mardi, 27 juillet 2010
L'homme d'après ce qu'il écrit
"Pour aller aussi loin vers les racines de l’imagination organique, pour écrire en dessous de la psychologie de l’eau, une physiologie de l’eau onirique, nous ne nous sommes pas senti suffisamment préparé. Il y faudrait une culture médicale et surtout une grande expérience des névroses. En ce qui nous concerne, nous n’avons pour connaître l’homme que la lecture, la merveilleuse lecture qui juge l’homme d’après ce qu’il écrit. De l’homme, ce que nous aimons par-dessus tout, c’est-ce qu’on en peut écrire. Ce qui ne peut être écrit mérite-t-il d’être vécu? Nous avons donc dû nous contenter de l’étude de l’imagination matérielle greffée et nous nous sommes borné presque toujours à étudier les différents rameaux de l’imagination matérialisant au-dessus de la greffe quand une culture a mis sa marque sur une nature.
D’ailleurs ce n’est pas là, pour nous, une simple métaphore. La greffe nous apparaît au contraire comme un concept essentiel pour comprendre la psychologie humaine. C’est, d’après nous, le signe humain, le signe nécessaire pour spécifier l’imagination humaine. A nos yeux, l’humanité imaginant est un au-delà de la nature naturante. C’est la greffe qui peut donner vraiment à l’imagination matérielle l’exubérance des formes. C’est la greffe qui peut transmettre à l’imagination formelle la richesse et la densité des matières. Elle oblige le sauvageon à fleurir et elle donne de la matière à la fleur. En dehors de toute métaphore, il faut l’union d’une activité rêveuse et d’une activité idéative pour produire une œuvre poétique. L’art est de la nature rêvée."
Bachelard, L'Eau et les rêves
Lien permanent | Tags : bachelard, imagination, citation |
Facebook


