mercredi, 20 avril 2011
En lisant Breton (sur le suicide de Majakowsky)
La terrasse aux alvéoles géants de béton artisanal, la lisière du jardin y mord en poussière de terre et caillasse – selon le lexique paternel –, pierraille commune, et tout se dessèche au soleil qui réitère de jour en jour ses ardeurs de semaine sainte. Le parasol restera déployé, plus jamais ne pliera ses pans de coton clair car on l’a pansé d’un ruban adhésif blanc – comme tout objet ici il avait failli, comme tous ces mécanismes fragiles, toujours plus fragiles dirait-on dans la maison paternelle – : il tiendra jusqu’au vent ou jusqu’à la pluie qui aura raison de son mât de plastique. Ma peau brunit, et que ferais-je d’autre en plein après-midi, que de m’étendre nu sur ce lit de jardin, brisé lui aussi en maint endroit.
Le jour où je quittais Paris j’allais chercher une lettre recommandée à la Poste, c’était le prononcé de mon divorce, que mon avocate avait archivé par erreur. L’original me revenait – je ne m’en étais pas inquiété depuis trois ans. Il y avait aussi une copie de l’acte de mariage, agrémenté de formules modificatives, à la bonne heure: "la barque de l’amour s’est brisée contre la vie courante".
Il y eut cette nuit de pleine lune où je ne parvenais pas à m’endormir et où m’apparut comme un idéal le retour à l’enseignement, en province, quelque part dans la campagne normande. Paris sans fortune n’a plus guère d’intérêt au bout de trois ans. Je ne vois pas assez mes amis, ne lis presque plus, fabrique de la musique libre de droit qui ne coûte rien à personne, continue de rédiger ou de valider quotidiennement des textes normatifs comme je pourrais le faire pendant trente ans encore.
J’admire ou j’envie la nature inconsciente, je sens en moi des générations de laboureurs, et le reste je l’ignore, et peu importe, le beau langage, la vaine poésie, d’où me viennent-ils, les élans brisés, l’inaccomplissement qui fait de moi un homme comme sont tous les hommes, si nombreux, trop nombreux hommes. Elle me semble loin, maintenant, cette idée, vue de l’esprit: "la menace du dépeuplement du monde par la perte d’un seul être, comme a dit un pauvre diable en un vers qui valait infiniment mieux que d’être écrit par lui".
Et que penser de: "L’amour sexuel s’est développé au cours des huit derniers siècles et a conquis une position qui en fait, au cours de cette période, la base de toute poésie".
lundi, 11 avril 2011
My way
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