dimanche, 24 juillet 2011

Sans titre

photographie,amy winehouse,hedi slimane

photographie,amy winehouse,hedi slimane

photographie,amy winehouse,hedi slimane

© Hedi slimane

vendredi, 22 juillet 2011

Où est l'Eternel

Dans le Livre des Rois elle désigne un verset,
des gens de Jéricho disent que le séjour de la ville est agréable,
mais l'eau est mauvaise et le pays stérile,
voici ce qui arriva,
je me suis fracassé le cubitus contre un rocher sous-marin,
Camille m’a garrotté le poignet d'un linge pudique,
tant d’algues s’étaient infiltrées dans le maillot de bain,
la mer commuée en vaste lavure, les chairs et la foule des baigneurs,
les sardines martégales puis le champagne dans les verres à pied,
le sang battu par les vents,
procurez-moi une écuelle et mettez-y du sel,
la petite frappe les eaux chaque jour, de colère contre les vagues aveugles,
le dernier jour seulement nous contemplons la discrétion des poissons à découvert dans l'onde transparente,
dans quelle décoction trempe-t-elle le linge souillé,
elle répond par La Flûte enchantée à la musique barbare des voisins,
je suis comme une anguille, je me faufile de partout dit-elle,
commente abondamment les frondaisons merveilleuses d’une plante verte à la fenêtre,
il fait nuit quand la petite éolienne tourne folle,
le parement de nos vies égaye les conversations,
souvent je réponds par des silences,
pour dessiner une cerise elle prendrait un dé à coudre, une pomme un verre,

Josiane,

je veux mon Opium dit-elle, Opium c'est le chien, il a sept ou quatorze ans, c'est selon,
ce fils d'assassin envoie quelqu'un pour me couper la tête,
ce malheur vient du Seigneur,
que puis-je encore espérer du Seigneur,
donne ton fils et nous le mangerons, mais elle avait caché son fils,
elle hurle le jour où elle ramasse un mégot dans la cour,
ce fut une maison de maître, maintenant découpée en cinq appartements,
pour elle vingt-cinq ans dans vingt mètres carrés,
six doses de produit pour venir à bout des traces de doigt sur les placards mélaminés de la cuisine,
et les carreaux comme ceux du métro parisien mais étrangement immaculés,
le fond des casseroles trentenaires étincelle de vinaigre,
Jésus avait cinq frères et soeurs, sont-ils couillons ces catholiques,
elle se souvient de l'italien,
confond peut-être Tosca et la Toscane,
me parle de mes jambes,
attend le facteur,
consulte les pierres magiques sur la table en formica,
décrit la tête d'ange d'un ministre qui apparaît à l'écran de son téléviseur cubique,
se couche à l'heure où hier elle se leva,

le mannequin, Camille avait laissé les consignes,
elle saisit ses vêtements et les déchira en deux,
un cadavre exquis dans les colonnes du Canard enchaîné,
allô maman complètement bobo,
empoisonnement jusqu'à la lie mais pas plus,
quelque boîte à images socialiste,
puis les laisses de papier crépon, une dentelle de papier toilette,
en guise de collier un fil de fer circonvolu et dans l'oeil de la spirale un galet miniscule,
des savons, des melons, un pain aux noix, une robe, une montre achetés sur le marché,
consignes de sécurité, voleurs de poche,
dans la station du Vieux Port on a le choix des couleurs, j'avais d'abord écrit Vieux Mort,
prière de ne marcher que sur les dalles de la couleur qu'on s'est choisie, blanc, bleu clair ou bleu foncé,
sur les murs avant de refaire surface toucher les galets rangés brillant d'un vernis artificieux,
et souvent dans la rue les jeunes femmes et hautes lui donnent un coup de sac à main et elle s'en plaint,
collectionne les touillettes qu'elle ne manque jamais de demander au cafetier au moment de régler l'addition,
un jour au bar tabac une cagole plus bariolée que tous les papiers crépons de notre mannequin lui montre un bijou de sac étincelant,
elle prononce tabaque, déçue de ne pas avoir même gagné trois euros cinquante,
réfute mes arguments, toi avec ton hasard,
si le Seigneur ne veut pas te secourir, avec quoi pourrai-je te secourir?

Un jour il y eut un garçon romanesque et désoeuvré,
il allait de la mer au sable et du sable à la mer,
parfois changeait de place trimballant ses maigres effets et tout couvert de blonde poussière et de poussière de cristal,
il brillait de mystère et de volonté,
semblait une fleur commune et belle pourtant,
c'était un fils du roi,
tous les autres, égorgés,
ils étaient soixante-dix,
exposés en deux tas à l'entrée de la ville jusqu'au matin,
je chanterai pour toi,
je chanterai pour toi,
ton nom m'est inconnu,
ton coeur une abstraction,
tes yeux plus clairs que ta peau,
je m'appelle Millepertuis, Pimprenelle, Immortelle des Dunes.

Nothing more than feelings


lundi, 27 juin 2011

La vie d'artiste

Il y aurait tant à raconter, mais je n’écris plus que de la musique. Oublié le roman, ou dans un coin de l’avenir. Je n’ai jamais tant fait de musique, depuis, je ne sais plus, deux ou trois mois, presque tous les jours. Et ma technique est encore si imparfaite. David écoute et commente en musicien, quelques mots, des remarques précises.

Et cette idée soudaine de partir, dès septembre, aller vivre ailleurs, trois ans, six ans, dégager.

J’écoute les Métamorphoses de Strauss, après La Vie d’artiste dans un vieil enregistrement de l’orchestre de la radio de Vienne.

Walid continue de rêver ses personnages, son roman, des photos du quartier de la Défense où il travaille, et Ronnie, personnage qui a fait irruption dans l’appartement le temps d’une séance de photos au micro, devant le clavier, devant le poster au grand ciel gris où plane un oiseau.

Camille, avant son départ, laisse une phrase, une pensée à chacun de ses amis, celle-ci par exemple: "Maintenant je vais te leur faire le boniment sur la vie. Ils savent. Maintenant je vais te leur affirmer que chaque être vit et respire et que c’est déjà beaucoup. Ils savent. Maintenant je vais te leur parler de la vacuité de vivre, de respirer. Ils savent. Maintenant je vais te leur affirmer que c’est déjà beaucoup. Imbécile que je suis. Ils savent. Demeuré. Ils savent aussi."


dimanche, 26 juin 2011

Marche funèbre

podcast

vendredi, 24 juin 2011

Touchable

autoportrait.jpg

mercredi, 22 juin 2011

Untouchable (titre de fortune)

podcast

lundi, 06 juin 2011

Le rêve de vol

"La grande nuit, on lit des magazines. On a acheté des magazines. J’ai envoyé tout le monde au bourg. Il fait si froid, si gris. Quelqu’un a dit dans le village, Moi, j’ai connu la neige tous les mois de l’année. La neige, elle parle, elle mugit, elle vit. Elle roule autour de la caravane. Il faut passer le col. Le col enneigé. Il est tout seul dans la nuit. Il ne voit pas la route. Il y a des bâtons dans la neige pour voir la route (pour suivre la route effacée). C’est la nuit, c’est la pluie. La rivière qui était sèche (il a fait jusqu’à trente degrés) recueille l’écoulement de la pluie, comme une grande gouttière. Mais qu’est-ce qu’elle dit que je ne connais pas? Je ne peux pas écrire comme ça sans connaître. Est-ce que je peux dire là que je pense à Pierre? Oui, beaucoup. C’est dingue. Sais pas pourquoi. Je lui écris des choses que je me retiens de lui écrire. Que je pense à lui toujours, le soir, dans la caravane. Si nous étions ensemble, ça ne changerait rien. Comme nous ne sommes pas ensemble, ça ne change pas non plus. Pierre. Je me disais, Moi, je sais ce que c’est qu’un artiste, oh, non, ce n’est pas moi, moi, je sais ce que c’est. C’est Pierre. C’est le seul artiste que j’ai jamais rencontré. En un sens. Je le pense, oui. Je le sais. J’aimerais bien continuer Barbara avec lui. Parce que c’est ça, le fond de cette histoire, c’est de travailler avec lui, de le toucher, lui. Je pensais à lui aussi à Gennevilliers, à lui à la flûte. Oui, c’est le seul artiste que j’ai jamais rencontré – mais qui peut s’en rendre compte? Pas grand monde, non. Moi. Oui, moi.

«Je t’aime toujours, chaton. J’aimais bien la parenthèse de ton amour dans ma vie.»

C’est dommage que les homosexuels soient si attachés au sexe. Moi, je suis attaché à l’amour et au sommeil. J’aimerais bien qu’il vienne redormir à la maison. Mais il n’aura pas le temps. Travail et sexe – sont attachés les homosexuels. Moi, tout le reste. Ni le travail ni le sexe. Non: le mugissement du sommeil. Pierre est un artiste. Il dort bien."

Le dispariteur


mercredi, 20 avril 2011

En lisant Breton (sur le suicide de Majakowsky)

La terrasse aux alvéoles géants de béton artisanal, la lisière du jardin y mord en poussière de terre et caillasse – selon le lexique paternel –, pierraille commune, et tout se dessèche au soleil qui réitère de jour en jour ses ardeurs de semaine sainte. Le parasol restera déployé, plus jamais ne pliera ses pans de coton clair car on l’a pansé d’un ruban adhésif blanc – comme tout objet ici il avait failli, comme tous ces mécanismes fragiles, toujours plus fragiles dirait-on dans la maison paternelle – : il tiendra jusqu’au vent ou jusqu’à la pluie qui aura raison de son mât de plastique. Ma peau brunit, et que ferais-je d’autre en plein après-midi, que de m’étendre nu sur ce lit de jardin, brisé lui aussi en maint endroit.

Le jour où je quittais Paris j’allais chercher une lettre recommandée à la Poste, c’était le prononcé de mon divorce, que mon avocate avait archivé par erreur. L’original me revenait – je ne m’en étais pas inquiété depuis trois ans. Il y avait aussi une copie de l’acte de mariage, agrémenté de formules modificatives, à la bonne heure: "la barque de l’amour s’est brisée contre la vie courante".

Il y eut cette nuit de pleine lune où je ne parvenais pas à m’endormir et où m’apparut comme un idéal le retour à l’enseignement, en province, quelque part dans la campagne normande. Paris sans fortune n’a plus guère d’intérêt au bout de trois ans. Je ne vois pas assez mes amis, ne lis presque plus, fabrique de la musique libre de droit qui ne coûte rien à personne, continue de rédiger ou de valider quotidiennement des textes normatifs comme je pourrais le faire pendant trente ans encore.

J’admire ou j’envie la nature inconsciente, je sens en moi des générations de laboureurs, et le reste je l’ignore, et peu importe, le beau langage, la vaine poésie, d’où me viennent-ils, les élans brisés, l’inaccomplissement qui fait de moi un homme comme sont tous les hommes, si nombreux, trop nombreux hommes. Elle me semble loin, maintenant, cette idée, vue de l’esprit: "la menace du dépeuplement du monde par la perte d’un seul être, comme a dit un pauvre diable en un vers qui valait infiniment mieux que d’être écrit par lui".

Et que penser de: "L’amour sexuel s’est développé au cours des huit derniers siècles et a conquis une position qui en fait, au cours de cette période, la base de toute poésie".

lundi, 11 avril 2011

My way

othoniel,photographie