samedi, 11 avril 2009
Exercitation
Ciceron dit que Philosopher ce n'est autre chose que s'aprester à la mort. C'est d'autant que l'estude et la contemplation retirent aucunement nostre ame hors de nous, et l'embesongnent à part du corps, qui est quelque apprentissage et ressemblance de la mort : Ou bien, c'est que toute la sagesse et discours du monde se resoult en fin à ce point, de nous apprendre a ne craindre point a mourir. De vray, ou la raison se mocque, ou elle ne doit viser qu'à nostre contentement, et tout son travail tendre en somme à nous faire bien vivre, et à nostre aise, comme dict la Saincte Escriture. Toutes les opinions du monde en sont là, que le plaisir est nostre but, quoy qu'elles en prennent divers moyens ; autrement on les chasseroit d'arrivée. Car qui escouteroit celuy, qui pour sa fin establiroit nostre peine et mesaise ?
Le corps de son fils
Le corps abbatu et languissant d’amour
Le corps du trespassé
Son corps ayant esté rapporté à Venise
Un corps pour l’inhumer
Il fist bouillir son corps pour desprendre sa chair d’avec les os
Les corps des vaillants hommes qui sont morts en leurs batailles
Une harquebusade dans le corps
Une beauté de corps singuliere
Ny eux ny autre ne voye et touche son corps apres que l’ame en sera separee
Cet autre redonne le sentiment du repos à un corps sans âme
C’est un corps vain et sans prise
Les jeux et les exercices du corps
Soupplesse de corps
Il n’est homme si décrepite tant qu’il voit Mathusalem devant, qui ne pense avoir encore vingt ans dans le corps
Le corps courbe et plié a moins de force à soutenir un fais, aussi a notre ame
Nous tressuons, nous tremblons, nous pallissons, et rougissons aux secousses de nos imaginations ; et renversez dans la plume sentons nostre corps agité à leur bransle, quelques-fois jusques à en expirer. Et la jeunesse bouillante s'eschauffe si avant en son harnois toute endormie, qu'elle assouvit en songe ses amoureux desirs.
On dit que les corps s’en-enlevent telle fois de leur place
Et Celsus recite d’un Prestre, qui ravissoit son ame en telle extase, que le corps en demeuroit longue espace sans respiration et sans sentiment
Sa pensée desbrouillée et desbandée, son corps se trouvant en son deu
Le corps mesme, demy rassasié
L’estroite cousture de l’esprit et du corps s’entrecommuniquants leurs fortunes
Si je ne comme bien, qu'un autre comme pour moy. Aussi en l'estude que je traitte, de noz moeurs et mouvements, les tesmoignages fabuleux, pourveu qu'ils soient possibles, y servent comme les vrais. Advenu ou non advenu, à Rome ou à Paris, à Jean ou à Pierre, c'est tousjours un tour de l'humaine capacité : duquel je suis utilement advisé par ce recit. Je le voy, et en fay mon profit, egalement en umbre qu'en corps. Et aux diverses leçons, qu'ont souvent les histoires, je prens à me servir de celle qui est la plus rare et memorable. Il y a des autheurs, desquels la fin c'est dire les evenements. La mienne, si j'y scavoye advenir, seroit dire sur ce qui peut advenir. Il est justement permis aux Escholes, de supposer des similitudes, quand ilz n'en ont point. Je n'en fay pas ainsi pourtant, et surpasse de ce costé là, en religion superstitieuse, toute foy historiale. Aux exemples que je tire ceans, de ce que j'ay leu, ouï, faict, ou dict, je me suis defendu d'oser alterer jusques aux plus legeres et inutiles circonstances, ma conscience ne falsifie pas un iota, mon inscience je ne sçay.
Ces exemples estrangers ne sont pas estranges, si nous considerons ce que nous essayons ordinairement ; combien l'accoustumance hebete noz sens. Il ne nous faut pas aller cercher ce qu'on dit des voisins des cataractes du Nil : et ce que les Philosophes estiment de la musicque celeste ; que les corps de ces cercles, estants solides, polis, et venants à se lescher et frotter l'un à l'autre en roullant, ne peuvent faillir de produire une merveilleuse harmonie : aux couppures et muances de laquelle se manient les contours et changements des caroles des astres. Mais qu'universellement les ouïes des creatures de çà bas, endormies, comme celles des Ægyptiens, par la continuation de ce son, ne le peuvent appercevoir, pour grand qu'il soit.
Ils font cuire le corps du trespassé, et puis piler, jusques à ce qu'il se forme comme en bouillie, laquelle ils meslent à leur vin, et la boivent
Brusler les corps de leurs peres
Le service et commodité du corps
Le corps en seroit plus allegre
Le corps beau et sain
Corps à corps
Ce n'est pas assez de luy roidir l'ame, il luy faut aussi roidir les muscles, elle est trop pressee, si elle n'est secondee : et a trop à faire, de seule fournir à deux offices. Je sçay combien ahanne la mienne en compagnie d'un corps si tendre, si sensible, qui se laisse si fort aller sur elle.
Ceux qui ont le corps gresle, le grossissent d'embourrures : ceux qui ont la matiere exile, l'enflent de paroles.
L'ame qui loge la philosophie, doit par sa santé rendre sain encores le corps : elle doit faire luyre jusques au dehors son repos, et son aise : doit former à son moule le port exterieur, et l'armer par consequent d'une gratieuse fierté, d'un maintien actif, et allaigre, et d'une contenance contante et debonnaire. La plus expresse marque de la sagesse, c'est une esjouissance constante : son estat est comme des choses au dessus de la lune, tousjours serein.
Ce n'est pas une ame, ce n'est pas un corps qu'on dresse, c'est un homme
Le corps est encore souple
Un grand corps estendu
Plustost difficile qu'ennuieux, esloigné d'affectation : desreglé, descousu, et hardy : chaque loppin y face son corps : non pedantesque, non fratesque, non pleideresque, mais plustost soldatesque, comme Suetone appelle celuy de Julius Cæsar.
Je n'ayme point de tissure, où les liaisons et les coustures paroissent : tout ainsi qu'en un beau corps, il ne faut qu'on y puisse compter les os et les veines.
L'imitation du parler, par sa facilité, suit incontinent tout un peuple. L'imitation du juger, de l'inventer, ne va pas si viste. La plus part des lecteurs, pour avoir trouvé une pareille robbe, pensent tresfaucement tenir un pareil corps. La force et les nerfs, ne s'empruntent point : les atours et le manteau s'empruntent.
Considerant la conduite de la besongne d'un peintre que j'ay, il m'a pris envie de l'ensuivre. Il choisit le plus bel endroit et milieu de chaque paroy, pour y loger un tableau élabouré de toute sa suffisance ; et le vuide tout au tour, il le remplit de crotesques : qui sont peintures fantasques, n'ayans grace qu'en la varieté et estrangeté. Que sont-ce icy aussi à la verité que crotesques et corps monstrueux, rappiecez de divers membres, sans certaine figure, n'ayants ordre, suite, ny proportion que fortuite ?
S'estudiant l'amant de se rendre acceptable par la bonne grace et beauté de son ame, celle de son corps estant pieça fanée : et esperant par cette societé mentale, establir un marché plus ferme et durable.
Leur convenance n'estant qu'une ame en deux corps
Un corps encore plein de sentiment
Le corps des vieillars
Qu'ils viennent hardiment trétous, et s'assemblent pour disner de luy, car ils mangeront quant et quant leurs peres et leurs ayeulx, qui ont servy d'aliment et de nourriture à son corps : ces muscles, dit-il, cette chair et ces veines, ce sont les vostres, pauvres fols que vous estes : vous ne recognoissez pas que la substance des membres de vos ancestres s'y tient encore : savourez les bien, vous y trouverez le goust de vostre propre chair : invention, qui ne sent aucunement la barbarie.
Une bataille à corps perdu dans la presse des ennemis
Ignatius Pere et fils, proscripts par les Triumvirs à Rome, se resolurent à ce genereux office, de rendre leurs vies, entre les mains l'un de l'autre, et en frustrer la cruauté des Tyrans : ils se coururent sus, l'espee au poing : elle en dressa les pointes, et en fit deux coups esgallement mortels : et donna à l'honneur d'une si belle amitié, qu'ils eussent justement la force de retirer encore des playes leurs bras sanglants et armés, pour s'entrembrasser en cet estat, d'une si forte estrainte, que les bourreaux couperent ensemble leurs deux testes, laissans les corps tousjours pris en ce noble neud ; et les playes jointes, humans amoureusement, le sang et les restes de la vie, l'une de l'autre.
Et Platon conseille merveilleusement pour la santé de tout le corps, de ne donner aux pieds et à la teste autre couverture, que celle que nature y a mise.
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