Pont des Arts pour le récupérer quand, quelque temps après, on buvait un café sur une terrasse de la Place Saint-Michel. En début de soirée, Renato avait éclaté de rire en voyant une clé tomber entre deux planches du pont, elle était restée coincée, le couple penché, essayant de la récupérer avec une fourchette demandée à des gens assis près de moi, en vain, ils étaient partis, puis on vit revenir l'homme, muni d'une fine tige métallique, mais en quelques secondes il n'y eut plus rien à espérer, la clé était tombée dans la Seine, il repartait dépité.

Kafka: "Je serai difficile à ébranler et cependant, je suis inquiet. Cet après-midi, comme j'étais couché et que quelqu'un tournait rapidement une clé dans la serrure, j'ai eu l'espace d'un instant des serrures sur tout le corps, comme à un bal costumé; une serrure, tantôt ici, tantôt là, était ouverte ou fermée à de brefs intervalles."

Pont des Arts

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mardi, 27 juillet 2010

L'homme d'après ce qu'il écrit

"Pour aller aussi loin vers les racines de l’imagination organique, pour écrire en dessous de la psychologie de l’eau, une physiologie de l’eau onirique, nous ne nous sommes pas senti suffisamment préparé. Il y faudrait une culture médicale et surtout une grande expérience des névroses. En ce qui nous concerne, nous n’avons pour connaître l’homme que la lecture, la merveilleuse lecture qui juge l’homme d’après ce qu’il écrit. De l’homme, ce que nous aimons par-dessus tout, c’est-ce qu’on en peut écrire. Ce qui ne peut être écrit mérite-t-il d’être vécu? Nous avons donc dû nous contenter de l’étude de l’imagination matérielle greffée et nous nous sommes borné presque toujours à étudier les différents rameaux de l’imagination matérialisant au-dessus de la greffe quand une culture a mis sa marque sur une nature.

D’ailleurs ce n’est pas là, pour nous, une simple métaphore. La greffe nous apparaît au contraire comme un concept essentiel pour comprendre la psychologie humaine. C’est, d’après nous, le signe humain, le signe nécessaire pour spécifier l’imagination humaine. A nos yeux, l’humanité imaginant est un au-delà de la nature naturante. C’est la greffe qui peut donner vraiment à l’imagination matérielle l’exubérance des formes. C’est la greffe qui peut transmettre à l’imagination formelle la richesse et la densité des matières. Elle oblige le sauvageon à fleurir et elle donne de la matière à la fleur. En dehors de toute métaphore, il faut l’union d’une activité rêveuse et d’une activité idéative pour produire une œuvre poétique. L’art est de la nature rêvée."

Bachelard, L'Eau et les rêves

lundi, 26 juillet 2010

Absolu du quotidien

Aujourd'hui nous étions seulement six au bureau, quelques collègues sont partis en Avignon, je les ai dérangés dans l'après-midi, il me manquait une info.

Renato s'ennuyait, il n'y avait personne dans sa boutique.

Je me suis inquiété pour la machine à laver. Finalement pas de fuite, pas de problème. Ce sont les dernières lessives de Kim. Je l'ai appelée pour savoir si tout allait bien.

Ce soir j'ai refait une vidéo, toujours le même poème, et cette fois je pense qu'il est fixé. J'y ai mis une chanson que j'écoutais hier soir en écrivant, et j'ai filmé avec ma webcam le canapé marron où j'écris ces jours-ci.

Hier je me suis endormi en écoutant Bonnefoy sur France Culture, interviewé par Alain Veinstein, ironie du sort. Il définissait la poésie, le travail poétique: chercher ce qui nous échappe à chaque instant, quelque chose comme ça, et l'absolu du quotidien, je crois.

dimanche, 25 juillet 2010

Euphorie

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samedi, 24 juillet 2010

Juste mélange de la terre et de l'eau

Passé mon vendredi à consulter des profils de mecs, les usages changent, on se photographie moins dans la salle de bain, on se dévoile moins, il y a moins de photos dégoûtantes. Depuis que j’ai remplacé les stores par des rideaux transparents c’est la caverne de Platon, certains passants tournent la tête et se regardent dans le miroir déformant au fond de cette grande pièce qui est encore ma chambre pour quelques jours. Longue discussion avec un voisin en vacances dans l’Est, apprenti philosophe versé dans la philosophie de l’art. J’ai raté un rendez-vous qu’un autre m’avait donné à Jaurès, il portait, m’a-t-il dit ensuite, une chemise noire à fleurs, ce n’était peut-être pas de bon augure, on s’est recontactés dans la soirée, à une heure du matin il se branlait devant son écran, me demandait si j’en faisais autant, et je me suis couché peu après.

Ce matin j’étais réveillé par la voix de Sébastien dans la cuisine, qui téléphonait pour s’excuser, il devait donner un cours je crois, prétextait que son réveil n’avait pas fonctionné. Kim a vendu son canapé, on est venu le chercher il y a une heure, deux étudiants qui ont fait une affaire mais sont encore dans la rue à se demander comment ils vont transporter ce truc encombrant qui n’entre pas dans leur petite voiture.

Renato arrivera à dix-huit heures trente, on ira piqueniquer à La Villette en attendant le film de Rohmer, au crépuscule. Ensuite on devrait sortir. Il dormira dans le lit de Clélie, que je prêterai pour les jours à venir à Kim, jusqu’à son départ définitif, à la fin du mois.

Visionné ce matin une vidéo sur la Foire de Bâle où des spécialistes s’attachent à caractériser les tendances de l’art contemporain, altermodernité, œuvres rubans d’images et de sons, œuvres intemporelles, la planète entièrement quadrillée par les satellites, disparition des terres inconnues, artistes explorateurs du temps, nomadisme formel, emprunt, réappropriation, détournement, et sur internet, artistes navigateurs amateurs d’un paysage de signes, etc. Poncifs habituels sur le questionnement, travers habituels, l’artiste qui interroge telle notion, etc.

Yves-Noël m’envoie un mail: "Tiens, un ami m'apporte, ce matin, un poème d'un contemporain de Shakespeare qui - si nous n'étions séparés - te serait immédiatement adressé - mais comme il n'y a personne d'autre, je te l'envoie quand même. / Passe du bon temps / Yves-No / When to my deadly pleasure / When to my deadly pleasure / When to my lively torment / Thus do I fall to rise thus / Thus do I die to live thus / Changed to a change, I change not / Thus may I not be from you / Thus be my senses on you / Thus what I think is of you / Thus what I seak is in you / All what I am it is you. / Sir Wyatt"

Je pense à Willow Song à cause de cette phrase, si je me souviens bien: "I am dead to all pleasures." La Bruyère, que je lisais hier en attendant vainement la chemise noire à fleurs: "Un homme inégal n’est pas un seul homme, ce sont plusieurs; il se multiplie autant de fois qu’il a de nouveaux goûts et de manières différentes: il est à chaque moment ce qu’il n’était point, et il va être bientôt ce qu’il n’a jamais été, il se succède à lui-même…" La note de bas de page précise, pour "homme inégal": changeant, capricieux.

Quand je colmatais les fissures dans la maison de mon père, il y a deux semaines, que je préparais l’enduit, poudre blanche et compacte mélangée à l’eau, étalée à la spatule sur un plafond crevassé, j’identifiais mes gestes à ce que Bachelard dit de la pâte dans L’eau et les rêves:  "Nous donnerons une grande attention à la combinaison de l’eau et de la terre, combinaison qui trouve dans la pâte son prétexte réaliste. La pâte est alors le schème fondamental de la réalité. La notion même de matière est, croyons-nous, étroitement solidaire de la notion de pâte. Il faudrait même partir d’une longue étude du pétrissage et du modelage pour bien poser les rapports réels, expérimentaux de la cause formelle et de la cause matérielle. Une main oisive et caressante qui parcourt des lignes bien faites, qui inspecte un travail fini, peut s’enchanter d’une géométrie facile. Elle conduit à une philosophie d’un philosophe qui voit l’ouvrier travailler. Dans le règne de l’esthétique, cette visualisation du travail fini conduit naturellement à la suprématie de l’image formelle. Au contraire, la main travailleuse et impérieuse apprend la dynamogénie essentielle du réel en travaillant une matière qui, à la fois, résiste et cède comme une chair aimante et rebelle. Elle accumule ainsi toutes les ambivalences. Une telle main en travail a besoin du juste mélange de la terre et de l’eau pour bien comprendre ce qu’est une matière capable d’une forme, une substance capable d’une vie. Pour l’inconscient de l’homme pétrisseur, l’ébauche est l’embryon de l’œuvre, l’argile est la mère du bronze."

La terre est mon élément: l’eau celui d’Yves-Noël, peut-être aussi l’air. Notre amour, cette pâte qui aurait séché au fond du bac à enduit.

Comme le fameux sonnet de Louise Labé, "Je vis, je meurs…", inquiétude d’esprit, inégalité d’humeur, trois sonnets anglais glanés sur internet, que j'ai envoyés en réponse à Yves-Noël:

If amorous faith in heart unfeigned,
A sweet languor, a great lovely desire,
If honest will kindled in gentle fire,
If long error in a blind maze chained,
If in my visage each thought depainted
Or else in my sparkling voice lower or higher
Which now fear, now shame, woefully doth tire,
If a pale colour which love hath stained,
If to have another than myself more dear,
If wailing or sighing continually,
With sorrowful anger feeding busily,
If burning afar off and freezing near
Are cause that by love myself I destroy,
Yours is the fault and mine the great annoy.

Sir Thomas Wyatt (1503-1542)


If this be love, to draw a weary breath,
To paint on floods till the shore cry to th'air,
With downward looks, still reading on the earth
The sad memorials of my love's despair;
If this be love, to war against my soul,
Lie down to wail, rise up to sigh and grieve,
The never-resting stone of care to roll,
Still to complain my griefs whilst none relieve;
If this be love, to clothe me with dark thoughts,
Haunting untrodden paths to wail apart;
My pleasures horror, music tragic notes,
Tears in mine eyes and sorrow at my heart.
If this be love, to live a living death,
Then do I love and draw this weary breath.

Samuel Daniel (1562-1619)


To live in hell and heaven to behold;
To welcome life and die a living death;
To sweat with heat, and yet be freezing cold;
To grasp at stars and lie the earth beneath;
To tread a maze that never shall have end;
To burn in sighs and starve in daily tears;
To climb a hill and never to descend;
Giants to kill, and quake at childish fears;
To pine for food, and watch th' Hesperian tree;
To thirst for drink, and nectar still to draw;
To live accursed, whom men hold blest to be,
And weep those wrongs which never creature saw:
If this be love, if love in these be founded,
My heart is love, for these in it are grounded.

Henry Constable (1562-1613)

vendredi, 23 juillet 2010

Profils

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J'écoute le déclin de la semaine
au livre fond de sac

inquiétude d'esprit
inégalité d'humeur
inconstance de coeur
incertitude de conduite

qu'on feuillette
profils
corps d'écran
chacun les yeux dans ses yeux

comme il fera noir je partirai
mains dans les poches
rêvant mes pas usés
et la multiplication de soi
dans l'urbaine foison

jeudi, 22 juillet 2010

Fuseaux solaires

L'Etoile, je ne l'avais pas vue depuis combien, trois mois. On a longé le canal de l'Ourcq, le soleil cramoisi sur le crépi d'un immeuble, l'embrasement du ciel, le ciel était dramatique comme dans une peinture de Caspar David Friedrich. J'ai photographié ses jambes au pied d'une flaque d'eau comme une mare de sang, nos visages rapides de moitié de vie, puis ses mains posées sur son sac, le plateau joliment écaillé de la table ronde dans un café à Jaurès, les Américains parlant trop fort, les salades pyramidales dans des assiettes trop grandes, cigarettes roulées, quelques parapluies à l'horizon maintenant crépusculaire. Je dis, je bois un verre de Brouilly in memoriam Yves-Noël Genod, puis le long du boulevard jusqu'à La Chapelle, l'Etoile aperçue à la diagonale d'un escalator, je repartais à contre-chemin, contre-amour, souvenirs d'aubes lointaines et de longs trottoirs. En rentrant chez moi, je lis les textes de l'Etoile, et celui-ci:

On s'est levés à 10h00. Garde alternée oblige. Je finis un lourd sommeil parsemé de saillies enfantines. Yann et Koumaël dans le canapé avec moi enfarinée, agitation télévisuelle, je ne distingue pas les muscles de l'armure. Je suis un peu pas là, Yann me pousse. Ahmed n'arrive pas avec le café. Les étreintes n'eurent pas lieu, lesquelles? Fantasmes de la veille oubliés. Corps lourd et chaud dans ma nuisette bleue, ma nouvelle coupe ne me plaît pas. Chaleur, ventilateurs. Hier on s'est retrouvés tout piteux d'épuisement, quelques mots échangés à 3h00 dans la cuisine. Pierre n'a pas répondu.

Hier Papa est mort. Casino, voitures, motos, lido, femmes, courses et alcool: je le préfère comme ça, sans avoir connu de trop près le monstre de plaisir. Je ne sais pas si je l'ai aimé. Lui oui.

Marc est beau comme Ahmed et Marc est sec et musclé comme Ahmed mais c'est avec Ahmed que. Marc parle de sa maladie, toxico du sexe, il laisse la poésie pour un enfermement analytique, Marc tu dois baiser jusqu'à t'écoeurer et tu seras quitte avec l'Eglise affective.

Quelle est la dernière chose à laquelle penser maintenant?

Je dirais Noël.

Mon anniversaire est passé comme une façon de réclamer mon droit à l'affection, ce que personne ne comprend d'ailleurs et je les em...brasse.

Il n'y a plus que moi maintenant, maison ensommeillée dans la moiteur de l'après-midi d'un samedi populaire. Résonnances tubulaires du marché finissant. Eglise raide comme la mort. je devine la fraîcheur des pierres. Pierre. Il n'est peut-être pas frais lui, retour d'une backroom où je ne pourrais jamais regarder à la lueur d'une bougie les corps enlacés. Je me demande si c'est beau, je me souviens d'un film où il y avait de magnifiques scènes homo, c'est resté.

dimanche, 18 juillet 2010

Un livre à la Fnac rue de Rennes

 

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