samedi, 25 septembre 2010

Escapade (suite)

Ce matin le film continue, le train est mis en place avec vingt minutes de retard, c'est un de ces trains où l'on est très mal assis, où vos jambes sont trop grandes pour le minuscule espace qui vous sépare du siège de devant, alors on appuie les genoux en hauteur, on les glisse d'un côté puis de l'autre et on se casse le dos. J'ai prévenu qu'il faudrait tout décaler pour le retour à Paris avec Clélie, que ce serait à midi trente-quatre au lieu de dix heures trente-quatre. J'ai attendu presque deux heures à la gare d'Yvetot, où l'on réservait des taxis, pris en charge par la SNCF, pour les passagers égarés qui avaient raté leur correspondance. L'un d'entre eux, furieux, refusait le taxi, s'obstinait à diffuser sa musique dans le hall, son iphone posé sur un banc, une espèce de dance abominable. Le ton monta entre lui et les employés de la gare, à qui il conseillait de prendre leur retraite au plus vite. Je mangeais du chocolat, lisais quelques pages des Nuits de Paris, patientais.

Dans le train, Clélie me montre ses exercices de musique, elle déchiffre le do, le ré et le mi, en chantant les notes. Parfois elle invente, alors elle se cache derrière la partition, et refuse que je suive avec elle. Elle me parle de son école, qui porte le nom de François Rabelais. On lui a parlé de Gargantua et de Pantagruel. Je lui lis, en sautant les passages incompréhensibles pour elle, et en transposant souvent la syntaxe et le vocabulaire, le récit de la naissance extraordinaire de Gargantua, sorti de l'oreille gauche de sa mère Gargamelle au onzième mois de grossesse. Elle trouve une explication à cela, me dit que de toute façon, les mois des géants sont plus longs que ceux des hommes normaux.

Sur Deezer on écoute Morts-Vivants de Philippe Katerine, Clélie fredonne et s'amuse beaucoup d'y entendre le nom d'Yves-Noël. Ces deux-là ne se sont pas vus depuis le mois de mars, et ne se reverront sans doute pas avant longtemps. Je ne m'étendrai pas sur le sujet, mais il faut bien que j'en parle un jour, pour la cohérence de mon récit.

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