samedi, 24 décembre 2011

Le ver dans la pomme

A la radio on n'entend plus que Laure Adler, hier c'était avec Michael Lonsdale, puis sur une autre radio avec Claude Régy, puis Alain Veinstein avec François Bon. Pendant ce temps je roulais vers le Nord, David m'avait demandé par quelles villes passe l'autoroute A1, j'avais répondu aucune, puis si, on passe au large de Compiègne et de Chantilly, Cambrai aussi, mais c'est sur l'A2, et quelle est cette étrange autoroute A2 qui va de nulle part jusqu'à Bruxelles.

Philippe Muray charge Laure Adler comme il charge tous ceux qui magnifient la culture née sur les cendres des arts de même que l'événementiel est l'ersatz des événements. Il fait le compte rendu d'une émission télévisée où Laure Adler falsifie les propos de Günter Grass: il parle de l'histoire, celle de son récit, et elle veut lui faire parler de l'Histoire majuscule, jouant de l'inconfort de la traduction simultanée pour le piéger. Il perçoit la tentative de manipulation et continue de parler en romancier là où Laure Adler voulait lui faire dire qu'il est possible d'avoir une vision optimiste de l'Histoire. Et puis quand l'interview reprend, plus tard, quelques sous-titres résument le début de l'émission et prêtent à Günter Grass les propos qu'il avait justement esquivés.

Claude Régy parle de l'amant de vingt-trois ans qui s'est suicidé, du cri qui n'est pas sorti quand les policiers l'ont déshabillé devant lui, de ce cri qu'un acteur a poussé un jour sur scène, mais c'est l'acteur qui avait proposé le cri, pas Régy. Le metteur en scène n'avait pas manipulé l'acteur. Laure Adler avait dit que Régy se dévoilait dans son dernier livre, tout au moins il parlait parfois de situations personnelles, elle avait dit "l'ami", lui avait corigé "l'amant", qu'il fallait tout dire.

Puis cet après-midi pendant que les pois chiches cuisaient sur le feu j'écoutais l'enregistrement d'un entretien entre Gérard Garouste et Bernard Blistène, je m'étais allongé sur le lit de Père, il s'était excusé à cause des piles de cartons et du désordre accoutumé. Allongé, je regardais les trois photos à portée du regard et du rêve: mère, toujours la même photo, le pull bleu ciel, une main sur le dos, assise, tendue vers un micro, en action, en parole; sur une autre photo, Laetitia souriante, la protégée, radieuse; et deux ou trois jeunes filles sur la troisième photo, que je ne connais pas. J'entendais la voix de Garouste pour la première fois, mais il me faut à nouveau réécouter l'enregistrement car je ne sais plus ce qu'il voulait dire avec cette histoire de ver dans la pomme. Père m'a réveillé car les pois chiches cramaient.

Chez nous pas de réveillon le 24 décembre car les réveillons c'est pour les païens. Plus de messe de minuit car père est devenu protestant. Il ira au temple demain matin. J'ai préparé une soupe avec des oignons, du fenouil, des pois cassés, des pois chiches, du potiron, une courgette. J'ai fait deux brioches également, nous en avons mangé après la soupe. Avant, quand la famille était au complet, nous mangions la brioche après la messe de minuit. Aujourd'hui, nous avons dîné assez tôt puis regardé le début de Lili Marleen, mais le dvd s'est arrêté au moment ou Willie s'apprêtait à chanter après s'être donnée en spectacle tandis qu'elle téléphonait à Robert. Père s'est couché, François a regardé un Star Trek, et j'ai trié mes boîtes à trésors, cartes postales achetées dans des boutiques de musées depuis vingt ans, albums de timbres, cartons de livres que je n'avais pas ouverts depuis cinq ans, et mes fac-similés des Emblèmes d'Alciat, que j'ai parcouru avec David il y a quelques jours en feuilletant un vieille édition sur Gallica. J'ai retrouvé une vieille paire de lunettes, et comme ma vue n'a pas bougé et que cette monture, ringarde il y a quinze ans, est parfaitement dans l'air stupide du temps, me voilà avec la même tête, à peu près, qu'il y a vingt ans.

Villon:

Je sens mon cuer qui s'affoiblit
Et plus je ne puis papier.
Fremin, sié toy pres de mon lit,
Que l'on ne me viengne espier;
Prens ancre tost, plume et papier;
Ce que nomme escry vistement,
Puis fay le partout coppier;
Et vecy le commancement.

jeudi, 22 décembre 2011

Kusama's self-obliteration

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