dimanche, 09 octobre 2011
Plorando
Vendredi midi j’ai trouvé ma voiture fracturée, fenêtre passager avant brisée. C’est le bordel à l’intérieur, le contenu du vide-poche répandu sur le sol et sur le siège, et des morceaux de verre partout. Il me semble que la façade détachable de l’autoradio a disparu, et mes cd également, mais je ne me suis pas attardé, j’y retournerai ce soir, après avoir raccompagné Clélie à Yvetot, et avant d’aller au commissariat. Vendredi après-midi, il a fallu faire vite car je devais aller chercher Clélie à la sortie de l’école. Ca n’a pas été possible à cause de la grève des contrôleurs, mais j’ai quand même trouvé un train qui m’a permis d’aller jusqu’à Bréauté-Beuzeville. Le train était bondé, une gitane donnait le sein à un nouveau-né, assise dans le couloir, chacun essayait de s’occuper sans gêner les autres, et pendant une demi-heure avant le départ du train on entendait ce message expliquant que la grève était provoquée par une forte émotion, envahissement du psychologisme jusque dans la stupeur de la foule laborieuse.
Moi j’étais assis, et mon attention se portait alternativement sur la scène d’allaitement et le dernier numéro de la NRF sur l’autofiction, faisant des croix dans la marge pour relire les passages intéressants. Christine Angot: "Un écrivain est quelqu’un qui souffre chaque fois qu’on s’éloigne du réel perçu, pour lui préférer le réel observé, comptabilisé, statistisé, chaque fois que les forces du réel sont asservies à autre chose qu’aux cinq sens en même temps. Chaque fois que les forces du réel se trouvent compromises, contrôlées par des évidences extérieures qui ne tirent leur prétention à l’objectivité que de la raison ordinaire." J’aime aussi l’idée que "le personnage qui dit "je" dans le livre est libre, insaisissable[, qu’]il ne répond qu’aux règles du livre, pas aux règles extérieures, pas aux vérités qu’on peut dire". Chez Doubrovsky, c’est l’"altérité fondamentale du sujet dans la durée". Et cette idée chère à Yves-Noël: écrire, c’est "rassembler, ressembler", mais aussi "se dissembler": "Ce qui dissemble, c’est la transformation de ma personne en personnage, une mise en mots, qui est peut-être une mise à mort."
Yves-Noël a lu le texte que je lui ai donné mercredi, auquel il manque deux notes, l’une que je relis de temps à autre, sur le site de Laurent Lafolie, et l’autre que je retrouve à l’instant sur son blog:
"Le milieu de la poésie est un milieu tellement tragique. (Que c’est renvois d’ascenseurs continuels.) Une espèce de grève. L’amour, si on a des enfants, est évident. What is the nature of your life these days? A show or a shoe? Les muscles du sexe sont du côté des femmes. Et, la douceur, du côté des hommes. Douceur inventée (anges…) L’Italienne upskirt. Bouquets d’arbres ponctuels. Pas question non plus d’ouvrir un livre si on n’est pas ass. Concentré. L’ennui est une acédie. L’acédie fait partie de la liste des péchés capitaux. Mais comme je ne demande sur ce point qu’à m’instruire, Pierre peut me parler. (Sinon j’aime les parties de jambes en l’air avec lui.) Il jouit bien, tous les muscles de son torse et de ses bras tendus. Regarder le sommeil ou le soleil en face. Houle du soleil, quart de queue. Une femme, le jardin d’une femme, semi-japonais et la maison. Les capitaux crapauds. (Les soirées correctes, les soirées franchement ennuyeuses, les soirées où l’on s’amuse un peu.) Pour tout ça, il faut avoir l’air sérieux. De toute manière, la terre tourne à plat. Regarde danser les couples collés sous les lampions…"
Mon texte s’arrête sur cette phrase, que je n'ai laissée que deux ou trois jours sur mon blog:
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