mardi, 21 février 2012
Les rats ne quitteront pas le navire
[A propos de la page 17 du Monde daté du 21 février: "Le pacte républicain malmené par l'Elysée", et une tribune de Dominique Antoine: "Après deux ans auprès du président Sarkozy, pourquoi je voterai Hollande".]
Ces hauts fonctionnaires étaient qualifiés de "résistants de la dernière heure" la semaine dernière: "Les conjurés de Beauvau rêvent d'un Etat neutre". Quant à cet "Etat neutre", ça ressemble à un doux rêve (drôle d'idée pour des énarques qui connaissent parfaitement les rouages du système). L'article d'aujourd'hui, je l'ai envoyé ce soir, du bureau, à plusieurs collègues, mais toute la maison éducation nationale a tremblé quand une dépêche AEF s'est fait l'écho des propos de Dominique Antoine, dans la même page que la tribune de ce groupe de "résistants". Ce vendu qui a fait la pluie et le beau temps sur les politiques d'éducation et de culture pendant deux ans retourne sa veste sans vergogne, et d'évoquer son ancien professeur François Hollande... Cette page du Monde aurait pu s'intituler "Les rats ne quitteront pas le navire". C'est fort de s'en prendre à la RGPP quand on l'a fait bouffer à ses administrés. Quant aux fameux "indicateurs", qui sont devenus la fin de toute réflexion des administrations d'Etat, il faudrait rappeler qu'ils ne sont que l'application de la sainte LOLF, votée en 2001 tant par la gauche que par la droite dans une belle unanimité au nom de la Transparence des politiques publiques érigée en Bien absolu. Ceci dit, il est clair que la gauche pourrait mettre un peu de raison dans la gestion de ces affaires. On pourrait imaginer que la gauche, elle, ne confonde pas la communication avec l'action (puisque c'est un des griefs des hauts indignés). Mais est-il bien raisonnable d'y croire? En tout cas tout le monde a envie de tourner avec le vent. La une du Monde pourrait passer pour la une du Canard enchaîné!
Bon, faut bien un peu de contradiction sur les sujets politiques... Je me suis abonné au Monde pour savoir plus exactement de quoi je me méfie d'une manière générale dans la presse. La manipulation est omniprésente, mais avec une élection présidentielle, ça suinte! Tiens, je n'avais même pas fait attention à l'encart publicitaire sur cette une mémorable: un bouquin sur Hollande intitulé François Hollande ou la force du gentil, avec une photo du candidat qui ressemble à la victoire!
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samedi, 21 janvier 2012
Ce qu'il faut ajouter à une journée de travail pour en faire une journée de vie
[Ce mail est affecté d'une étoile. Samedi 21 janvier 2012 1h23]
Bonne idée, je crois que je n'ai rien de prévu le 7 (il me semble que Barbara m'a invité le 6 à une projection presse de Los Indignados, je vérifierai lundi au bureau...).
Demain après-midi, j'irai sans doute faire un peu les soldes avec Clélie, mais tout dépendra, du temps, de l'humeur et de l'énergie dont je disposerai! Je te dirai en tout cas si on y va, on pourrait se voir quelque part autour d'un verre ou d'un café.
Clélie est de bonne humeur, elle est dans son lit, regarde la fin d'un Harry Potter et commence à sombrer... On est rentrés en bus jusqu'à Jaurès, puis métro. A*** nous avait acheté des crèpes pour manger dans le train, ô grâce, mais Clélie m'a avoué dans le train qu'elle a pété les plombs il y a deux semaines après que je lui ai dit que Clélie avait bousillé la fermeture-éclair de l'une de ses bottines: "ton père est un connard". Je me demande si ce n'est pas préférable, de temps en temps, à la mollesse d'une relation amicale post-divorce. Au moins les choses sont claires, même si c'est un peu rude parfois. Quoi qu'il en soit, A*** a échangé lesdites bottines contre une autre paire, plus belle je trouve.
Je ne t'ai pas dit: hier j'ai trouvé une pile de Libé au-dessus d'une poubelle: tous à mon nom et intacts, même pas ouverts! Je me demande ce qui s'est passé, je n'y comprends rien, pas plus qu'à ces (mes, et celles de Gilles) histoires de bactéries.
J'ai acheté ce midi, en revenant de la gare d'Orsay, le bouquin du Ministre des Farces et Attrapes (comme qui dirait), qui porte le pompeux titre de Le Désir et la Chance. Il ne devait sortir que lundi, et je n'ai pas résisté: 21€ de conneries sur papier recyclé, qui en vaudront 3 dans quelque temps chez les bouquinistes du boulevard Saint-Michel. J'ai lu quelques pages dans différents chapitres, assez pour comprendre que c'est un exercice très appliqué de soumission au Bien universel, multiculturel, pluridisciplinaire et donc fourre-tout, avec quantité de citations de ses augustes prédécesseurs, parmi lesquels le "curé rassurant" (comme le même dirait) Jack Lang: "Culture et économie, même combat. Les investissements dédiés à la culture nous seront remboursés au centuple, en art de vivre, en emplois, en rayonnement international.", et un que je ne connais pas, Jacques Duhamel, mais qui a tout compris à la dissolution de l'art dans le loisir: "La culture est ce qu'il faut ajouter à une journée de travail pour en faire une journée de vie". Il en faudrait, des guillemets de réserve ou de dégoût, à tous ces mots qu'ils balancent avec autant de candeur... Le magazine du Monde illustre bien tout cela, avec un portrait d'un "artiste" cynique qui se définit comme une "pute à médias", Francesco Vezzoli, sans compter les platitudes et les horreurs du supplément littéraire (à part un article assez drôle de Pierre Assouline sur l'engouement des Parisiens pour les conférences sur la poésie: on se bouscule au Collège de France et à la Maison de la poésie...). Je pense que, en parallèle de ma lecture de Muray, il faut que je continue à lire des textes qui m'insupportent (la presse et de mauvais livres comme celui de Mitterrand, ou Les Indignés que je ne regrette pas non plus d'avoir acheté finalement), c'est une question de "progrès moral" (comme dirait Baudelaire). Je dois dire aussi qu'au boulot le catéchisme laïque des associations m'impressionne: à force des les entendre ressasser, de lire leurs papiers, de synthétiser à l'écrit leur doxa, je vois à quel point c'est grossier (vraiment aucune finesse dans la conceptualisation de la trinité "laïcité, citoyenneté, solidarité").
Le mal le plus grave, dans la campagne électorale qui a commencé, dans le discours des politiques et des journalistes, et même dans des livres qui se veulent analytiques ou littéraires, c'est que le langage est déconnecté d'une réalité déjà tellement ancienne qu'il tourne à vide et qu'on ne s'en rend pas compte (ou qu'on feint de ne pas s'en rendre compte). Mais ça fait déjà un bail que ça se passe comme ça (depuis que la communication est devenue une profession - depuis que l'histoire est terminée dirait Muray). Bref, je lis tout avec méfiance, et c'est passionnant de voir à quel point, et surtout par quels mécanismes nos opinions sont polarisées. Je lis plein d'âneries dans Le Monde, et je vais pouvoir en profiter quotidiennement maintenant! C'est même une matière romanesque... Mais j'espère trouver bientôt quelques plumes (vivantes, je veux dire) lucides et honnêtes; c'est une recherche également réjouissante.qu'il ne s'agit pas que de m'amuser des bonnes pages de Muray (qui est plus que mon "supplément culturel" du soir et du matin dans le métro...).
[...]
Pierre
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mardi, 03 janvier 2012
Incipit
Je suis fatigué ces temps-ci, et pas très performant au travail, pas motivé non plus. Plus que 2h30 à tirer cet après-midi, mais je n'aime pas réagir comme ça! Il faut dire aussi que la lecture de Muray me fait considérer nos documents minables avec plus de lucidité que d'habitude (faux combats ou combats gagnés d'avance pour des causes qui ont convaincu tout le monde depuis belle lurette).
Je vais essayer de me procurer l'avant-dernier roman de Marc-Edouard Nabe. C'est un de ces livres que je veux acheter depuis longtemps, mais qui me fait hésiter. En l'occurrence parce qu'il n'est disponible que sur son site, mais j'ai découvert qu'il est en vente dans deux ou trois cafés parisiens. J'irai donc l'acheter un de ces quatre au Paname dans le 11e, ce qui m'épargnera les frais de port gourmands et aussi de devoir retirer le colis à la poste.
J'ai lu ce matin la tribune de François Hollande dans Libé. Pas fameux... Demorand a beau construire son édito sur le "moment opportun" de cette entrée en campagne en faisant appel au kairos grec, le candidat n'en sort pas plus vaillant car on ne peut s'y tromper à la lecture de son papier censé lancer officiellement les offensives électorales. Hollande dénonce la "présidence de la parole" et une "mystification grossière". C'est risqué quand on présente (nécessairement) une candidature de la parole. Transmettre à une "jeunesse impatiente" le "flambeau du progrès", bizarre utilisation d'une métaphore d'un autre temps. Et, qui ne s'en affligerait, parce que tu parles: "Notre vie intellectuelle et artistique demeure une des plus riches et suscite toujours l'admiration des peuples." Quant à cette "espérance [qui] n'est pas vaine", "fil rouge qui renoue le récit républicain"... Dans l'ensemble, l'argumentation est faible, malheureusement. Le papier repose sur quatre piliers: vérité, volonté, justice, espérance, qui sont l'occasion de dérouler les poncifs: "il faudra faire des efforts à condition qu'ils soient partagés", "redonner confiance aux entrepreneurs, aux salariés, aux fonctionnaires, aux chercheurs", "vivre en paix et en sécurité partout", etc.
Pour finir, que penses-tu de cette phrase de Muray, présentée comme en épigraphe sur son site?: "Le monde est détruit, il s'agit maintenant de le versifier."
Je m’ennuie de toi extrêmement. De jour en jour j’attends de tes nouvelles – et comme elles n’arrivent pas, je t'en demande. Que fais-tu? Que deviens-tu? Que lis-tu?
Je t'embrasse,
Pierre
dimanche, 23 octobre 2011
Cécile & Jean
Bonjour Pierre,
Si tu tapes "sommaire du n°14 de Plein Jour" tu trouveras entre autres un témoignage que j'ai adressé à cette association de compagnes de prêtres. C'est un peu - beaucoup en fait - de notre vie à Cécile et à moi, et aussi de la vôtre, nos fils, par voie de conséquence. Je t'embrasse et au plaisir de te revoir, sans doute demain, Papa.
***
Bonjour Papa,
Merci pour ce texte, où je retrouve un récit conté plusieurs fois depuis mon enfance (plus souvent par maman: je me souviens que je l'écoutais passionnément!), et tes convictions que j'admire.
Je te réponds par un poème de Saint-Pol-Roux adressé à sa fille, qui portait le prénom de Divine (ah, ces poètes...):
Ma Divine
Le seul poème est le poème de la vie
Et les livres ne sont que d'inanes recueils
Le meilleur titre d'un ouvrage et sa survie
C'est une fille qui rayonne sur le seuil.
Au cadran du vieux temps
Ma Divine a vingt ans.
Je t'embrasse, et à demain!
Pierre
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samedi, 17 juillet 2010
Lettre de rupture
Yves-Noël,
Le moment est sans doute mal choisi, de ton point de vue, pour t’écrire ça, mais après tout, j’ai l’impression que ton beau succès à Avignon pourra panser cette plaie plus facilement. Tu as senti l’éloignement, tu me l’as dit au cours de notre dernière nuit. Je sens l’incompréhension la plus totale. Tu ne m’auras pas partiellement, ce n'est pas possible, tu n’auras pas le Pierre, le seul qui te convienne, l’artiste. Je suis, tu le sais bien, le fonctionnaire, le père, l’écrivain, celui qui concilie tout cela. Tu n’as pas voulu que je vienne chez toi à Avignon parce que j’étais avec ma fille, tu m’as parlé de la fameuse plainte, du danger pour toi. Soit. Je ne viendrai pas à Avignon seul non plus. Ca s’explique simplement: une accumulation de ratages, de quiproquos, et maintenant plus de désir, une grande tristesse.
Sur ton blog, tu écris que tu adores les radins, qu’ils t’amusent, qu’on peut être radin d’un côté et généreux de l’autre, tu mentionnes deux radins que tu as bien connus, Duras et moi: je ne suis pas flatté de cette association, mais blessé que tu me connaisses aussi mal, que tu n’aies jamais été capable de comprendre comment je me démerde et comment c’est parfois difficile pour moi. Je ne vais pas te rappeler la liste de mes charges, tu n’y as jamais rien compris. J’ai lu quelques définitions dans le Trésor de la langue française: radin, pingre, rapiat, etc. Ce n’est pas flatteur évidemment. La mesquinerie! Un fantôme de ton imagination, comme dit La Bruyère. Disons que cette note sur ton blog, c’est la goutte d’eau… Mais il y a tout le reste, tout le reste qui n’a plus de sens, qui ne va plus, décevant, incomplet, sans avenir…
Quittons-nous vraiment.
Pierre
mardi, 20 avril 2010
Situation
Il y a plusieurs façons d'apprécier ce que tu écris...
La première est celle qui est concomitante au mouvement même de l'écriture, et si tu as cette impulsion, ce désir d'écrire, et si les mots se mettents à jouer sur des rythmes de 6, 8, 10, 12 (ou d'une autre manière), il y a une grande jouissance liée à la naissance d'une forme, mais ce plaisir du faiseur n'est pas un signe de qualité!
Deuxièmement, toujours dans le temps de l'écriture, j'ai (puisque c'est de mon expérience que je parle) la conscience de certains emprunts, connexions, allusions, effets, détours, etc. qui sont provoqués ou qui surviennent spontanément. Mais quand même, il y a cette conscience de l'intertexte, d'un positionnement par rapport à d'autres formes connues (et aussi par rapport à ce que j'ai fait auparavant et ce à quoi j'aspire dans l'écriture).
Troisièmement, il y a la lecture à froid, ou la lecture a posterirori, le lendemain, un an après... Parfois ça fait mal. Suppression, réécriture...
Et j'oubliais, pour ce qui me concerne, très souvent, juste après la publication, en lisant le texte à l'écran, sur la page du blog, des erreurs. Alors je me repens, plusieurs fois, j'y reviens, jusqu'au lendemain, et il y a un moment où ce n'est plus la peine d'agir, c'est fixé et c'est bien comme ça.
Le plus significatif pour moi, c'est une espèce d'équilibre entre la spontanéité de l'écriture et une canalisation formelle qui ne doit pas gêner le jaillissement des phrases (c'est-à-dire ne pas prendre trop de temps, ne pas trop occuper la réflexion, ne pas nuire à la nouveauté qui se présente...)
Je ne sais pas si ça répond à ta question...
D'autres évidences pour moi: ne garder que ce qui me paraît profondément juste (juste: terme musical et moral...). Ne pas juger, rester factuel le plus possible, objectif, produire des textes objectifs ou plutôt objectaux (mais le mot m'embête, avec ses connotations psychanalytiques).
Tu écris, tu as envie d'écrire, tu tournes autour, c'est bien de toute façon! Il faut que tu trouves ta maturité, ton propos, que tu te situes, dans la littérature et dans le monde surtout (de bien grands mots, mais écrire c'est ça, sans aucun doute, ce n'est pas juste écrire dans son coin de petites choses pour faire joli ou pour se faire plaisir). Que tu trouves ta langue, ta langue à toi dans la langue commune.
Sinon, c'est vrai que j'ai "honte", comme tu dis, de mes premiers blogs, mais c'est aussi lié à mon histoire personnelle. C'était une écriture travestie, et ce n'est plus comme ça que j'écris. Enfin, je ne généralise pas, j'ai publié Lacrimae Christi sur mon blog actuel.
Tiens, au fait, sitio!, nouvelle idée, après avoir lu une conférence du Collège de France sur Barthes. Sitio = "j'ai soif" en latin (dernière parole du Christ en croix). Mais aussi: lieu, endroit, site.
Pour le reste... le reste... Mon week-end m'a fait du bien:
Etretat - lieu symbolique pour moi
Ecriture fabuleuse (la fable, les clés, Barbe-Bleue, t'en souvient-il?)
Peurs diverses
Poèmes de Houellebecq
Nouvelles chansons (une par jour, j'espère, pour une semaine de la création)
Douche pénétrante dans un sauna
Lecture de cette conférence (éclairante) sur Barthes (éclairante sur moi!)
Découverte de Pierre Molinier (photographe travelo)
Magnifiques photos de Bettina Rheims dans son expo à la BNF
Quelques sms échangés avec Yves-Noël, mais il ne faut pas qu'on se voie en ce moment
Début d'un long texte, que j'écris sur un carnet, mais que je vais peut-être réécrire, on verra...
Massage thaïlandais (une première)
Veille dans la nuit de dimanche à lundi (je ne me suis pas couché, j'ai fait une chanson)
Au final, ça va plus ou moins...
YN dit sur son blog que c'est compliqué entre nous en ce moment, en s'adressant à Nicolas Maury... Je n'ai pas lu tout ce qu'il a écrit, j'ai lu en diagonale, et plus précisément certains passages. YN, c'est peut-être le journal "à mort" que rêve Barthes, pour qui l'écriture d'un journal n'a d'intérêt qu'à condition d'y "travailler à mort".
C'est compliqué, et de fait c'est rompu, quelque chose est cassé. Je ne sais pas encore si ça peut être pansé, ni comment. D'où la solution de l'amour imaginaire, qui m'est venue en relisant Laborit à Etretat.
[…]
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vendredi, 02 avril 2010
L'Etoile me répond par mail
"Ne pas se soucier de paraître. Être, seul est important. Et ne pas désirer, par vanité, une trop hâtive manifestation de son essence. D’où ne pas chercher à être par pure vanité de paraître; mais bien parce qu’il est seyant d’être tel.
8 août
Mon esprit ergotait tantôt, pour savoir s’il faut d’abord être, pour ensuite paraître; ou paraître d’abord, puis être ce que l’on parait? (Comme ceux qui achètent d’abord à crédit, puis, après, s’inquiètent de la somme qu’il faut pour solder leur dette; paraître avant que d’être, c’est s’endetter envers le monde extérieur.) Peut-être, disait mon esprit, l’on n’est qu’en tant que l’on paraît. D’ailleurs les deux propositions sont fausses, séparées:
c’est pour paraître que nous sommes;
c’est parce que nous sommes que nous paraissons.
Il faut joindre les deux dans une réciproque dépendance; on obtient alors l’impératif souhaité: il faut être pour paraître. Le paraître ne doit pas se distinguer de l’être; l’être s’affirme en le paraître; le paraître est la manifestation immédiate de l’être".
André Gide, Journal
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mercredi, 30 septembre 2009
Re : Service
Ah la la...
Je me souviens bien du film (des images), que j'ai vu au ciné à sa sortie. Aucun souvenir de la musique en revanche... J'écoute des concertos de Vivaldi ce soir, pas la même couleur que la musique française... J'ai de la musique de cour, de la musique pour le lever du roi, par exemple, de Delalande (vérifie sur Deezer). Quoi d'autre... Couperin peut-être, Le Portrait de l'Amour... dis-moi si c'est ce genre-là que tu recherches. Sinon, tu connais un peu Rameau...
Il faudrait trouver les références musicales du film, ça doit pouvoir se faire...
Pour le reste, ce n'est pas que je n'aie pas le temps. Justement, je suis en pleine découverte, en lisant Henri Laborit et Einstein. Simplement, je n'ai pas répondu à ton dernier mail (mais je n'étais pas sûr de ne pas l'avoir fait...) parce que j'ai trop ressenti l'appel, je ne sais comment dire, affectif, exclusif, auquel je n'étais alors pas capable de répondre (et je crois me souvenir que c'était à la rentrée, ou un peu avant, période dont j'ai un souvenir un peu sinistre...). Voilà pour les excuses de rigueur.
Avec toute mon affection, ceci dit, bien sincère ^^
Donne-moi de tes nouvelles quand tu veux.
Bisous,
Pierre
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mercredi, 05 août 2009
L'intime comme politique
Bonjour Gabriella,
Tes autoportraits (ce sont bien des autoportraits?) m'inspirent!
J'aimerais intégrer quelques-unes de tes photos dans mon travail d'écriture (blogosphérique). Je prépare actuellement des diaporamas texte/image/son, et j'aime bien m'appuyer sur les photos des autres, en particulier sur ce que je peux trouver sur Facebook et sur internet en général. L'exposition de l'intimité est à la fois troublante, déconcertante, riche. Il y a des mystères et des zones à explorer là où un cliché dévoile un visage ou un corps. Enfin, pas de blabla maintenant, mais voici ma question: serais-tu d'accord pour que je t'emprunte des images?
(Je ne sais pas si tu me "situes": je t'ai rencontrée il y a quelques mois, autour de Christophe Pellet, et j'ai composé la musique du spectacle d'Yves-Noël Genod à Chaillot).
A bientôt,
Pierre
Oui , "je te situe"... et j'ai beaucoup, mais vraiment beaucoup aimé le spectacle de Genod... alors encore bravo (à Genod, je l'ai déjà dit) et oui , tu à "ma permission" pour pouvoir utiliser mes photos, ce que tu fais c' est bien.
(Tu vois , pas de blabla , simple et directe.)
Et , merci de les apprécier, pour moi c'est très nouveau, j'ai commencé ici sur facebook et c'était au départ une façon de me protéger, en m'exposent encore plus, et de envoyer au diable, la scène (la danse et le théâtre, pas très heureuse dans cette historie-là), de "répondre" à ma façon... C'est seulement maintenant que j'assume, et que j'ai réellement envie de travailler sur la photo, l'intime comme politique... donc merci, ça me fait plaisir ton attention à ça, j'ai l'impression de ne m'être pas trompée... merci.
Oui, à bientôt.
Gabriella
Comme je comprends ce que tu exprimes: l'intime comme politique.
Bon, alors, je te montrerai ce à quoi j'aboutirai (tout ça est au futur, proche ou plus lointain, évidemment je ne sais pas encore, mais l'envie y est, forte).
Merci à toi!
Pierre
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lundi, 01 juin 2009
Coeurs publics, poubelles sentimentales
Comme tous les soirs j'écoute Venus & Adonis de John Blow, décidé que je ne dormirai pas cette nuit, transits, transitions, états et humeurs, il y eut des éclairs sur l'autoroute, gouttes lourdes sonores sur le pare-brise, peau caramel, Estelle me rejoint au Jaurès Café, tagliatelles tièdes et trop dures, on parle des psys, et les amours les amants, deux Arabes sur un banc commentent notre passage devant eux, sur le chemin vers chez moi, le long du canal, Estelle me dit qu'elle est parano, je dis non, ils ont dit que je suis gay, j'ai entendu le mot, comme dans le spectacle d'Yves-Noël Mohand parle en kabyle et soudain fait entendre "avec espoir".
Je donne un gilet noir à Estelle, on reste quelques minutes chez moi, elle commente les photos que j'ai collées au mur, au-dessus de mes claviers, je lui montre celle de Renato qu'elle connaît déjà, puis celle de Xavier, elle me dit que Laurent lui ressemble. A la cave c'est le tri, les grands sacs poubelles sombres, amas de chaussures, foulards, je pose un boa prune sur un crâne humain, perruque absurde, vanité, on parle d'Hamlet. Les sacs entassés dans la voiture, dans la rue je me lave les mains avec de l'eau de source, la bouteille dans laquelle Clélie a bu ce week-end.
Impasse de l'Astrolabe, une dame s'impatiente parce que je me suis garé devant la porte d'entrée de son parking, je m'empresse de dégager la place, deux énormes sacs abandonnés contre le mur, le temps de la manoeuvre, je repars avec les sacs triés pour la brocante du 13 juin, délestage, oripeaux des années où l'argent coulait à flots, insouciance, les nu-pieds qu'à retrouvés Estelle, elle les a chaussés immédiatement, "ça fait du bien de te dire tout ça", dans la voiture on parlait du calcul dans les relations amoureuses et amicales, calculer, se rassurer, se protéger, fuir la solitude, et toujours la même question: que faire de sa vie?
En repartant de chez Estelle je me perds encore une fois, cherche le périphérique et me retrouve aux Invalides, enfin rue de Rennes, Boulevard Saint-Germain, Saint-Michel, place du Châtelet, Gare de l'Est, la fourche où Yves-Noël bifurque à gauche quand nous revenons en vélib' vers nos quartiers Nord, puis Jaurès, Ourcq, je me gare dans la rue parce que j'ai perdu le bip du parking souterrain.
Chez moi j'ouvre les sacs du week-end, trie, range, jette, en même temps j'ouvre d'autres boîtes, consulte mes mails, le blog d'Yves-Noël, découvre Xavier sur Facebook, je suis son deuxième ami, le premier étant son mec, je les vois s'embrassant sur une photo, il y a aussi Lucien qui cite sur Facebook une phrase d'un mail envoyé à Yves-Noël par Nicolas Marchand: "Lucien Fradin cite Nicolas Marchand (qu'il ne connait pas mais qu'il a lu sur la page du "Dispariteur") : comme si parfois il fallait tout simplement changer de langue pour changer de perspective." (Dans le spectacle Felix récite un mail de son père qui se demande si son fils a disparu, s'il est mort, parce qu'il n'a plus de nouvelles, Kate-Suzan raconte en américain que son boyfriend l'a abandonnée d'un vulgaire "bye-bye" après l'avoir enduite de beurre, et Mohand parle en kabyle, on ne comprend pas, on ne sait pas ce qu'il dit, je lui ai demandé un jour ce qu'il chantait, il m'a parlé de la guerre d'Algérie.) Guy Degeorges n'écrit pas un article, mais un mail intitulé Juste un E-mail à Y.N.G., il a lu le blog d'Yves-Noël, et naturellement opte pour la forme épistolaire, qu'on lit sur son blog critique, sur le blog d'Yves-Noël, et sur Facebook. Jean-Pierre Céton est revenu voir le spectacle, écrit lui aussi un mail, qu'il envoie à Yves-Noël, et qu'il publie sur son site, en complément de l'article qu'il a écrit il y a deux semaines.
(Je reçois un mail: "J'ai discuté avec François pour l'habituer progressivement à l'idée qu'il vous verra sans doute moins souvent, Clélie et toi, avec les mois d'été et l'éloignement prévu de Clélie. Cela ne sera pas évident pour lui, mais la vie est ainsi faite... En attendant on a passé un excellent week-end. Bonne reprise, je t'embrasse, Papa.")
Après je vais aux poubelles, ce sont des poubelles de riches, trois couvertures écrues, une beige, un plaid à carreaux, un immense tapis ou une jetée de lit ou une sortie de bain pour géant bleu flamboyant avec des motifs floraux ton sur ton, un foulard rouge un foulard noir, une grande boîte Vuitton marron, un sac Balenciaga brun rouge où je trouve une paire de chaussettes neuves, rouges comme un cadeau de Noël, un petit livre usé avec je crois des écritures arabes, quelque chose comme un livre de prières, mais peut-être est-ce de l'hébreu, je ne sais pas, je l'ai ouvert une seule fois.
Couleurs, non-couleurs, "je ne sais si tu dors déjà alors bisou dans le gris le noir ou le blanc", et moi de répondre: "bisou dans la fumée" comme le hors-temps à la fin du spectacle, la vaste chemise blanche de Felix, silhouette dessinée par la lumière, épée dans la fumée prisonnière, lumière comme un duel matinal, corps-à-corps dans le vide de l'autre, arme brandie contre quoi, épuisement de soi, reflet échappé.