dimanche, 23 octobre 2011

Cécile & Jean

Bonjour Pierre,

Si tu tapes "sommaire du n°14 de Plein Jour" tu trouveras entre autres un témoignage que j'ai adressé à cette association de compagnes de prêtres. C'est un peu - beaucoup en fait - de notre vie à Cécile et à moi, et aussi de la vôtre, nos fils, par voie de conséquence. Je t'embrasse et au plaisir de te revoir, sans doute demain, Papa.

***

Bonjour Papa,

Merci pour ce texte, où je retrouve un récit conté plusieurs fois depuis mon enfance (plus souvent par maman: je me souviens que je l'écoutais passionnément!), et tes convictions que j'admire.

Je te réponds par un poème de Saint-Pol-Roux adressé à sa fille, qui portait le prénom de Divine (ah, ces poètes...):

Ma Divine
Le seul poème est le poème de la vie
Et les livres ne sont que d'inanes recueils
Le meilleur titre d'un ouvrage et sa survie
C'est une fille qui rayonne sur le seuil.
Au cadran du vieux temps
Ma Divine a vingt ans.

Je t'embrasse, et à demain!

Pierre

mercredi, 02 septembre 2009

Cécile

Mais nous pouvres & chetifz
Ici n'avons connaissance
Non plus qu'enfans abortifz
Du lieu de nostre naissance:
Ains volenteux de gesir
Soubs le vicieux plaisir
Des Serenes de la vie,
Jamais ne nous prend envie
(Comme au Grec) de voir un jour
La flamme en l'air promenée
Sauter sur la cheminée
De nostre antique sejour.

Pierre de Ronsard, Odes, Livre V, "Tombeau de Marguerite de Valois"

Je devais aller sur ta tombe, les premiers mois je m'asseyais sur ta tombe et je posais les mains sur la pierre froide, c'était l'automne puis l'hiver et je crois que les lettres dorées brillent encore dans le creux du marbre, le quatrain que Père composait à ta louange. Le masque de la maladie et le masque de la mort, la longue agonie, la main dans la main, puis la longue robe de velours aux broderies désuettes, je me souviens à peine de l'enterrement, je portais je crois la chemise blanche de mon mariage, il faisait gris et je m'étais perdu en voiture dans une ville incompréhensible. Je ne suis pas allé sur ta tombe cette année, et je suis loin aujourd'hui, je voulais garnir ta tombe, j'ai renoncé. Ronsard m'embarrasse, qui parle de la chrétienté et poétise la mort en métaphores cosmiques: "là, sous tes pieds, les saisons recueillent leurs pas qui glissent"... Dans mes mots point de dolence, savoir qu'il importe peu de n'être rien, et encore moins de n'être plus rien - je me divertis de mieux en mieux, ô sirènes de la vie, et avec gravité, j'arrive presque à reconnaître ce qui m'est propre: joie!