samedi, 21 janvier 2012
Ce qu'il faut ajouter à une journée de travail pour en faire une journée de vie
[Ce mail est affecté d'une étoile. Samedi 21 janvier 2012 1h23]
Bonne idée, je crois que je n'ai rien de prévu le 7 (il me semble que Barbara m'a invité le 6 à une projection presse de Los Indignados, je vérifierai lundi au bureau...).
Demain après-midi, j'irai sans doute faire un peu les soldes avec Clélie, mais tout dépendra, du temps, de l'humeur et de l'énergie dont je disposerai! Je te dirai en tout cas si on y va, on pourrait se voir quelque part autour d'un verre ou d'un café.
Clélie est de bonne humeur, elle est dans son lit, regarde la fin d'un Harry Potter et commence à sombrer... On est rentrés en bus jusqu'à Jaurès, puis métro. A*** nous avait acheté des crèpes pour manger dans le train, ô grâce, mais Clélie m'a avoué dans le train qu'elle a pété les plombs il y a deux semaines après que je lui ai dit que Clélie avait bousillé la fermeture-éclair de l'une de ses bottines: "ton père est un connard". Je me demande si ce n'est pas préférable, de temps en temps, à la mollesse d'une relation amicale post-divorce. Au moins les choses sont claires, même si c'est un peu rude parfois. Quoi qu'il en soit, A*** a échangé lesdites bottines contre une autre paire, plus belle je trouve.
Je ne t'ai pas dit: hier j'ai trouvé une pile de Libé au-dessus d'une poubelle: tous à mon nom et intacts, même pas ouverts! Je me demande ce qui s'est passé, je n'y comprends rien, pas plus qu'à ces (mes, et celles de Gilles) histoires de bactéries.
J'ai acheté ce midi, en revenant de la gare d'Orsay, le bouquin du Ministre des Farces et Attrapes (comme qui dirait), qui porte le pompeux titre de Le Désir et la Chance. Il ne devait sortir que lundi, et je n'ai pas résisté: 21€ de conneries sur papier recyclé, qui en vaudront 3 dans quelque temps chez les bouquinistes du boulevard Saint-Michel. J'ai lu quelques pages dans différents chapitres, assez pour comprendre que c'est un exercice très appliqué de soumission au Bien universel, multiculturel, pluridisciplinaire et donc fourre-tout, avec quantité de citations de ses augustes prédécesseurs, parmi lesquels le "curé rassurant" (comme le même dirait) Jack Lang: "Culture et économie, même combat. Les investissements dédiés à la culture nous seront remboursés au centuple, en art de vivre, en emplois, en rayonnement international.", et un que je ne connais pas, Jacques Duhamel, mais qui a tout compris à la dissolution de l'art dans le loisir: "La culture est ce qu'il faut ajouter à une journée de travail pour en faire une journée de vie". Il en faudrait, des guillemets de réserve ou de dégoût, à tous ces mots qu'ils balancent avec autant de candeur... Le magazine du Monde illustre bien tout cela, avec un portrait d'un "artiste" cynique qui se définit comme une "pute à médias", Francesco Vezzoli, sans compter les platitudes et les horreurs du supplément littéraire (à part un article assez drôle de Pierre Assouline sur l'engouement des Parisiens pour les conférences sur la poésie: on se bouscule au Collège de France et à la Maison de la poésie...). Je pense que, en parallèle de ma lecture de Muray, il faut que je continue à lire des textes qui m'insupportent (la presse et de mauvais livres comme celui de Mitterrand, ou Les Indignés que je ne regrette pas non plus d'avoir acheté finalement), c'est une question de "progrès moral" (comme dirait Baudelaire). Je dois dire aussi qu'au boulot le catéchisme laïque des associations m'impressionne: à force des les entendre ressasser, de lire leurs papiers, de synthétiser à l'écrit leur doxa, je vois à quel point c'est grossier (vraiment aucune finesse dans la conceptualisation de la trinité "laïcité, citoyenneté, solidarité").
Le mal le plus grave, dans la campagne électorale qui a commencé, dans le discours des politiques et des journalistes, et même dans des livres qui se veulent analytiques ou littéraires, c'est que le langage est déconnecté d'une réalité déjà tellement ancienne qu'il tourne à vide et qu'on ne s'en rend pas compte (ou qu'on feint de ne pas s'en rendre compte). Mais ça fait déjà un bail que ça se passe comme ça (depuis que la communication est devenue une profession - depuis que l'histoire est terminée dirait Muray). Bref, je lis tout avec méfiance, et c'est passionnant de voir à quel point, et surtout par quels mécanismes nos opinions sont polarisées. Je lis plein d'âneries dans Le Monde, et je vais pouvoir en profiter quotidiennement maintenant! C'est même une matière romanesque... Mais j'espère trouver bientôt quelques plumes (vivantes, je veux dire) lucides et honnêtes; c'est une recherche également réjouissante.qu'il ne s'agit pas que de m'amuser des bonnes pages de Muray (qui est plus que mon "supplément culturel" du soir et du matin dans le métro...).
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Pierre
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