vendredi, 27 avril 2012
Se faire de nouvelles promesses
Camille m'envoie un texte de Jean-Luc Lagarce:
"Se faire de nouvelles promesses. Se promettre de ne plus recommencer. Aller son chemin. Ne pas écouter les conseillers attentifs pleins de sollicitude. Se méfier de toutes les certitudes. Continuer à avoir peur, être inquiet, ne jamais être sûr de rien. S'inquiéter du respect et se garder de la fausse insolence. Haïr la parodie. Se souvenir. Ne jamais oublier de tricher. Dire la vérité et ne plus s'en vanter. Abandonner les voies rapides et suivre les traces incertaines. Parfois aussi, de temps à autre, s'arrêter, ne plus rien faire et ne pas affirmer que ce fût pour réfléchir. Prendre son temps. Ricaner dans les moments inopportuns. Sourire avec douceur. Ne pas être, jamais efficace, renoncer. Lutter contre les médiocres. Résister. Eviter toujours ces mots-là, ces choses qu'on ne comprend jamais, "le consensus", "la conjoncture ", "les synergies", on a beau avoir fait des études, ces mots-là, on ne les comprend pas, alors on les laisse. Ne pas craindre l'affrontement. Ne pas craindre même, admettons, de provoquer l'affrontement. Chercher la bagarre, oui, "des fois", et même juste pour rire. S'en moquer. Garder en réserve, toujours au milieu des défaites, la légère et nécessaire ironie de la victoire. Inversement aussi, j'allais le dire."
dimanche, 07 août 2011
Le mannequin de Camille
vendredi, 22 juillet 2011
Où est l'Eternel
Dans le Livre des Rois elle désigne un verset,
des gens de Jéricho disent que le séjour de la ville est agréable,
mais l'eau est mauvaise et le pays stérile,
voici ce qui arriva,
je me suis fracassé le cubitus contre un rocher sous-marin,
Camille m’a garrotté le poignet d'un linge pudique,
tant d’algues s’étaient infiltrées dans le maillot de bain,
la mer commuée en vaste lavure, les chairs et la foule des baigneurs,
les sardines martégales puis le champagne dans les verres à pied,
le sang battu par les vents,
procurez-moi une écuelle et mettez-y du sel,
la petite frappe les eaux chaque jour, de colère contre les vagues aveugles,
le dernier jour seulement nous contemplons la discrétion des poissons à découvert dans l'onde transparente,
dans quelle décoction trempe-t-elle le linge souillé,
elle répond par La Flûte enchantée à la musique barbare des voisins,
je suis comme une anguille, je me faufile de partout dit-elle,
commente abondamment les frondaisons merveilleuses d’une plante verte à la fenêtre,
il fait nuit quand la petite éolienne tourne folle,
le parement de nos vies égaye les conversations,
souvent je réponds par des silences,
pour dessiner une cerise elle prendrait un dé à coudre, une pomme un verre,
Josiane,
je veux mon Opium dit-elle, Opium c'est le chien, il a sept ou quatorze ans, c'est selon,
ce fils d'assassin envoie quelqu'un pour me couper la tête,
ce malheur vient du Seigneur,
que puis-je encore espérer du Seigneur,
donne ton fils et nous le mangerons, mais elle avait caché son fils,
elle hurle le jour où elle ramasse un mégot dans la cour,
ce fut une maison de maître, maintenant découpée en cinq appartements,
pour elle vingt-cinq ans dans vingt mètres carrés,
six doses de produit pour venir à bout des traces de doigt sur les placards mélaminés de la cuisine,
et les carreaux comme ceux du métro parisien mais étrangement immaculés,
le fond des casseroles trentenaires étincelle de vinaigre,
Jésus avait cinq frères et soeurs, sont-ils couillons ces catholiques,
elle se souvient de l'italien,
confond peut-être Tosca et la Toscane,
me parle de mes jambes,
attend le facteur,
consulte les pierres magiques sur la table en formica,
décrit la tête d'ange d'un ministre qui apparaît à l'écran de son téléviseur cubique,
se couche à l'heure où hier elle se leva,
le mannequin, Camille avait laissé les consignes,
elle saisit ses vêtements et les déchira en deux,
un cadavre exquis dans les colonnes du Canard enchaîné,
allô maman complètement bobo,
empoisonnement jusqu'à la lie mais pas plus,
quelque boîte à images socialiste,
puis les laisses de papier crépon, une dentelle de papier toilette,
en guise de collier un fil de fer circonvolu et dans l'oeil de la spirale un galet miniscule,
des savons, des melons, un pain aux noix, une robe, une montre achetés sur le marché,
consignes de sécurité, voleurs de poche,
dans la station du Vieux Port on a le choix des couleurs, j'avais d'abord écrit Vieux Mort,
prière de ne marcher que sur les dalles de la couleur qu'on s'est choisie, blanc, bleu clair ou bleu foncé,
sur les murs avant de refaire surface toucher les galets rangés brillant d'un vernis artificieux,
et souvent dans la rue les jeunes femmes et hautes lui donnent un coup de sac à main et elle s'en plaint,
collectionne les touillettes qu'elle ne manque jamais de demander au cafetier au moment de régler l'addition,
un jour au bar tabac une cagole plus bariolée que tous les papiers crépons de notre mannequin lui montre un bijou de sac étincelant,
elle prononce tabaque, déçue de ne pas avoir même gagné trois euros cinquante,
réfute mes arguments, toi avec ton hasard,
si le Seigneur ne veut pas te secourir, avec quoi pourrai-je te secourir?
Un jour il y eut un garçon romanesque et désoeuvré,
il allait de la mer au sable et du sable à la mer,
parfois changeait de place trimballant ses maigres effets et tout couvert de blonde poussière et de poussière de cristal,
il brillait de mystère et de volonté,
semblait une fleur commune et belle pourtant,
c'était un fils du roi,
tous les autres, égorgés,
ils étaient soixante-dix,
exposés en deux tas à l'entrée de la ville jusqu'au matin,
je chanterai pour toi,
je chanterai pour toi,
ton nom m'est inconnu,
ton coeur une abstraction,
tes yeux plus clairs que ta peau,
je m'appelle Millepertuis, Pimprenelle, Immortelle des Dunes.
Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, bible, marseille, camille ivressecran
lundi, 27 juin 2011
La vie d'artiste
Il y aurait tant à raconter, mais je n’écris plus que de la musique. Oublié le roman, ou dans un coin de l’avenir. Je n’ai jamais tant fait de musique, depuis, je ne sais plus, deux ou trois mois, presque tous les jours. Et ma technique est encore si imparfaite. Michel écoute et commente en musicien, quelques mots, des remarques précises.
Et cette idée soudaine de partir, dès septembre, aller vivre ailleurs, trois ans, six ans, dégager.
J’écoute les Métamorphoses de Strauss, après La Vie d’artiste dans un vieil enregistrement de l’orchestre de la radio de Vienne.
Walid continue de rêver ses personnages, son roman, des photos du quartier de la Défense où il travaille, et Ronnie, personnage qui a fait irruption dans l’appartement le temps d’une séance de photos au micro, devant le clavier, devant le poster au grand ciel gris où plane un oiseau.
Camille, avant son départ, laisse une phrase, une pensée à chacun de ses amis, celle-ci par exemple: "Maintenant je vais te leur faire le boniment sur la vie. Ils savent. Maintenant je vais te leur affirmer que chaque être vit et respire et que c’est déjà beaucoup. Ils savent. Maintenant je vais te leur parler de la vacuité de vivre, de respirer. Ils savent. Maintenant je vais te leur affirmer que c’est déjà beaucoup. Imbécile que je suis. Ils savent. Demeuré. Ils savent aussi."
samedi, 29 août 2009
L'entorse
J'ai lu avec cette elegance discrete les ecrits d'un ete qui passe si vite. Et sur vos differentes traces qui explorent cette rencontre de vie avec Yves Noel. Les liens de l'un a l'autre sont ces pages laissees sur des fragments etoiles de l'internite. Sans indiscretion. En partage. De ce sourire ce don je vous remercie. En attente peut etre de ces quelques lignes qui traverseraient au hasard d'un spectacle a lire publie avec comme on pourrait l'imaginer suivi de quelques trous de fin de mots qui trouvent le silence.
CR
Merci pour ce retour... ce n'est pas si fréquent, de la part de lecteurs que je ne connais pas (nous sommes-nous déjà vus?). "Sans indiscrétion", "partage", "sourire", "don": merci à vous pour ces mots, qui me confirment dans une démarche qui ne va pas sans interrogations, hésitations, doutes. J'ai lu et relu votre dernière phrase...
PC
Je rentre le 1 septembre pas d'ordinateur. Impossible de visionner les vidéos sur votre page. Quelques photos ont traversé le regard de l'enfant... Non je ne connais que vos écrits. et dans ce partage ... Il y avait comme une lecture a haute voix qui soulignait le sillon des bruits de l'été si différent ce soir... Si vous êtes accompagnés parfois dans les salles obscures. Je serais a Bastille pour le Cauchemar de Jean Michel Rabeux. Ce que je voulais dire c'était surtout qu'une écriture était sensible a être éditée ou lue en public ou fragmentée comme un interstice... au delà d'un spectacle... je me souviens d'une lecture intime de Daniel Emilfork avec son compagnon... La douceur de ce lien si étroit avait laissé l'errance possible d'un écart pour Daniel... Il s'était endormi vers la fin du livre sur un fauteuil à bascule.
CR
C'est une belle anecdote!
Nous nous verrons sans doute à Bastille le 17 septembre alors, avec plaisir.
Je suis sur les routes demain et dimanche, donc sans connexion internet, puis ce sera la rentrée...
Au fait, vous voulez dire que vous avez lu mes notes sur un téléphone portable?
PC
OUI C'ETAIT LE SEUL LIEN PENDANT UNE CONVALESCENCE DE 20 JOURS. Entorse presque réparée.
Alors je vous souhaite un prompt rétablissement, comme on dit, et je me permets de publier ces quelques messages échangés depuis hier, qui concluent peut-être mon cycle estival. A bientôt.
PC



