mardi, 28 février 2012

Absolue fraîcheur

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© Olivia Bee

lundi, 27 février 2012

They know what's cool

J'ai interrompu plusieurs fois ma lecture de Festivus festivus pour la retrouver avec bonheur après la lecture de romans que je cherche en rapport avec la vision murayenne du monde et qui parfois m'ennuient parce que cette vision y demeure plus ou moins myope. J'avais lu quelques pages d'Un Garçon sans séduction samedi après-midi dans le train quand un homme monté à Mantes-la-Jolie, cherchant une place dans le wagon qui se remplissait désespérément, m'interpella violemment parce que j'avais les pieds sur le fauteuil d'en face, que c'était le signe d'un maque de respect total, que j'aurais dû faire comme ma fille qui, elle, avait ôté ses bottes, etc. Comme il n'entendait rien à ce que je lui répondais ("D'abord bonjour monsieur, et regardez, je passe un coup de main sur le bord du siège, après tout ce n'est que le bord du siège, et honnêtement vous voyez bien que je n'ai pas sali", etc.) et qu'il continuait de parler très fort (sans jamais me regarder), je dis à Clélie: "On se casse." Nous trouvâmes deux places, séparées par le couloir, à l'étage. Clélie lisait son Picsou à côté d'un petit métisse, et moi, le portrait d'Angelina Jolie, dans Le Monde, en "humanitaire de terrain", en "citoyenne du monde", à côté de jeunes filles assez effrayantes dont l'une se maquillait tandis que sa voisine fredonnait des chansons comme on fredonne bizarrement quand on a un casque sur les oreilles. Des magnifiques portraits en noir et blanc d'Angelina Jolie à ces jeunes filles en friche, je ne vois qu'humanité discontinue et désolante. Avec toute cette population inquiétante, le contrôleur contrôla du bout des doigts, voulant sans doute éviter les altercations, si fréquentes sur cette ligne où la moitié des jeunes circulent sans titre de transport. (Dans l'un de ses romans, Bénoît Duteurtre prête à un personnage des considérations sociétales sur la fréquentation des lignes Paris-Le Havre et Paris-Caen, la seconde étant plus confortable et mieux fréquentée que la première, ce qui paraît bien injuste à l'usager lambda que je suis moi aussi.)

Le soir on fêtait l'anniversaire de Mauricio au restaurant de son frère Rafael. La télévision chilienne viendrait bientôt tourner un reportage, un midi: on discutait du scénario, de la violoniste qui accompagnerait Mauricio, de son visage sublime qui attirerait nécessairement les caméras. A la fin de la soirée on dansa un peu, mais il fallait savoir danser ces danses d'Amérique du Sud que je ne connais pas (je n'aurais pas plus été capable de danser l'un des rocks qui furent programmés). Clélie, qui avait passé le début de la soirée à guetter l'arrivée de Pachi derrière la porte vitrée, esquissa avec elle quelques pas de danse, la contemplant de toute l'admiration qu'une petite fille peut porter à une femme, et me lançant par intermittences des regards qui cherchaient mon approbation.

[Il ne m'est guère possible de consigner ici toute la matière qui me semble constituer, de jour en jour, la trame de mes romans imaginaires. Depuis que j'ai commencé cette note, j'ai eu mille velléités. Peu importe, je prends des notes sur mon carnet, me répète des mots, des phrases, j'essaie de comprendre le brouillon de personnage qui sera le jeune héros de mon roman.]

La grande question de l'époque, la liquidation de la part maudite, est dans tous les discours. Chez Olivia Bee, les intentions niaises ont le charme de l'adolescence: "As designers, we try to make the world a better place, and as a photographer, I try to make the world a better place by the means of beauty. I truly believe that art makes the world a more enjoyable place to inhabit. We have ideas just as good as yours [dit-elle, du haut de ses seize ans à un public adulte, debout au pupitre devant son ordinateur depuis lequel elle gère son diaporama], and even a little bit better. We have something that you don't and that is ultimate fresness. We know what's cool." We know what's cool. Dans Le Monde, toujours, un journaliste présentait la jeune photographe en comparant son esthétique à celle de Virgin Suicides, mais "sans le désespoir", ce qui n'est pas moins niais, de la part d'un critique, que la proclamation de jeunesse insolente d'une jeune fille qui, en dehors de ses professions de foi, saisit magnifiquement les êtres et les choses avec l'obstination de l'artiste qui fonde son art sur la répétition du geste et la conviction que ce geste mécanique de la prise de vue, devenu naturel, fait advenir l'oeuvre dans la juxtaposition de tous les clichés tels qu'on peut les visionner sur Flickr, mais aussi dans chaque cliché considéré singulièrement.

Sur son blog, Neimad, rentré depuis quelques semaines d'un voyage de deux mois en Inde, poste une note sur une rupture amoureuse. La note, intitulée "Mon loup", accumule les clichés qui s'ignorent, sous une pluie pareille à un poème de Verlaine: la violence d'une rupture, l'amertume ("Je ne sais trop comment on passe de je t'aime à je te quitte, en moins de 24 heures, enfin pas avec ces mots-là, avec d'autres, mais pour le même résultat, jeter 9 mois de vie, à la poubelle, comme ça."), l'illusion amoureuse ("On ne m'avait jamais aimé comme ça, complètement, sans condition, sans retenue."), le lyrisme romantique de la mélancolie qu'on s'en va traîner en bord de Seine en mêlant aux poncifs dix-neuviémistes les plus éculés l'ennui incommensurable de la dernière star américaine en kit: "J'ai marché vers les quais, vite, en écoutant Lana Del Rey, il pleuvait, je me suis caché avec le parapluie pour pleurer. Paris était belle, ma tristesse s'est mélangée à la mélancolie de la saison et est devenue moins vive.", et immédiatement, la solution de la fuite, du voyage, non pas le voyage baudelairien, mais le tourisme: "J'ai besoin d'un nouveau projet de voyage." Ainsi se termine la note. Neimad, anagramme de Damien (et presque, je m'en rends compte à l'instant, de Niemand, c'est-à-dire personne en allemand) et specimen authentique de festivus festivus, est à nouveau, comme on dit, en mode projet. Ses voyages sont l'accomplissement de projets. Depuis deux ans, je lis son blog, de manière très irrégulière, mais il y a maintenant de ma part une sympathie née de la fréquentation d'un blog comme on peut s'attacher à un personnage de fiction, et aujourd'hui il m'intéresse singulièrement car le héros de mon roman voyage lui aussi, et dirait-il qu'il lui faut "un nouveau projet de voyage"? Son initiation serait-elle accomplie une fois qu'il renoncerait fuir?

Voilà où je veux en venir dans cette note, motivée par la lecture d'une interview de Michel Rocard dans Le Monde: le constat, chez des individus aussi éloignés culturellement, semble-t-il, que Olivia Bee, Damien Niemand, et Michel Rocard, d'une même aspiration au bien-être cool et festif. La conclusion au doyen de ces trois festivus festivus qui décrit ainsi "le monde de demain", où l'on retrouvera autant les élans adolescents de la photographe que ceux, adultes, du blogueur: "Une société moins marchande, moins soumise à la compétition, moins cupide et organisée autour du temps libre. J'ai coutume de dire que dans les cinq plus beaux moments d'une vie, il y a un (ou des) coup(s) de foudre amoureux, la naissance d'un enfant, une belle performance artistique ou professionnelle, un exploit sportif, un voyage magnifique, enfin n'importe quoi mais jamais une satisfaction liée à l'argent. Donc c'est un monde de pratiques culturelles et sportives intenses, de temps familial abondant, de soins aux enfants et de retour à des relations amicales festives." La journaliste: "C'est le monde selon Rocard?", et Rocard de répondre: "Non, c'est une nécessité."

They know what's cool. I don't.

Ce n'est pas parce que, dans le même flash d'information, on entend successivement parler à la radio du triomphe de Jean Dujardin à Hollywood et du suicide par pendaison d'une fille de sept ans, que ce programme n'est pas en train de se réaliser.

dimanche, 26 février 2012

"We have something that you don't and that is ultimate freshness."


mardi, 21 février 2012

Les rats ne quitteront pas le navire

[A propos de la page 17 du Monde daté du 21 février: "Le pacte républicain malmené par l'Elysée", et une tribune de Dominique Antoine: "Après deux ans auprès du président Sarkozy, pourquoi je voterai Hollande".]

Ces hauts fonctionnaires étaient qualifiés de "résistants de la dernière heure" la semaine dernière: "Les conjurés de Beauvau rêvent d'un Etat neutre". Quant à cet "Etat neutre", ça ressemble à un doux rêve (drôle d'idée pour des énarques qui connaissent parfaitement les rouages du système). L'article d'aujourd'hui, je l'ai envoyé ce soir, du bureau, à plusieurs collègues, mais toute la maison éducation nationale a tremblé quand une dépêche AEF s'est fait l'écho des propos de Dominique Antoine, dans la même page que la tribune de ce groupe de "résistants". Ce vendu qui a fait la pluie et le beau temps sur les politiques d'éducation et de culture pendant deux ans retourne sa veste sans vergogne, et d'évoquer son ancien professeur François Hollande... Cette page du Monde aurait pu s'intituler "Les rats ne quitteront pas le navire". C'est fort de s'en prendre à la RGPP quand on l'a fait bouffer à ses administrés. Quant aux fameux "indicateurs", qui sont devenus la fin de toute réflexion des administrations d'Etat, il faudrait rappeler qu'ils ne sont que l'application de la sainte LOLF, votée en 2001 tant par la gauche que par la droite dans une belle unanimité au nom de la Transparence des politiques publiques érigée en Bien absolu. Ceci dit, il est clair que la gauche pourrait mettre un peu de raison dans la gestion de ces affaires. On pourrait imaginer que la gauche, elle, ne confonde pas la communication avec l'action (puisque c'est un des griefs des hauts indignés). Mais est-il bien raisonnable d'y croire? En tout cas tout le monde a envie de tourner avec le vent. La une du Monde pourrait passer pour la une du Canard enchaîné!
 
Bon, faut bien un peu de contradiction sur les sujets politiques... Je me suis abonné au Monde pour savoir plus exactement de quoi je me méfie d'une manière générale dans la presse. La manipulation est omniprésente, mais avec une élection présidentielle, ça suinte! Tiens, je n'avais même pas fait attention à l'encart publicitaire sur cette une mémorable: un bouquin sur Hollande intitulé François Hollande ou la force du gentil, avec une photo du candidat qui ressemble à la victoire!

dimanche, 19 février 2012

"Ce blog est amené à disparaitre, comme moi-même, dans peu de temps."

C'est par ces mots que Geneviève Pastre saluait mercredi dernier ses "lecteurs" qu'elle met entre guillemets, parce que, sans doute, ce sont de drôles de lecteurs, ceux qui lisent son blog – mais qui sont "E.B & MP B" qui signent la note "pour Geneviève Pastre"? C'est la deuxième mort que Michel me signale aujourd'hui. Deux femmes, l'une de 66 ans, Elizabeth Connell, qui chantait en novembre dernier "When I have sung my songs to you, I'll sing no more", s'interrompant, émue, dès la première phrase, puis reprenant magnifiquement; l'autre de 87 ans, Geneviève Pastre, "figure du militantisme LGBT" comme la qualifie le site Yagg, qui, soit dit en passant, a pour slogan "INVENTONS NOTRE COMMUNAUTE". Il y a sans doute une jurisprudence concernant le devenir d'un blog conséquemment à celle de son administrateur.

Geneviève Pastre ne dit pas autre chose qu'Elizabeth Connell dans son encore fixé sur Youtube.

samedi, 18 février 2012

When I have sung my songs to you, I'll sing no more

vendredi, 17 février 2012

---- Envoyé avec BlackBerry® d'Orange ----

Au milieu du wagon, ils sont six hommes et une femme, la cinquantaine, qui jouent au cartes bruyamment et m'ont tiré, de mauvais poil, de ma courte sieste. Le train roule au ralenti, on râle un peu, je demande à un contrôleur qui passe discrètement s'il y aura du retard, à quoi il répond bêtement qu'officiellement non. Je ne m'étais jamais rendu compte, depuis le temps que j'emprunte cette ligne, qu'on passe au large de La Défense, dont les tours émergent, vu des rails, d'un paysage désolé hérissé d'herbes folles. La semaine s'est terminée dans les cris mais du matin au soir j'essaie de garder raison, et même souris. Ils ne sont pas pour moi, ces cris, alors il faut rester indifférent, et se montrer multitask. Je lis un petit roman de Duteurtre, Gaieté parisienne, une historiette homosexuelle sur fond de vision murayenne du monde. Renato, qui écrit quotidiennement des articles sur les dernières tendances en matière d'innovation technologique, m'a entretenu de la gamification, concept-poubelle que je me suis empressé d'utiliser au bureau. Sur le site où officie Renato, j'ai lu un article de Marcus B., New-Yorkais gueule d'ange noir qui faillit devenir mon colocataire l'année dernière. Coïncidence. Il était en couple avec un Lillois, passerait les semaines à Paris et les week-ends à Lille. Nous hésitâmes quelques jours, pour moi ce serait lui ou Walid, qui avait traversé l'Atlantique lui aussi, après quelques pérégrinations, de New-York au Brésil et au Mexique. Je n'avais que quelques jours pour me déterminer, choisir mon nouveau coloc. Marcus préféra finalement s'installer seul, décision prudente visant sans doute à prévenir la jalousie de son petit ami. On se dit qu'on se reverrait, je l'inviterais au théâtre. Entre-temps j'avais rencontré Michel, lui aussi New-Yorkais d'origine, qui a passé plus de saisons sur le vieux continent que là-bas et qui, comme Marcus, et à la différence de tant de Français, conjugue correctement au subjonctif le verbe voir en le bouclant d'un e muet.

dimanche, 12 février 2012

The Noose of Jah City


mercredi, 08 février 2012

A la Bibliothèque Polonaise

Les tableaux sont accrochés pêle-mêle,
l'huile brille tant que certains sujets se dérobent — comme ce sombre bouquet sur un fond plus sombre encore —,
et les ciels sont presque verts, gris-verts et parfois blancs de plâtre souillé,
une touche empâtée figure d'un seul geste une barque solitaire;
dans l'autre salle, une foule impénétrable boit du vin rouge autour d'une longue table couverte d'une vulgaire nappe en papier rouge que je découvre plus tard quand chacun est reparti dans le froid: pour l'instant je ne vois les tableaux que de loin, depuis la cour intérieure peuplée de quelques statues et d'un socle sans raison.

wladimir de terlikowski,peinture

A l'étage on joue des nocturnes dans le salon Chopin sur un Pleyel de 1845
— on ne sait de quel bois il est bâti ni de quel métal il sonne stridemment —,
et parmi les effigies du brillant Polonais, estampes, daguerréotype, moulage du masque funéraire, de la longue main gauche, et le portrait de Delacroix, et les grands yeux de Sand,
on entend plusieurs fois "Chopin ressuscité!",
quelqu'un trop aviné disserte sur les vertus comparées de la peinture et de la musique — comme on est stupide au moment de complimenter le pianiste...

mardi, 07 février 2012

"La sexualité masculine est une antiquité récalcitrante qu'il convient de liquider"

Le rôti de porc à l’italienne puis la tarte au citron vert,
la voix de Renée Lebas en fin de soirée,

"Où es-tu mon amour, depuis tant et tant de jours",

Les amants de vingt ans prenaient congé,
les gants élégants de Pascal achetés Place de La Madeleine,
phrases d’une autre époque sonnant comme le souvenir d’émotions idiotes,
— "le silence de l’absence semble lourd" —
Pascal avait essayé une vaste cape retrouvée dans une armoire,
il l’emporterait à Venise pour le Carnaval,
et dans les rues minérales,
de palais en palais,
elle couvrirait le costume
qu'on lui confectionne à fils d'or…

"Le temps passe, le temps court,
et mon âme te réclame nuit et jour."

Robert n’avait pas de gants élégants fourrés de fourrure de lapin,
enfilait, malcommodes, des pantalons coupe-vent,
superposait les couches de laine et les écharpes,
traverserait Paris en scooter,
la cape pascale en boule dans le top-case

L’endemain,
avec cette manie que j’ai,
— ou est-ce une impression stupide —
de recommencer toujours à zéro,
je me procurai Qu’est qu’une chose? de Martin Heidegger
et, sortant de La Hune,
la question qui m'obsédait, c'était:
"Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?"

"Amours perdues, amours disparues, je vous cherche le long des rues…"

Puis je soulignais, parmi les conversations de Muray:
"ces bourreaux barbouilleurs de lois" (citant Chénier),
le "bruit qui veut la mort",
le "plouc émissaire",
sirotant au Starbucks Odéon mon Venti Mocha Blanc.

"Amours passées, amours effacées, pourquoi donc m’être apparues…"

— Demain soir j'irai voir, et je m'en réjouis,
ces tableaux de Wladimir de Terlikowski...
En attendant, cette nuit, maintenant, je vais tenter d'écouter plus attentivement qu'hier une émission sur la matière noire.

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