dimanche, 20 septembre 2009

Elégie en forme d'épître

Yves-noël, quand cette nuit tu li-
ras mon texte d'hier, je dormirai,
je crois, et ne crois pas que ce soit un
prétexte; amour et doute se livrent
combat irracontable comme dans
les vingt-et-une élégies de Marot
que j'aurai terminées au creux du lit:
ce sont épîtres en mètres légers,
en style simple et vieux mots comme j'aime
- à cette époque lointaine les lettres
voyagaient des semaines et des mois,
et, moi, tandis que j'écris, je reçois
un court message sur mon téléphone:
tu es dans le train, tu es fatigué,
puis quelques mots où ta flamme résonne...
Tandis que mes rimes se placent, c'est
en vain que je tente de te répondre,
car que dirais-je mieux que dans ces vers:

en quelques jours j'ai vu notre amour fondre...
la querelle et les regards de travers,
- les mots ne dépassent pas la pensée -,
puis l'insondable silence des corps,
la beauté brutalement dispersée
dans la froideur du nocturne décor...
Et nous nous séparâmes à la bouche
de vacarme du métro. Quelques mails,
des soubresauts, avant que l'on se couche
et que des rêves obscurs ne s'en mêlent...

(Quand j'entrepris d'écrire cette lettre,
en cent façons elle fut commencée:
je me sentais incapable d'y mettre
mes sentiments. Plusieurs fois effacée,
plusieurs fois reprise... craignant d'avoir
oublié quelque chose ou d'avoir mis
un mot de trop...

                           Il me faudrait te voir:
sonder la chaleur de tes bras amis,
retrouver parmi ta voix et tes yeux
ta haute noblesse et ton coeur loyal,
à la moiteur de ton corps amoureux
les songes creux d'un sommeil idéal
- ces rimes masculines ne sont point
un vain exercice d'école ni
une vaine posture en contrepoint
de mes silences... Tout n'est pas fini
sans doute.)

                    Je te relis et tu parles
des moeurs: tu voudrais aimer une femme,
et moi rencontrer de jeunes garçons?
Comment nous arranger avecque ça?
"Mais soyons en avance sur les moeurs",
dis-tu. Je n'ai d'autre réponse que
les vers de Marot qui peu me consolent:
"Ung an y a que par toy commencée
Fut l'amytié et, sachant ta pensée,
Esclave et serf d'amour fus arresté,
Ce que devant jamais n'avoys esté.
Ung an y a (ou il s'en fault bien peu)
Que par toy suys d'esperance repeu."