jeudi, 26 janvier 2012
Sans titre
Avant l’horreur matinale, je veux dire les paroles d’horreur proférées porte fermée à neuf heures du matin, il y eut une nuit courte, une soirée d’abord allongée de fatigue, d’air froid et humide par la fenêtre entrouverte de la cuisine, des pavés de saumon bizarrement cuits au four à micro-ondes, une crème brûlée industrielle prétendument fermière et qu’on réchauffa une minute trente au four en mode grill en respectant scrupuleusement les indications sur l’emballage. L’Étoile lut deux textes qu’elle avait écrits dans un atelier d’écriture, c’était son écriture sur les feuilles blanches, je croyais des photocopies mais elle me dit que non, que son feutre était simplement usé: c’était l’autoportrait d’une fermière qui lisait des biographies de personnages historiques, elle se regardait dans un miroir et décrivait ses joues rebondies – je me demandais s’il était vraisemblable que la fermière qualifiât ainsi ses joues, s’il était vraisemblable qu’elle l’écrivît, mais L’Étoile répliqua qu’elle n’écrivait pas, cette fermière, que c’était sa voix intérieure – ce que je ne comprends pas car pour moi, dans un conte, tout je, hors les dialogues, est écrit par qui dit je. Dans l’autre texte, il y avait je ne sais quelle expression, les derniers mots qui pulvérisaient la possible réalité de l’histoire car ils n’étaient à personne ces mots, ou à L’Étoile qui avait cherché ses mots, des mots, et ne les trouvant pas, avait choisi l’usage, celui des autres et le sien par contamination. Puis je lus un de mes textes, intitulé "La Frise de la vie" en référence à Munch, mais la lecture fut heurtée, malhabile, impossible sans doute dans la cuisine, dans la soirée allongée de fatigue, avec ces bouts de Montaigne en italique au milieu de citations des journaux. L’Étoile me dit pour finir qu’elle me reconnaîtrait de dos entre mille, qu’elle reconnaîtrait ma démarche, aussi assurée que maladroite.
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