jeudi, 22 juillet 2010

Fuseaux solaires

L'Etoile, je ne l'avais pas vue depuis combien, trois mois. On a longé le canal de l'Ourcq, le soleil cramoisi sur le crépi d'un immeuble, l'embrasement du ciel, le ciel était dramatique comme dans une peinture de Caspar David Friedrich. J'ai photographié ses jambes au pied d'une flaque d'eau comme une mare de sang, nos visages rapides de moitié de vie, puis ses mains posées sur son sac, le plateau joliment écaillé de la table ronde dans un café à Jaurès, les Américains parlant trop fort, les salades pyramidales dans des assiettes trop grandes, cigarettes roulées, quelques parapluies à l'horizon maintenant crépusculaire. Je dis, je bois un verre de Brouilly in memoriam Yves-Noël Genod, puis le long du boulevard jusqu'à La Chapelle, l'Etoile aperçue à la diagonale d'un escalator, je repartais à contre-chemin, contre-amour, souvenirs d'aubes lointaines et de longs trottoirs. En rentrant chez moi, je lis les textes de l'Etoile, et celui-ci:

On s'est levés à 10h00. Garde alternée oblige. Je finis un lourd sommeil parsemé de saillies enfantines. Yann et Koumaël dans le canapé avec moi enfarinée, agitation télévisuelle, je ne distingue pas les muscles de l'armure. Je suis un peu pas là, Yann me pousse. Ahmed n'arrive pas avec le café. Les étreintes n'eurent pas lieu, lesquelles? Fantasmes de la veille oubliés. Corps lourd et chaud dans ma nuisette bleue, ma nouvelle coupe ne me plaît pas. Chaleur, ventilateurs. Hier on s'est retrouvés tout piteux d'épuisement, quelques mots échangés à 3h00 dans la cuisine. Pierre n'a pas répondu.

Hier Papa est mort. Casino, voitures, motos, lido, femmes, courses et alcool: je le préfère comme ça, sans avoir connu de trop près le monstre de plaisir. Je ne sais pas si je l'ai aimé. Lui oui.

Marc est beau comme Ahmed et Marc est sec et musclé comme Ahmed mais c'est avec Ahmed que. Marc parle de sa maladie, toxico du sexe, il laisse la poésie pour un enfermement analytique, Marc tu dois baiser jusqu'à t'écoeurer et tu seras quitte avec l'Eglise affective.

Quelle est la dernière chose à laquelle penser maintenant?

Je dirais Noël.

Mon anniversaire est passé comme une façon de réclamer mon droit à l'affection, ce que personne ne comprend d'ailleurs et je les em...brasse.

Il n'y a plus que moi maintenant, maison ensommeillée dans la moiteur de l'après-midi d'un samedi populaire. Résonnances tubulaires du marché finissant. Eglise raide comme la mort. je devine la fraîcheur des pierres. Pierre. Il n'est peut-être pas frais lui, retour d'une backroom où je ne pourrais jamais regarder à la lueur d'une bougie les corps enlacés. Je me demande si c'est beau, je me souviens d'un film où il y avait de magnifiques scènes homo, c'est resté.

dimanche, 21 février 2010

Vanité

Cher Monsieur,

Je suis la personne qui au sein de l'APA suit plus particulièrement l'écriture en ligne.

A ce titre Philippe Lejeune m'avait transmis votre mail et les coordonnées de votre blog, intéressant à bien des points de vue et sur lequel j'ai musardé pendant quelque temps.

Comme vous le savez peut-être l'APA collabore avec la BNF pour contribuer à l'archivage des écritures du moi sur internet. Vous trouverez à l'adresse suivante des précisions sur cette collaboration:

http://fonds.sitapa.org/ecriture-en-ligne/index.php

Votre site me semblait avoir toute sa place dans cet archivage.

Je suis en train de constituer la liste pour la prochaine collecte et souhaitais vous y intégrer. Mais je constate que votre blog est désormais protégé par mot de passe.

Les blogs privés ne rentrent naturellement pas dans l'archive. Cependant si vous souhaitiez néanmoins cet archivage cela est possible, il suffirait de désactiver votre protection le temps de la collecte. Le travail du moteur d'archivage est prévu vers fin mars, début avril. Je pourrai, si vous êtes intéressé, vous indiquer de façon plus précise la date afin de limiter au maximum le temps où vous ouvririez à nouveau votre blog.

J'ajoute qu'à titre personnel je serai intéressé à avoir votre code d'accès  pour vous visiter quelquefois. Naturellement je m'engage à ne le transmettre à personne et à ne pas vous citer dans une quelconque publication ou intervention sans votre accord explicite.

Bien cordialement

BM

Bonjour,

D'abord merci pour cet intérêt, et, disons, cette solution. En effet, j'ai verrouillé mon blog il y a quelques semaines, principalement parce que mes nouvelles fonctions d'encadrement au sein d'un ministère m'ont fait penser que certains de mes textes pourraient susciter des réactions négatives, s'ils venaient à être lus dans mon entourage professionnel. C'est tout le problème du statut des blogs, de leur diversité, et de leur réputation en général, surtout quand on touche à l'autobiographie. Je dis solution parce que votre proposition d'archivage est pour moi la caution (institutionnelle) qui me manquait, et qui m'incite à ouvrir à nouveau mon blog.

Bien cordialement,

Pierre Courcelle

vendredi, 27 novembre 2009

Neimad

"Je suis né dans un blède de bourges de parents post 68tards d'une vingtaine d'années, hippies sur les bords, et trop jeunes pour avoir un enfant. Grands-parents cheminots communistes d'un côté et francs-maçons de l'autre, mais la famille c'était nous 3, et les potes de mes parents. J'ai été élevé dans une pure tradition de gauche anti-cléricale, Télérama, Libé, et l'écho des savanes. Mon père m'emmenait à la maternelle accroché à lui par une grande ceinture de cuir sur sa vieille moto avant d'aller vendre des couteaux sur les marchés, ma mère, elle, venait de passer le diplôme d'institutrice après un Deug d'arts plastiques à St Denis. J'ai plutôt de bons souvenirs de cette période, les fêtes de Noël où flottait toujours l'odeur du bedo, la fête des cerises dans le parc de la mairie, les vacances à Oléron ou sur les plages enneigées de Normandie, la femme du boucher qui a tué son mari et sa fille de 4 ans à la carabine après avoir demandé à la boulangère si ma mère était partie en vacances, la classe-Amérique au Michigan en CM2, le premier mec à me lécher la bite la même année.

Après on a déménagé d'un appart en centre-blède à un corps de ferme délabré dans un village entouré de forêts plus au nord. C'est à cette époque que mon père s'est fait un faux diplôme d'ingénieur et que l'alcoolisme de ma mère s'est aggravé. En 5ème je suis parti au Québec avec les éclaireurs de France et de là a commencé ma passion des voyages, j'ai convaincu mes parents d'aller en Californie l'été suivant. Comme j'avais la plus grande baraque et les parents les plus cool mes potes faisaient le mur pour faire la fête chez nous, c'était bien tranquille, les plants de beu dans le jardin, les bières achetées par mon père, les premières cuites à 12 ans, le baby-foot. On avait pas de thune (le crédit sur 20 ans pour la maison et les salaires médiocres) mais on a jamais manqué de rien, mes parents avaient défini des priorités, récup et système D, on achète pas de meubles, on dépense pas 10 mille balles par tête pour une semaine au ski, on emmerde le clinquant, et on se fait plaisir. Chez moi c'était la maison du bonheur, toujours quinze mille personnes qui squattaient. On bouffait le saumon fumé comme du jambon, on passait les vacances de février entre la Floride et la Guadeloupe, je portais des Doc et un long manteau noir acheté en fripes à New-York, j'écoutais de la Pop Anglaise et faisais des manifs anti-nucléaire, j'avais des bagues sur les dents, des boutons plein la gueule et les cheveux mi-longs gras façon Grunge. Ensuite je suis rentré au lycée, je suis passé au Trip-Hop, aux Caterpillars, et au piercing dans l'arcade sourcilière, de la kro à la vodka, de Blur à Cypress Hill, de la BX à la Jaguar, du splif au bang et à l'opium, les fêtes dans la forêt et les champs de poires, l'été en Amérique du Sud et Pâques au Sri-Lanka, je suis même allé au Festival de Cannes. Une jeunesse banale, avec des potes qui s'entretuent à la carabine et les kailles qui t'agressent au couteau dans le train pour Paris.

Tout le monde me voyait bosser dans la com ou être journaliste, j'aimais par-dessus tout parler avec les gens, faire de nouvelles rencontres, j'ai alors décidé de m'inscrire à la Sorbonne Nouvelle en lettres modernes, je voulais une vie parisienne, comme je me faisais royalement chier je me suis barré en cours d'année en Thaïlande avec une copine de fac. En rentrant j'ai bossé comme ventouseur, l'été de la coupe du monde, je passais mes journées dans la rue à lire des bouquins et garder des places de parking jusqu'à l'arrivée des camions de tournage, je suis devenu intermittent du spectacle, payé 8 mille balles pendant 1 an à ne rien foutre, alors j'ai bougé en Inde et au Cambodge. Je montais sur Paris dans la Mégane-Scénic de mon père pour profiter de la folie engendrée pas la French-Touch, à 12 dans la caisse à passer de soirées en soirées, avec le Y2K pour apogée, j'ai commencé à avoir une vie sexuelle, et un avant goût de la ville. J'ai pris un studio dans le 3ème, j'ai commencé à bosser comme serveur dans des bars gay pour le loyer, je me suis fait un réseau, j'ai déchanté quand un pote en a tué un autre en lui foutant le feu. Je suis parti 3 mois en Asie, de Bangkok à l'Indonésie, en passant par Singapour et le Laos, au retour je me suis inscrit aux Langues'O en indonésien et géopolitique du monde insulaire asiatique, c'était passionnant mais l'appel de la thune m'a poussé à choisir de bosser pour Costes à la place, mes parents m'ont offert l'appart où je vivais, j'ai déménagé rue d'Aboukir chez mon mec, ce qui n'était pas une bonne idée, j'ai lâché Costes pour le Cab qui m'a lâché à son tour, j'ai habité chez une copine qui m'a "initié" à la coke, c'était gratos, je suis tombé dedans. Black-out de deux ans où mon monde s'est effondré, le 11 septembre, lepen au deuxième tour des élections présidentielles, bush, les Français qui se sont mis à regarder la transformation de beaufs arrivistes en stars orchestrée par des multinationales et à rêver de faire pareil. Je n'ai pas bossé pendant ces 2 années où je me réveillais le matin en pleurant, alors j'ai acheté un ordinateur, me suis cloîtré chez moi, ai perdu confiance, en l'autre, en moi, en tout. Pour finir ma mère est partie vivre en Guadeloupe où elle fait 3 tentatives de suicide par an, et j'ai ouvert un blog.

Le 7 novembre dernier j'ai eu 27 ans, c'est la première fois qu'un anniversaire me laisse aussi serein, j'ai envie de retrouver mes priorités, redécouvrir qui je suis, recommencer à prendre du plaisir, et simplement ne plus avoir peur d’avancer."

Source: http://neimad.blogspot.com/

samedi, 14 novembre 2009

Sans titre

Je vais abandonner ce blog quelque temps, et reviendrai tôt ou tard, pour un autre chantier. Le travail entamé en mars 2008 est achevé, reste à savoir ce que je vais faire de cette matière première. Je ne peux plus écrire comme j'ai écrit depuis le début: ce serait une caricature de moi-même.

dimanche, 08 novembre 2009

Sans titre

Il faudrait plier ce blog en quatre et le glisser dans une pochette, l'oublier et le laisser jaunir.

samedi, 17 octobre 2009

A quoi bon un blog?

Congés forcés et salutaires, je dois garder Clélie cette semaine, on est chez mon père, elle ne va pas à l’école. Triangulation: Paris, Normandie, Nord. Le ciel est celui des photographies de la mare à Goriaux que j’ai retrouvées et publiées jeudi, ou c’est comme ça que je veux le voir (et les arbres, pas encore tout à fait dégarnis). En scannant ces photographies je me demande, pour reprendre les catégories de Depardon que j’ai découvertes en lisant Errance, si ce sont des windows ou des mirrors: fenêtres sur le monde ou miroirs ― me réfléchissant. J’y trouve les deux: les paysages sont fenêtres, les sols sans horizon sont miroirs. J’aime surtout la première photographie, celle où l’eau est comme un ciel, l’eau qui reflète le ciel avec comme une ligne d’horizon invraisemblable.

J’ai publié beaucoup de photographies jeudi, mais pas l’essentiel, du moins ce qui me paraît d’autant plus important que j’ignore où cela se trouve: la plupart de mes négatifs, soigneusement classés, si bien classés que, comme souvent cela m’arrive, je ne parviens pas à les retrouver. Quelques films étaient restés dans des pochettes, elles-mêmes dans des boîtes à chaussures, à la poussière du grenier: j’ai scanné des négatifs de Valenciennes, des Pyrénées (ceux-là, brûlés à la flamme du briquet après ébouillantage et piétinement), d’Auschwitz. Le reste, ce sont des scans de photographies, des formats 10/15.

Tout ça n’intéresse que moi, restes d’expositions locales, ou simples clichés de vacances (mais pour être honnête, je n’ai jamais fait de photos ni de musique ni écrit sans songer à la publicité, sans doute depuis ma première ébauche de roman à huit ans).

Pour le reste, les documents privés, j’en jette beaucoup, des lettres surtout, et je donne quelques photographies à Clélie: ses parents à deux, se souriant, se serrant. Parfois Clélie ne nous reconnaît pas: vingt ans, cheveux longs tous les deux. J’ai publié deux photographies qu’A* a prises de moi: la première dans notre studio lillois et la seconde sur un banc à Paris, nous avions vingt-et-un ans.

J’ai réécouté d’abord avec détachement et un peu de nostalgie les maquettes d’albums réalisées avec Eon entre 2002 et 2004, puis avec beaucoup d’émotion Mister Parachute Said, qui est, je crois, une chanson géniale, du moins les couplets, le break, et l’envolée surprenante à la Queen qui a toujours été plus belle dans nos têtes que sur mon douze-pistes. Ces mélodies qu’Eon créait et chantait si maladroitement, jusqu’à perdre la justesse du chant à mesure qu’il répétait, jusqu’à parfois se trouver dans l’incapacité de chanter ce qui lui était si naturel dans le premier jet, quand il débarquait chez moi le mercredi ou le vendredi après-midi, se précipitant dans le couloir dès que je lui avais ouvert la porte, et commençant à gratter : "Listen Pierre, I just got an idea, I think it’s fantastic", détachant les syllabes: fantastic, c’est le mot qu’il répétait le plus souvent en parlant de notre musique, et c’était sa façon de me motiver, c’est-à-dire de s’assurer que je continuerais de travailler avec lui, mais il y croyait sincèrement sans doute autant qu’il mesurait à certains de mes regards ou de mes silences ma propension à abandonner dès que je n’aurais plus de désir ou que j’aurais le sentiment de m’y perdre ― un jour il avait forgé l’adjectif gaytastic, aussi drôle et ridicule que j’étais refoulé, à propos de l’une des rares chansons que je chantais quand d’habitude je ne faisais que les chœurs: If I Stopped Moving, que ses amis anglais avaient selon ses dires trouvée so sexy à cause de mon accent français. Ça flattait mon narcissisme, et encore maintenant. La chanson est bonne ceci dit, je crois que je peux le dire pour en avoir composé, arrangé, débrouillé à peu près quatre-vingts en moins de deux ans qu’a duré le projet Plasticpopland.

J’ai retrouvé une photocopie de l’arbre généalogique réalisé par un oncle de mon père, l’oncle Henri, l’oncle évêque. Tous ces Dupont ont vécu à Bondues, près de Lille, du XVIIIe au XXe siècle, de Philippe, né en 1723, à Georges, le père de mon père, né en 1903, marié en 1930, mort en 1981 (je me souviens de son enterrement, et de l’avoir observé peignant un paysage à l’huile sur bois, perspective faussée d’un qui buvait trop, mais ça je l’ignorais à l’âge qui est celui de Clélie, cinq ans, c’était même plus tôt, je devais avoir quatre ans, puisque c’était pendant la dernière grossesse de ma mère, en 1979, et, calcul rapide, je n’avais même pas encore quatre ans). Tous ces Dupont sont privés de mémoire, au-delà de mon arrière grand-père Ulysse, le père de Georges et de l’oncle Henri, mort pour la France, lui, qui s’est engagé à quarante-quatre ans, laissant ses onze enfants : inconscience, bêtise, ou sacrifice pour permettre à l’aîné, Henri, qui avait dix-huit ans en 1914, de survivre et d’avoir le parcours brillant auquel on le sentait sans doute promis, celui d’un savant, historien, lettré, évêque d’une province orientale, que mon père considère, je crois, comme son père spirituel ― en quelque sorte le pendant érudit et responsable de son père alcoolique aux réactions d’enfant.

Montaigne avertit son lecteur qu’il est déraisonnable de tenter de le lire, qu’il réserve son œuvre à ses enfants: moi, je la destine autant à Clélie, qui un jour me lira, je l’espère, qu’à mon père, qui me lit régulièrement. Les autres lecteurs, je ne sais qu’en dire. Je les aime discrets et bienveillants, témoins de mes échappées quotidiennes, parce que savoir qu’on me lit entretient une espèce de devoir de continuer à écrire, et me rappelle souvent à ce devoir, m’évitant les pauses qui naturellement interrompraient mes histoires si je n’avais pas le souci du regard extérieur (ou intérieur, en repensant à la terminologie window/mirror ― Ah! Insensé qui crois que je ne suis pas toi!: citation éculée, et pourquoi pas…). Mais je préfère réfléchir avec le livre que je suis en train de lire, et en ce moment c’est Histoire de ma vie, de George Sand, qui dans les premiers chapitres évoque dans le désordre les familles de son père et de sa mère, aristocrates d’un côté, gens du peuple de l’autre, déplorant que la mémoire des seconds soit perdue dans l’oubli inhérent aux petites vies, aux vies minuscules, pour reprendre le titre révéré de Pierre Michon, espérant aussi que la démocratie naissante puisse faire enfin justice aux roturiers méritants. C’est bien un sentiment d’injustice qui lui fait écrire ces pages étonnantes, où elle critique Jean-Jacques tout en montrant à quel point elle l’affectionne, affirme péremptoirement qu’il faut dans sa vie écrire une fois pour toutes d’où l’on vient et qui l’on est et ne plus y revenir, décrit sa relation privilégiée avec les oiseaux qui la ferait passer pour folle et qui vient de son grand-père maternel (et qui me fait penser à ma mère). Laborit, que j'ai lu récemment, écrit qu’il est impossible de concevoir un monde meilleur puisqu’on ne peut l’imaginer qu’avec les représentations nécessairement limitées qui sont celles de notre époque, et c’est amusant de lire cette page où George Sand espère l’avènement des récits exemplaires de ceux qui n’avaient pas la parole avant la Révolution, quand on voit à quel point maintenant tout le monde se répand sur internet, parlant en son nom propre ou au nom d’une communauté, témoignant, donnant des conseils, échangeant, sans autre entrave qu’un respect élémentaire du droit, et sans hiérarchie des valeurs puisque seule la qualité du référencement compte, et l’événement planétaire du buzz ― ou, à moindre échelle, l’événement parisien, puisque c’est cet événement-là qui m’est le plus familier depuis quelque temps.

Ce qu’il faudrait, donc (je parle de mon hygiène personnelle), c’est ne pas faire événement, ce qui ne se résout pas pour moi à ne plus rien publier, mais qui m’oblige, pour être cohérent, et maintenir mon équilibre, à cultiver une forme d’isolement, qui m'apparaît avec d’autant plus d'acuité que je suis pour quelques jours à l’écart de Paris et de ses invitations constantes à une dispersion parfois heureuse, parfois concédée, parfois déprimante, de mon travail où je suis quotidiennement en contact avec des gens qui s’occupent d’événementiel et de communication, et du microcosme artistique où je suis encore une pièce rapportée. Je ne parle pas d’une tour d’ivoire (la terre m'intéresse plus que le ciel) mais d’une présence dans le seul espace où je sois à l’aise et parfaitement autonome, sans contrainte ni subordination, celui qui porte le nom idiot de blog.

jeudi, 08 octobre 2009

Prologue tardif

Situation du blog

Texte écrit (c'est une exception) par Pierre Dupont.

Sans commentaires.

Les corpus de la langue: le corpus scientifique, le corpus littéraire, le corpus juridique. En France les scientifiques écrivent de plus en plus en anglais, alors on s'inquiète, la langue va se perdre au rythme où les revues spécialisées et les colloques internationaux créent une langue qui ressemble à l'anglais mais qui la plupart du temps n'est l'anglais d'aucun natif. Au moins je suppose que tous les spécialistes d'un domaine particulier peuvent s'accorder sur un lexique technique précis (j'imagine cela en l'écrivant, je ne suis pas un scientifique), mais se comprennent-ils dans le liant des phrases et la finesse des arguments?

Le corpus littéraire, c'est autre chose. Du moins tout est affaire d'échelle de valeurs, de limite, de seuil en-dessous ou au-delà duquel un texte est considéré comme une tentative maladroite, impropre, importune, un ratage, ou comme un chef-d'oeuvre (même parmi les chefs-d'oeuvre il existe des gradations: chaque époque s'en mêle, qui enterre Ronsard au XVIIe siècle, le qualifiant péjorativement de gothique, l'exhume au XIXe en mélangeant outrageusement la mode troubadour, les rêveries et les approximations sur la Renaissance, et lui assure longue vie au XXe siècle dans les anthologies et les manuels scolaires. Il faut remettre cet exemple dans le contexte français, même si des Américains et des Japonais désoeuvrés développent pour notre précieux corpus une passion qui se résout en thèses et en articles complétant des bibliographies monumentales.)

L'empilement du savoir oblige tôt ou tard à opérer des discriminations. Quand j'ai écrit mon mémoire de maîtrise sur les descriptions architecturales dans les romans de la Renaissance (française), il fallait établir une bibliographie exhaustive. J'avais de la chance pour Amadis de Gaule, Palmerin d'Olive et Alector qui n'intéressaient que quelques rares érudits il y a une dizaine d'années. Par contre les romans de Rabelais suscitent depuis longtemps une abondante littérature critique que je n'ai pu ni assimiler ni lire intégralement. J'ai passé l'agrégation pour préparer une thèse, avec l'idée de devenir un spécialiste, un seixiémiste comme on dit. Je lis et je relis mes chers auteurs, et j'en découvrirai jusqu'à la fin de mes jours, mais j'ai vite renoncé à participer à l'accroissement du savoir. D'une part je ne suis pas fait pour la compétition (ou jusqu'à un certain point seulement, c'est-à-dire que mon milieu socio-culturel ne m'a pas préparé à jouer le jeu social nécessaire à la promotion dans le milieu intellectuel comme dans celui de l'entreprise ou de la politique). D'autre part ma directrice de recherche m'a encouragé à abandonner mes beaux sujets quand je lui ai parlé clairement de mon dilemme: faire de la musique (c'est-à-dire composer: c'était ma seule préoccupation il y a dix ans, avec la photographie) ou me consacrer à la recherche, c'est-à-dire à écrire sur, à écrire admirativement sur, ne faire que ça, écrire au second degré, écrire mal selon la mode universitaire (elle-même très changeante) des textes abstraits et compliqués sur d'autres textes merveilleux. Depuis, la maîtrise n'existe plus, remplacée par le master (le lexique scientifique évolue: on vient d'en parler). Je crois qu'un jour on n'obligera plus les étudiants en lettres ou en histoire à établir des bibliographies exhaustives parce que le recensement des textes critiques sera devenu impossible (ou alors ils seront disponibles sur des bases de données informatiques mais qui pourra les lire intégralement?), et qu'on fera le tri dans les corpus littéraires qui mobilisent le plus d'énergie chez les professeurs et les étudiants: ceux du XIXe et du XXe siècle. Et que diront ces textes des époques qui les ont produits?

S'émouvoir qu'un artiste comme Roman Polanski qui a ajouté au si récent et déjà si vaste corpus cinématographique quelques films dont beaucoup de gens dans de nombreux pays portent plus ou moins la mémoire soit depuis quelques jours dans une geôle suisse, regretter qu'un homme de sa qualité soit poursuivi comme un homme de rien, croire qu'il fait l'objet d'un acharnement malsain de la part d'un système judiciaire inique et d'un peuple vil qui cristalliserait ses frustrations dans une curée d'autant plus sanglante que les médias en rendent compte et l'amplifient avec la vertigineuse instantanéité des technologies actuelles, c'est être dans son temps sans doute, c'est peut-être s'engager, lutter pour un idéal en rejetant l'absurdité, certaines dérives, les erreurs inévitables générées par l'interprétation des lois. Que restera-t-il de cette affaire? Qui en parlera? Les historiens? Les ethnologues? Les critiques d'art?

Voltaire écrivit des tragédies en alexandrins comme le fit Racine avant lui et pensait qu'elles assureraient sa postérité. Seuls quelques érudits lisent maintenant les tragédies de Voltaire, et la plupart des gens ne le connaissent que par ses contes philosophiques, au premier rang desquels, Candide. La plupart des jeunes gens en France ont lu au moins un extrait (c'est-à-dire, réglementairement, vingt-cinq lignes au maximum) de Candide dans chacun des six chapitres qu'une majorité de professeurs de français mettent au programme en classe de première (l'année où l'on passe le bac français). Ils ont appris à expliquer en quoi par exemple l'incipit (c'est comme cela qu'on appelle techniquement le début d'un texte) de Candide est ironique. Ils le font très mal en général, du moins pour ce que j'ai pu observer dans plusieurs lycées du Nord de la France. Les situations de Candide sont datées, mais l'école de la République a sans doute raison d'y trouver six exemples de dénonciation violente de l'iniquité des actes et des lois des hommes. C'est un petit corpus qui forme à l'éveil des consciences par la connaissance du pouvoir de la langue.

On pourrait aussi bien se focaliser sur quelques séquences du corpus de Polanski, et parler à travers eux de l'homme Polanski. Certains commentateurs ont déjà établi un parallèle entre l'oeuvre et le destin de l'homme Polanski.

Au siècle dernier Proust avait dit qu'il fallait distinguer le moi social du moi de l'écrivain. On en tient rarement compte.

Voltaire ne défendait pas que la veuve et l'orphelin. Il était aussi un riche propriétaire qui faisait tourner son affaire.

Beaumarchais, pareil. Le monologue de Figaro, d'accord, et puis...

Evidemment, nous ne sommes plus à l'époque des Lumières, mais à celle des écrans. Les pamphlets ne circulent plus sous le manteau, on n'édite plus les textes contestataires aux Pays-Bas: les informations circulent de manière tellement rapide et avec une telle abondance que les censeurs ne peuvent prendre connaissance d'un corpus qui s'accroît sans cesse dans des proportions extravagantes. On appelle ce corpus blogosphère. C'est un corpus mouvant, parfois éphémère, voué à disparaître dans la plupart des cas. Il y a des buzz, quand un site, une page, une vidéo est consultée par un très grand nombre d'internautes, et des disparitions fulgurantes. Devant l'écran, les émotions peuvent être décuplées, et devenir néant aussi vite. C'est la même chose pour les écrans de télévision, mais je ne peux parler de la télévision car je ne la regarde plus depuis plus de trois ans.

Des informaticiens sont peut-être occupés à effectuer des relevés d'occurrences sur le corpus du réseau social Facebook: "polanski", "justice", "injustice", "mitterrand", "pédophilie", "mineure", "dégueulasse", "salaud", "pute", "sodomie", "écoeurant", "pétitions", "bien fait", etc. Je pense à cela parce que j'ai lu récemment un article sur la mesure du bonheur national brut, par un relevé d'occurrences dans les statuts des utilisateurs de Facebook.

Quelques personnes contribuant à l'accroissement du corpus blogosphérique se trouvent être des spécialistes du corpus juridique. (J'en reviens au plan annoncé dans mon premier paragraphe. Je parle toujours du contexte spécifiquement français.) Ceux-là essaient, ou font croire qu'ils essaient d'apporter leurs lumières aux internautes moyens qui essaient de leur côté de comprendre quelque chose aux sombres histoires déballées sur la place publique. Ce qui est étonnant, c'est que tant de personnes aient, veuillent avoir une opinion sur l'affaire Polanski, pour en revenir à cet exemple. Dans la plupart des cas, c'est l'affect qui motive les réactions, manichéennes (Polanski-salaud-qui-doit-rendre-des-comptes ou Polanski-victime). Et les réactions subjectives se voilent d'arguments de seconde main énoncés par des spécialistes. Ainsi n'importe qui peut justifier ses vues avec l'aide des autres, des communautés spontanées se créent, des appartenances nouvelles déterminent des positionnements politiques et éthiques. Ca peut être merveilleux (autonomie de réflexion du citoyen, jugement critique fondé sur un riche corpus) ou effrayant (manipulation généralisée, quelle que soit l'opinion).

J'appartiens à quelques groupes et sous-ensembles. Sur Facebook, j'ai supprimé tous mes groupes il y a quelques semaines. Je ne les fréquentais pas, et me contentais de recevoir passivement des informations, des actualités, des invitations. Ces appartenances n'étaient donc qu'un affichage, une mystification. Dans mon réseau d'amis sur Facebook, il y a beaucoup d'artistes: comédiens, metteurs en scène, plasticiens, écrivains, vivants ou morts (Marlene Dietrich, André Breton par exemple). Je ne les connais pas tous. Je parle et je corresponds avec des gens que je n'ai jamais vus, je suis ami avec des gens que j'ai fréquentés il y a quelques années et que je ne vois plus jamais (et avec qui parfois je n'ai aucun échange verbal), et je ne compte qu'un ami appartenant à mon réseau professionnel, parce que c'est un vrai ami.

Mais je me trompe. Ce n'est pas moi sur Facebook, mais Pierre Courcelle.

Je m'explique.

J'appartiens d'abord au groupe des personnes s'appelant Dupont, et au groupe de celles se prénommant Pierre. Ces noms sont médiocres, c'est-à-dire dans la moyenne, de même que j'ai un travail dans la moyenne, un travail administratif. Au travail, j'utilise une langue médiocre, j'écris des textes selon des codes stricts, j'applique les règles d'écriture qui sont celles de mon groupe professionnel, et c'est la conformité à ces règles, agrémentée d'une certaine souplesse d'expression, que ma hiérarchie apprécie. Tout ce que j'écris (lettres officielles, circulaires, notes de service, argumentaires, articles) fait partie d'un corpus réglementaire que le service des archives de mon administration prend en charge périodiquement, afin de délester mes armoires des textes obsolètes et des dossiers peu susceptibles d'être rouverts. D'un autre côté, j'écris beaucoup aussi sur mon blog, selon des codes que je suis le seul à déterminer. Mais là c'est Pierre Courcelle l'écrivain. Son nom est moins commun, mais je regrette que certains me disent qu'il est typiquement parisien, alors que pour moi il évoque mes racines familiales et la campagne, la roture. Par exemple, dans ses poèmes, Pierre Courcelle met une majuscule au début du premiers vers mais pas aux suivants. Dans la prose, il fait une économie de virgules et il a décidé d'abandonner le point-virgule, aussi aristocratique qu'une particule: la valeur antithétique du point-virgule est parfois rendue dans ses textes, comme on le faisait à la Renaissance, par les deux-points. Depuis quelque temps il s'interdit les métaphores dans la prose poétique. Il a son avis sur la question. Du coup, il confie l'usage des métaphores à son hétéronyme, Joachim Delorme, qui a publié un recueil fantôme, Panique poésie. Joachim Delorme a une cinquantaine d'années, une expérience de la vie et de littérature qui mériterait d'être précisée, et un nom de la Renaissance. Joachim comme le poète des Regrets, et Delorme comme l'architecte. Il touche à l'aristocratie, et pour cela Pierre Courcelle se méfie quelque peu. C'est-à-dire qu'il se méfie de lui comme de toutes les élites, mais il ne croit pas que Delorme soit un aristo pur jus. Disons qu'avec Delorme il n'y a pas de rapport hiérarchique, pas de subordination. Du respect il y a, à cause de l'âge et de l'expérience, mais pas de complaisance. On voit donc que je me répands sur internet sous des noms empruntés (à mes ancêtres roturiers, à mes nobles modèles), que mon blog, qui est mon support d'écriture privilégié au sens où la plupart du temps j'écris directement sur le mini Word de mon hébergeur HautEtFort, est devenu depuis plus d'un an et demi l'espace où se déploie mon imaginaire: tout ce que j'y dépose est récit (proses, poèmes, photographies, etc.). C'est à la fois beaucoup (empilement des notes, plusieurs centaines) et très peu de chose: oeuvre d'un inconnu sans papiers qui publie sur internet à compte d'auteur. Mon identité est certainement celle de ma carte d'identité, au sens courant et administratif du mot identité. Scientifiquement, elle est celle de mon ADN. Scientifiquement encore, elle est celle de mon imaginaire, et mon imaginaire, c'est d'abord ma langue, celle que je crée avec les mots et la syntaxe de la langue française. Ma syntaxe, et d'abord les ellipses, les bonds, les raccourcis, situations enjambées, jetées, rejetées, contre-rejetées, histoires désaxées, disloquées, puis rassemblées. Un peu comme les trois noms: Dupont, Courcelle, Delorme. La fuite dans les noms rêvés, et les langues à déplier. La fuite n'est pas conciliable avec l'appartenance à un groupe. La fuite se fait sans dieu ni psy. La fuite se passe de conviction. La fuite n'est pas indifférente. La fuite n'est pas aveugle. La fuite est poreuse. Il y a les autres, la conscience de leur présence, et le partage, quand ça se présente, quand c'est possible, quand c'est permis. La fuite est profondément solitaire. Elle n'est pas triste, elle n'est pas désespérée. Elle n'exclut pas le doute et la peur cependant. Elle est errance parce qu'elle n'a pas de but. Certaines fuites ont un but. Pas la mienne. Je ne sais pas où je vais, où elle va me mener, je ne m'attends pas à ce qu'elle ait un terme, je pense qu'elle n'aura pas de terme, hors la mort, qui sera la mort de l'homme et de sa langue. Et puis quoi? Je pense à ce que dit Depardon dans Errance: l'errance, c'est la quête du lieu acceptable. Il le répète plusieurs fois, le texte est le retransciption d'une interview, avec ses répétitions, ses maladresses, son ressassement. Les pages défilent, et les photos de l'errance dans des pays jamais nommés, des trottoirs et des ciels sur des photographies verticales. Et puis, à un moment, il parle de la quête du moi acceptable. Mon moi social est protégé, même exposé sur internet je crois, même en précisant que ce texte est écrit exceptionnellement par Pierre Dupont. J'espère que ce texte est assez clair. Au moins il l'est pour moi ce soir, en l'écrivant. Mon moi social n'est pas acceptable, du moins il ne me satisfait pas. Le moi de Pierre Courcelle me projette loin, me paraît infini (Pierre Courcelle n'emploie jamais ce terme, et Delorme ne peut le faire qu'avec ironie).

Epilogue

Je suis infiniment triste de m'être disputé avec Yves-Noël hier soir. C'était au sujet de Polanski. On s'est engueulés en public et j'en tremblais. Je regardais ailleurs, on était à une terrasse de café et je venais d'écrire les cinq sonnets trisyllabiques de Joachim Delorme. A un moment il m'a fait un clin d'oeil et j'ai compris que ce ne serait pas comme le soir où on s'est quittés en colère en s'insultant presque. Il y avait Marlène entre nous, Yves-noël parlait beaucoup, on se regardait peu. Après on a marché et parlé longtemps, puis on a dormi ensemble chez lui. On s'est couchés très tard, on s'est étreints au milieu de la nuit.

Ce soir je me suis enfui, il fallait que j'écrive ça, sur le moi social et l'autre moi, qu'on appellera comme on veut, disons le moi imaginaire, le moi de l'imaginaire, je ne sais pas. Je ne veux pas conclure sur Polanski, la confusion des moi, de ses moi, c'est assez évident.

dimanche, 31 mai 2009

Dixit Matthieux

"Ce qui est compliqué, ce n’est pas l’absence d’inspiration, la prétendue page blanche, mais l’absence de désir, comme si notre corps était en creux, vidé de sa prétention à aspirer l’encre autour."

Matthieux

vendredi, 13 février 2009

Vendredi soir

La journée, la semaine se terminent. A la sortie de Montparnasse-Bienvenuë il y a des traces de coeurs peints sur le bitume. Villa de l'Astrolabe je donne les clés du Chevalier à l'Etoile: ils se voient demain! Au téléphone il me dit que les chevreaux me ressemblent, que je ne suis pas un chaton mais un chevreau. Il y a cent vingt chevreaux autour de lui, de frêles nouveaux-nés qui ont deux ou trois jours et crient à mes oreilles. Puis j'appelle les uns et les autres, c'est bien la fin de la semaine, et quand je suis à la Fourche il est trop tard: je n'irai pas au théâtre, mais au lieu du ratez-vous je pars en sens inverse, on s'est trompé d'endroit tous les deux, on ne verra pas Le Cas Blanche-Neige. On mangera aux Editeurs quelque animal qui un jour trembla sur ses petites jambes.

Le couscous de Belleville

Après le cours de danse on roule des cigarettes boulevard de La Villette puis on mange à Belleville. La question des clés n'est toujours pas résolue alors j'appelle mon chevalier: il s'endort à la contemplation d'un ciel lunaire quelque part en Auvergne, me dit "chaton" et je rêve encore. A l'entrée du métro un homme demande une cigarette, et qu'on la lui roule: "j'ai les doigts frigides". Il cherche l'hôpital saint-Antoine, c'est le dixième, c'est le onzième, "qu'est-ce que vous faites dans la vie?", oh, ce qu'on fait dans la vie...

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