jeudi, 22 juillet 2010
Fuseaux solaires
L'Etoile, je ne l'avais pas vue depuis combien, trois mois. On a longé le canal de l'Ourcq, le soleil cramoisi sur le crépi d'un immeuble, l'embrasement du ciel, le ciel était dramatique comme dans une peinture de Caspar David Friedrich. J'ai photographié ses jambes au pied d'une flaque d'eau comme une mare de sang, nos visages rapides de moitié de vie, puis ses mains posées sur son sac, le plateau joliment écaillé de la table ronde dans un café à Jaurès, les Américains parlant trop fort, les salades pyramidales dans des assiettes trop grandes, cigarettes roulées, quelques parapluies à l'horizon maintenant crépusculaire. Je dis, je bois un verre de Brouilly in memoriam Yves-Noël Genod, puis le long du boulevard jusqu'à La Chapelle, l'Etoile aperçue à la diagonale d'un escalator, je repartais à contre-chemin, contre-amour, souvenirs d'aubes lointaines et de longs trottoirs. En rentrant chez moi, je lis les textes de l'Etoile, et celui-ci:
On s'est levés à 10h00. Garde alternée oblige. Je finis un lourd sommeil parsemé de saillies enfantines. Yann et Koumaël dans le canapé avec moi enfarinée, agitation télévisuelle, je ne distingue pas les muscles de l'armure. Je suis un peu pas là, Yann me pousse. Ahmed n'arrive pas avec le café. Les étreintes n'eurent pas lieu, lesquelles? Fantasmes de la veille oubliés. Corps lourd et chaud dans ma nuisette bleue, ma nouvelle coupe ne me plaît pas. Chaleur, ventilateurs. Hier on s'est retrouvés tout piteux d'épuisement, quelques mots échangés à 3h00 dans la cuisine. Pierre n'a pas répondu.
Hier Papa est mort. Casino, voitures, motos, lido, femmes, courses et alcool: je le préfère comme ça, sans avoir connu de trop près le monstre de plaisir. Je ne sais pas si je l'ai aimé. Lui oui.
Marc est beau comme Ahmed et Marc est sec et musclé comme Ahmed mais c'est avec Ahmed que. Marc parle de sa maladie, toxico du sexe, il laisse la poésie pour un enfermement analytique, Marc tu dois baiser jusqu'à t'écoeurer et tu seras quitte avec l'Eglise affective.
Quelle est la dernière chose à laquelle penser maintenant?
Je dirais Noël.
Mon anniversaire est passé comme une façon de réclamer mon droit à l'affection, ce que personne ne comprend d'ailleurs et je les em...brasse.
Il n'y a plus que moi maintenant, maison ensommeillée dans la moiteur de l'après-midi d'un samedi populaire. Résonnances tubulaires du marché finissant. Eglise raide comme la mort. je devine la fraîcheur des pierres. Pierre. Il n'est peut-être pas frais lui, retour d'une backroom où je ne pourrais jamais regarder à la lueur d'une bougie les corps enlacés. Je me demande si c'est beau, je me souviens d'un film où il y avait de magnifiques scènes homo, c'est resté.


