mercredi, 26 août 2009
Etrange folie de communiquer
repenti comme l'amour
distrait puis desséché
quelle trivialité en ce monde
quelle pauvreté
où loge le verbe
le verbe folie
l'enchantement du coeur
la parole accrochée
l'ardeur minuscule
au centre de tout
l'immédiate nullité
l'infranchissable passé
l'épreuve à dire et redire
l'entêtement plaintif
arc-boutement explicatif
estimation du galop puis la chute
Ecrit ça il y a deux jours sur mon Bloc-notes, le fichier s'intitule cavalcade.txt, je ne sais exactement pourquoi. Il y eut les juments de Courpière, Morgane et Léa. Yves-Noël et Clélie, Clélie et Yves-Noël sont montés sur la première, qui à l'heure du coucher s'est trouvée happée dans les Histoires d'Aurore que j'improvise tous les jours avec Clélie: Morgane est la jument du roi, transformé en crapaud géant par la sorcière Hideuse. La bonne fée Justine ne peut rien contre les pouvoirs démesurés de la sorcière, mais elle donne à Morgane l'usage de la parole, afin qu'elle puisse conter les aventures extraordinaires et malheureuses du roi quand ils seront de retour au Château Fatigué.
Toujours considéré l'équitation comme un sport de riches. Difficile de perdre ce genre d'apriori.
Le poème me rappelle ce que j'écrivais il y a quatre, cinq, dix ans. Amour, monde, verbe, coeur, passé, dire: écueils.
Je voulais le polir en sonnet comme fait Joachim Delorme.
Il y a cette expression que j'ai trouvée chez Valéry: le sonnet, poème stationnaire.
Yves-Noël m'a offert des roses hier soir. Au fond du sac, un tapis de pétales de toutes les couleurs.
Clélie m'a demandé tout à l'heure si nous allions nous marier, lui et moi.
Nous l'attendons, elle en regardant un dvd de Rémi et en dessinant, moi j'ai pris une douche et j'écris.
Demain il part à New-York.
Il dort chez moi cette nuit et partira très tôt.
Sur son blog, mademoiselle Neige fait un portrait d'Yves-Noël: Yves-noël/New-York, YN/NY.
Il part sans valise, sans son MacBook.
Je lisais Valéry hier soir, à voix haute. "Je trouve indigne de vouloir que les autres soient de notre avis. Le prosélytisme m'étonne." "Il n'y a pas de doctrine vraie en art, parce qu'on se lasse de tout et que l'on finit par s'intéresser à tout." Yves-Noël, qui n'aima pas Valéry à cause de Sarraute, hésite: "Si tout le monde écrivait, qu'en serait-il des valeurs littéraires?". On pense à ce qui dit Nan Goldin à propos de la banalisation de la photographie. Moi, je retiens surtout: "Ecrire en Moi-naturel. Tels écrivent en Moi-dièse."
Encore, ce matin, pour alimenter mon art poétique: "La parole ne signifie ce qu'elle prétend signifier qu'ex-cep-tion-nel-le-ment."
Perplexité: "L'homme de goût est une manière d'incrédule. Il ne croit pas à la surprise: unique loi des arts modernes. Car la surprise est chose finie."
Au petit-déjeuner, Yves-Noël me parlait de Pierre Guyotat, dont il a retranscrit les propos entendus hier sur France Culture: la notion de recherche lui est étrangère.
Le rêve de cette nuit, il note les phrases de Woody Allen, qui jouait dans son spectacle: maximes péremptoires à la Valéry.
Je parle des hyènes à cause des portraits de Laurent Lafolie, qui demande à ses modèles de relâcher les muscles du visage: n'exprimer aucune émotion. Les hyènes, c'était un documentaire animalier, hier midi, que je regardais avec Clélie. Les animaux, la même expression vide avant le combat, après la saillie, en situation d'abandon, pendant l'allaitement, en nageant.
Dernière journée à Paris avec Clélie. Demain on part à Valenciennes, deux jours chez mon père, puis je raccompagne Clélie à Fécamp. Je resterai sans doute en Normandie tout le week-end.
Père est rentré du Canada. Il aura peut-être des choses à me dire au sujet de Pierre Courselle, l'autre, puisqu'il a passé deux semaines chez sa soeur.
Pour terminer, Valéry encore: "Etrange folie de communiquer - Communiquer sa maladie! - son opinion - communiquer la vie."


